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N°10-11 mai 2017 : Géographie historique et guerres:

Stratégie militaire et prise en compte du Milieu : l’exemple de l’Expédition du Mexique (1862-1867)

JeanYves Puyo


Par Jean-Yves Puyo (Géographe, Professeur des Universités, laboratoire SET - UMR 5603, Université de Pau et des Pays de l’Adour)



Résumé : Pour les Français, le Mexique constitue au milieu du XIXe siècle une véritable terra incognita. Aussi, en plus des opérations militaires classiques, le corps expéditionnaire français envoyé par Napoléon III fut chargé de lever de nouvelles cartes précises du territoire mexicain et de réaliser un tableau géographique de ses provinces, en mettant particulièrement l’accent sur ses potentialités économiques et démographiques. Il en résulte, dans les archives militaires de Vincennes, un très grand nombre de documents qui nous apportent un éclairage nouveau et totalement inédit sur le regard porté par les Français sur les « réalités » mexicaines de cette époque.



Mots clefs : archives militaires françaises, Expédition française (1862-1867), Mexique, XIXe siècle, Milieu



Abstract : For the French of the nineteenth-century Mexico remained a virtual unknown. Thus the French expeditionary force sent by Napoleon III was charged with not only drafting new accurate maps of the Mexican territory and preparing geographic accounts of its provinces, but also emphasizing its economic and demographic potential. As a result, the military archives of Vincennes in Paris, contain an important number of documents that afford us a new and completely unpublished approach to the views of the French towards Mexican «realities» of that period.



Keywords : French military archives, the French expédition (1862-1867), Mexico, nineteenth-century



Comme le confesse le général Castex, un des acteurs de l’Expédition de 1862, c’est à la poursuite de multiples chimères que Napoléon III décidait de l’envoi de troupes françaises au Mexique, profitant alors de l’état de faiblesse des États-Unis d’Amérique, déchirés par la guerre de Sécession : le remboursement des dettes de l’État mexicain et la création d’une sphère d’influence favorable à la France, autour de la latinité, rassemblant les jeunes états indépendants des deux sous-continents américains (1).  Confronté à un pays en très grande partie méconnu, la prise en compte des caractéristiques physiques et humaines du territoire mexicain joua un rôle important sur le déroulement du conflit. Le corps expéditionnaire français débarquait sur un théâtre d’opération massivement méconnu ; et ce qui ne devait être initialement qu’une simple promenade militaire se muait après la défaite devant Puebla (le 5 mai 1862) en un conflit  durable. Aussi les officiers d’état-major français se voyaient-ils allouer une importante mission exploratoire, à savoir la réalisation de nouvelles cartes précises du territoire mexicain, de même que la rédaction de mémoires militaires succincts, mettant particulièrement l’accent sur les potentialités économiques et démographiques ainsi que sur les caractéristiques du milieu naturel mexicain (topographie, climat, réseau hydrographique, etc.) (2).



 En effet, dès les tous premiers mois, il est devenu évident que le territoire mexicain ne pouvait être assimilé à une simple feuille blanche sur laquelle les stratèges feraient se mouvoir comme bon leur semble leurs troupes. Confronté à la grande diversité des climats et milieux naturels rencontrés parfois en peu de kilomètres de distance (des « terres chaudes » au « terres froides », en passant par les « terres tempérées »), le corps expéditionnaire français subissait des pertes considérables pour fait de maladies. Aussi, bien avant les hécatombes sanitaires de la campagne de Madagascar (1894-1895), la question de la capacité d’acclimatation des troupes françaises à des climats tropicaux « mortifères » se posait-elle.



Reposant sur l’analyse des fonds archivistiques militaires français, croisés avec les nombreux témoignages publiés par la suite, notre communication se propose donc de revisiter cet épisode militaire dans le contexte de la domination de la pensée moderniste qui marque alors la France en ce XIXe siècle (3) : les réussites scientifiques et techniques du moment (à l’exemple du creusement du Canal de Suez) faisaient alors croire en une domination du Milieu par l’Homme. La stratégie militaire française s’inscrit-elle dans ce courant de pensée dominant ?  Et confronté « à la réponse du terrain », quelles vont être les mesures mises en œuvre par l’état-major français pour « tordre le Milieu », à savoir tenir le terrain mexicain quelles que soient les contraintes induites par ses caractéristiques physiques ?



 



I. Un milieu mexicain mal connu, au début de l’épisode militaire ? L’exemple de l’échec devant Puebla (5 mai 1862)



Le corps expéditionnaire français débarque dans un pays dépeint par le géographe français Vivien de Saint-Martin comme alors grandement méconnu :



« En 1862, au moment où le général Forey partit de France pour prendre le commandement du corps expéditionnaire, son état-major avait seulement l’atlas de Garcia y Cubas, la carte générale du Mexique du même auteur, la carte de la région compris entre Mexico et le Golfe du Mexique par M. de Saussure et une carte américaine fort incomplète de la vallée de Mexico. » (4)



Nos recherches passées ont en effet montré que la géographie française académique s’est peu intéressée à cette grande zone géographique, se reposant en très grande partie sur des travaux déjà anciens, en citant notant très amplement les écrits du très francophile Alexandre de Humboldt (5). Certes, ce flou géographique pourrait paraître bien fâcheux. Mais dans les faits, cet épisode militaire débuta comme une simple opération de police destinée initialement à mettre la pression sur un mauvais payeur, ici l’État mexicain, via l’occupation du port de la Vera Cruz par les troupes d’une coalition tripartite (Royaume Uni, Espagne et France). Aussi, dans cette optique, la méconnaissance de l’ensemble du territoire mexicain ne constituait-elle pas un réel handicap.



Les choses se complexifièrent fortement par la suite, conséquence de la décision unilatérale du général de Lorencez de partir pour Mexico (6). À ce moment là de l’expédition, on peut encore estimer que la faible qualité des connaissances géographiques françaises et des ressources cartographiques mises à la disposition du corps expéditionnaire ne représentent pas un élément limitant pour l’intervention militaire ; en effet les archives militaires comme les témoignages d’époque nous montre que quelques rapports sur le Mexique, certes peu volumineux, ont été commandés avant le lancement de l’expédition. Ainsi, nous pouvons citer ce manuscrit du docteur Jordanet, datant de janvier 1862, intitulé  Renseignements sur le Mexique au point de vue de la salubrité du climat et de l’hygiène ; l’auteur y souligne le caractère particulièrement malsain du climat mexicain pris dans sa globalité, avec les épidémies de fièvre jaune dans les terres basses mais aussi des fièvres paludéennes et le typhus, dans les terres hautes : « C’est un devoir de vous ouvrir les yeux sur le contraste redoutable [...] entre l’admirable douceur du ciel et l’influence souvent néfaste du climat des altitude [...] J’ai le regret de vous dire que le climat avec lequel vous allez être aux prises affaiblit notablement les Européens qui en reçoivent l’influence. L’énergie de vos troupes ne vous fera jamais défaut, j’en suis sûr, mais pour affirmer ce résultat, je compte sur leur valeur morale plus que sur le soutien de leurs forces physiques. » (7)



En ce qui concerne la présentation du cadre géographique du pays appelé à être parcouru par ses troupes, le général de Lorencez avait de même à sa disposition un mémoire anonyme et non daté, mais antérieur sans nul doute possible au débarquement français, de 12 pages manuscrites (8). S’il n’en demeure pas moins succinct, notamment en ce qui concerne la présentation de la ville de Puebla, les descriptions de l’espace géographique compris entre la côte atlantique et cette dernière ville n’en sont pas moins intéressantes. Préalablement, son auteur souligne qu’il sera impossible aux militaires de contrôler « la campagne », ce qu’ont démontré tous les conflits locaux précédents (9). De même, la route escarpée séparant la côte océanique du plateau de Puebla hypothèquerait tout envoi sur cet itinéraire d’un important corps de troupe : « La résistance des Mexicains ne sera qu’un obstacle insignifiant en comparaison des embarras causés par l’acquisition et le transport des vivres [...] Les plus grandes difficultés se présenteront dans le trajet de la Véra Cruz ou de Tampico au plateau de Puebla, trajet qu’il sera impossible d’effectuer par grandes masses » (10).



 Enfin, l’auteur défend l’idée selon laquelle les troupes françaises auront le plus grand mal, entre Orizaba et Puebla, à se ravitailler en vivres et même en eau. Dès lors, on comprend mieux pourquoi le corps expéditionnaire français quittait Orizaba avec pas moins de 400 000 rations de vin pour environ 6 000 combattants valides, donnée mentionnée par Niox et qui aura son « petit effet » sur nombre d’auteurs mexicains, à l’exemple de Paco Ignacio Taïbo II : « Si se trata de proveer de vino durante el mismo mes el ejército, ¿cuántas raciones le tocan diariamente a un soldado? ¿ Más de veinte? Se trata sin duda del ejército más borracho del planeta. » (11)



Par la suite, les archives militaires françaises renferment un document remarquable et à notre connaissance encore inédit à ce jour, consacré à une description de la première campagne de Puebla. Rédigé très peu de temps après les faits (daté du 22 mai 1862), son auteur, le capitaine d’escadron Lafitau, trace à l’intention du général Blondel, en poste au ministère français de la Guerre, un tableau des évènements funestes rencontrés par les troupes françaises. Déjà, comme l’avait bien prévu le premier rapport cité par nous mêmes ci-dessus, leur progression n’a pas été facile, surtout entre Tecamachalco et Puebla (12). L’eau et les vivres se font rares, les Républicains pratiquant la politique de la terre brûlée, avec de plus une population extrêmement distante vis-à-vis des troupes françaises : « Nous continuâmes à cheminer par étapes mais sans pouvoir nouer aucune sorte de relation avec les habitants dont quelques cavaliers ennemis, en se retirant successivement devant la colonne brulaient toutes les récoltes et même les maisons quand nous n’arrivions pas assez vite pour les en empêcher. Personne ne venait à notre rencontre, personne ne nous demandait secours. » (13)



 Point absolument fondamental, ce rapport nous décrit un état-major français qui n’ignore rien du relief entourant Puebla et de ses fortifications ; mais il aurait été conduit à les mésestimer suite aux renseignements donnés par deux Mexicains favorables au camp conservateur et amenés par le général Almonte (dont un ingénieur) (14), qui affirmaient « [...] n’avoir quitté la ville que depuis très peu de jours et avant leur départ, avoir vérifié encore l’exactitude de leurs dires ». En fait, Lafitau ne se gêne pour critiquer la façon dont le général Lorencez a conduit la bataille, choisissant pour son coup de force le flan le plus renforcé de la cité assiégée : « Quand nous montrions sur le plan la position de Quadalupe, dominant Puebla et défendue par deux forts que les plus simples notions militaires indiquaient comme devant être enlevés au préalable, on prenait encore des airs plus dédaigneux en assurant qu’il n’y avait là qu’un petit nombre de canons, avec de faibles retranchements élevés depuis longtemps autour des églises mais peu de fossés profonds et de grands trous partout dans les murs et les parapets ». (15)



L’échec cuisant et alors non attendu de l’assaut des zouaves devant les forts de Guadalupe et de Loreto allait conduire à une escalade funeste du conflit pour les armes françaises, tombées dans le piège abyssal de l’honneur du drapeau à restaurer (16). La simple opération initiale de police se transformait en un conflit en règle, où la géographie militaire était appelée à jouer un rôle très important.



 



II. Les missions allouées à la géographie militaire



Les caractéristiques du conflit mexicain rendaient cruciale la possession d’une cartographie de qualité. En effet, habitués à une guerre de mouvement à base de grandes unités, les généraux français se retrouvent confrontés, après la chute de Puebla en mai 1863 et l’occupation de Mexico un mois plus tard, à une forme d’affrontement qu’ils connaissaient hélas bien (à défaut d’y exceller) depuis la guerre funeste d’Espagne (1808-1813) et la conquête de l’Algérie, à savoir la guérilla (17). Refusant le combat en ligne mais pratiquant par embuscades dans un espace géographique fortement accidenté, les partisans du clan républicain libéral ralliés autour de la figure du Président Juarez s’avèrent difficilement saisissables : « L’ennemi est nombreux et a surtout un grand avantage sur nous en ce qu’il connait parfaitement le pays et qu’il peut à notre insu disparaître un bon jour par des sentiers pour réapparaître sur nos arrières.  Serait-il prudent de laisser des colonnes légères pénétrer ainsi dans ces montagnes sans qu’elles soient soutenues  par des forces imposantes en arrières ? Et d’ailleurs, admettons que l’ennemi ne cherche pas à user de ruse, ne peut-il pas faire et se laisser poursuivre sans jamais craindre d’être atteint ? » (18)



  Aussi, les pertes françaises s’accumulent-elles sans résultat décisif, notamment suite aux maladies, en particulier dans les terres chaudes littorales (las tierras calientes). Le succès de ces opérations françaises repose alors sur la mise en place d’un efficace réseau d’espionnage et la possession de cartes précises pour planifier les mouvements de troupe. Face à des bandes armées très mobiles, pratiquant par embuscades, la connaissance du terrain devient un enjeu majeur. Aussi, dès les tous premiers mois, trois principales taches vont-elles animer les services du Génie français, chargé pour le corps expéditionnaire des services de la cartographie :



         - la collecte des informations déjà existantes, à savoir principalement les productions mexicaines qui demeurent alors mal connues ;



         - la production de nouveaux documents cartographiques grâce à la multiplication des opérations de relevé ;



         - la rédaction de vastes monographies régionales destinées à rassembler des informations de première main sur de vastes périmètres régions peu ou pas connues.



 



La phase de compilation



Afin d’aider à la préparation des prochaines campagnes militaires, chaque colonne française parcourant le pays est dotée d’un officier chargé de faire le levé topographique des routes parcourues (nous y reviendrons plus longuement) mais aussi de collecter tous types de les documents topographiques ou géographiques possédés par les municipalités, les paroisses et les grandes haciendas (19). Une partie de ces documents sera ensuite rapatriée avec les archives des différents corps militaires. C’est pourquoi il existe actuellement un certain nombre de cartes mexicaines, éparpillées au sein de la multitude de documents de toutes sortes relatifs à l’expédition de 1862. Les cartes mexicaines sont ensuite retravaillées par les services français, à l’exemple de cette belle carte d’assemblage (non datée) au 1 / 80 000 des routes de Vera-Cruz à Mexico, en passant par Jalapa et Orizaba, accompagnée de 17 cartes de détails (à l’échelle 1/50 000). Ce document, qui ne comporte pas de points de côte et peu d’indications quant au relief, est annoté comme ayant été réalisé à partir de plants mexicains, recopiés et complétés.



À partir de 1864, sur ordre de Napoléon III, une commission scientifique du Mexique est réunie sur l’exemple de la célébrissime expédition scientifique d’Egypte (20). Elle reçoit alors l’aide officielle de quelques grandes pointures mexicaines, membres de la vénérable Sociedad Mexicana de Geografia y Estadistica, fondée en 1833. Nous pouvons citer parmi les correspondants locaux de la Commission scientifique les grands géographes mexicains Antonio Garcia y Cubas et Manuel Orozco y Berra, faits connus de leurs compatriotes et sur lesquels un voile pudique a été officiellement tiré, à l’exemple de cette citation d’Héctor Mendoza Vargas : « Les géographes ne furent pas insensibles à la crise du moment et agiront selon leurs convictions » (21). Certes (22)... Ainsi, justement, retrouvons-nous dans les archives militaires une très belle carte de 1866 signée d’Antonio Garcia y Cubas, relative au chemin menant de Mexico à Tuxcan.



 



Document n°1 : Antonio Garcia y Cubas, Chemin menant de Mexico à Tuxcan (23)





 



Notons qu’avec l’aide des militaires, la Commission scientifique se lance dans une vaste opération, chapeautée par le géographe Vivien de Saint-Martin, visant à compiler puis à vérifier les coordonnées géodésiques de différents lieux mexicains. Pour ce, les travaux de différentes expéditions scientifiques passées (menées par Humboldt, Burkart,  etc.), ceux de la commission d’étude de l’isthme de Tehuantepec en 1842, de la commission de fixation de la frontière mexico-américaine, 1849-1855, etc., fournissent un premier canevas qui est ensuite retouché, comme le montre les extraits suivant, aboutissant à un tableau définitif listant les côtes vérifiées (24).



 



Document n°2 : Tableau de coordonnées géodésiques – document de travail (25)





Document n°3 : Tableau définitif (26)





Comme le souligne en 1862 Vivien de Saint-Martin, hormis la vallée de Mexico, voire l’État de Puebla, le reste du pays demeure encore à relever de façon précise : « En deçà de Mexico, ce qu’on nomme les Terres du Sud, le Guerrero ou province d’Acapulco, l’Oaxaca, le Chiapas, sauf un bien petit nombre de lignes isolées, sont, on peut dire, des pays vierges [...] On peut en dire autant des tierras templadas des deux côtés du plateau, d’une part la province de Vera Cruz, d’autre part le Michoacan et le Jalisco » (27).



Cette phase de compilation va se voir complétée par d’importantes opérations de levés topographiques, réalisées par des officiers du corps du Génie mais aussi par les officiers d’état-major qui accompagnent les mouvements de troupes.



 



Les levés topographiques « de campagne »



Ainsi, les archives issues des différentes unités de l’Armée de terre et du Génie, pour la période de l’expédition du Mexique, révèlent très un grand nombre de levés de terrain et d’itinéraires topographiques, à savoir plusieurs centaines, représentant l’équivalent d’un linéaire de 28 000 kilomètres et constituant un ensemble très volumineux réunis actuellement en 15 cartons d’archives (28). Toutefois, la plupart de ces relevés se résume à de simples levées topographiques, réalisées sans l’instrumentation nécessaire pour mesurer les altitudes ou faire des relevés astronomiques. Aussi, d’une part, trouvons-nous une masse de relevés d’itinéraires fort rustiques, réalisés au grès du cheminement des colonnes militaires, sans l’aide d’aucun équipement topographique (théodolite et altimètre). Seuls les axes routiers sont levés, avec l’indication des ponts et des villages, de même que les abords immédiats de la route, soit le relief compris dans une bande de 500 mètres de part et d’autre de la route...



Document n°4 : Itinéraire de Queretaro à San Luis Potosi (29)





Quant aux  documents de meilleure qualité, ils s’avèrent rares et n’atteignent pas la qualité de réalisation des travaux des ingénieurs-géographes militaire du premier Empire, par exemple. Notons enfin le nombre d’officiers maîtrisant le savoir nécessaire à la levée de cartes dans les règles de l’art est très restreint, se limitant à quelques officiers du Génie (à savoir les sous-lieutenants, lieutenants et capitaines : Bourgeois, Dutilleux, Joly, Lebourg, Lussan, Melard, Müntz, Philippe, Tartat, pour les plus prolifiques).



L’ensemble de ces relevés d’itinéraires a ensuite permis aux services du Génie, associés au bureau topographique de la Commission scientifique, de produire en 1865 une carte dite d’itinéraires du Mexique (routes, villes et villages) au 1/1 000 000, calée sur un canevas géodésique emprunté aux travaux d’Antonio Garcia y Cubas (30). Cette carte reflète en fait fidèlement l’avancée des troupes françaises de par tout le pays. Ainsi la limite sud de la carte s’arrête aux alentours de 19° de latitude nord, ne dépassant pas Manzanillo. De vastes périmètres intérieurs restent néanmoins vierges de toutes indications, à l’exemple de la région comprise entre San Luis Potosi et Tampico, ou encore entre Iguala et Acapulco. N’ayant pu réaliser un extrait de cette carte (de très grande taille et présente dans les archives militaires dans un état hélas de délabrement fort avancé), elle couvre en fait les périmètres réellement parcourus par les troupes françaises à la date de février 1866, soit dans les grandes lignes les périmètres représentés par la carte suivante (31).



 



Les monographies régionales



La plupart des itinéraires topographiques comprend un rapport ou mémoire de volume variable, selon le talent de description de leurs auteurs, dans lequel est détaillé tout un ensemble de données diverses telles que l’état des routes, les possibilités d’hébergement des troupes, les ressources en eau et en vivres disponibles le long de l’itinéraire (32), l’opinion politique des communautés croisées, etc. Exemple : « Nopala [de Villagrán]. Grand village de 1800 habitants, position importante au centre du Mesquital [Mezquital]. Population hostile » (33). De même, à l‘occasion, ils peuvent ainsi renfermer des plans de toute beauté (haciendas, églises fortifiées, ponts détruits, etc.).



 



Document n°5 : Puente Colorado (34)





Certains rapports d’itinéraires constituent de véritables monographies, présentant en plus de longues considérations sur l’organisation politique, sociale et économique des lieux traversés. Ainsi, par exemple, ces considérations sur la frontière nord du pays :



« Cette belle et vaste contrée est actuellement un désert. Les habitants ont été tués ou se sont retirés dans l’intérieur et les bâtiments ont été rasés. Depuis 1857 époque à laquelle le président Santa Anna vendit l’Arizona aux Etats Unis du Nord, les Squatters qui vinrent s’établir encouragèrent les Indiens Apaches à venir en Sonora enlever des animaux de tout espèce pour l’exploitation de leurs établissements agricoles, leur donnant en échange des armes à feu, de la poudre et des balles [...] La délivrance de la Sonora des déprédations des Apaches produiraient un effet moral très favorable en liant par la reconnaissance la population au nouveau gouvernement. » (35)



Les archives militaires françaises renferment aussi de nombreux plans des principales villes mexicaines, aussi bien les grandes que les plus modestes : Mexico, bien sûr, mais aussi, par exemple, Puebla, Acapulco, Cordova, Matamoros, Oajaca, Monterrey, Soledad, Tampico, Durango, Matehualta, Quadalajara, Chihuahua, etc.



Document n°6 : plan de Cordova (36)



 





Document n°7 : plan de Chihuahua (37)





Document n°8 : plan de Matehuala (38)





Enfin, on retrouve de nombreux courriers privés et récits de séjour, dus à de simples sous-officiers et officiers subalternes français. Si bien sûr ce type de document n’est pas exempt de subjectivité, ils n’en demeurent d’autant pas moins précieux : on peut supposer que leurs auteurs, de par une origine sociale relativement modeste, n’ont pas été conditionnés par les écrits de Humboldt et n’ont pas cherché absolument à retrouver de visu les faits exposés par le grand homme. Aussi, le recoupage des différents documents apporte-t-il des renseignements de premier plan, éclairant tant le tableau géographique du Mexique de cette période que la connaissance même de ce tragique conflit militaire (39).



 



III. Les conséquences directes des progrès enregistrés dans la connaissance géographique du « terrain » : l’exemple du second siège de Puebla (16 mars - 17 mai 1863)



Le retour sur Puebla au printemps 1863 et le nouveau siège cette fois-ci victorieux de la ville profitèrent pleinement des premiers travaux succincts relevant du grand domaine de la géographie militaire. Le général Forrey, qui succéda à de Lorencez, put notamment s’appuyer sur les études du capitaine d’état-major E. Roussel, synthétisées dans un mémoire intitulé Considérations relatives à l’investissement et à l’attaque de la Place de Puebla, daté du 20 septembre 1862. Comme nous le montrerons plus loin, ce document, qui dans les faits influença considérablement la conduite des troupes françaises à l’occasion du siège de 1863, incarne de même pleinement la mission fondamentale de la géographie militaire, à savoir aider « à faire la guerre ». Les propositions de l’auteur poursuivent trois objectifs principaux, à savoir isoler la ville (l’investir), détruire ses forts et obtenir sa reddition. Le mémoire de 8 pages manuscrites, d’un plan classique, débute par un inventaire des principales villes du vaste altiplano mexicain comprises entre Vera-Cruz et Puebla, en mettant l’accent plus particulièrement sur les ressources alimentaires. Ainsi, par exemple, « À Tehuacán, les ressources sont restreintes, le terrain qui s’étend entre cette ville et Tecamachalco est assez aride et peu cultivé. Les 62 kilomètres qui séparent ces deux localités sont réparties en trois étapes très fatigantes, à cause de la poussière et du manque d’eau ». (40)



Le mémoire se poursuit par une présentation des cinq principales routes menant à Puebla (41), l’accent étant plus particulièrement mis sur leurs caractéristiques : « Ces cinq routes sont praticables aux chariots ; à l’exception de la dernière qui n’est carrossable que de Tepeaca à Técali. Elles ont l’avantage d’être convergentes de sorte que les colonnes qui les suivraient se rapprocheraient l’une de l’autre à mesure qu’elles s’avanceraient vers Puebla et finiraient par se concentrer en totalité à Amozoc, ou bien en partie à Amozoc et en partie à Teapeca. » (42)



Le cadre géographique étant désormais planté, l’auteur propose un plan d’investissement de Puebla en quatre points principaux, consistant à isoler complètement la ville. Tout d’abord, il s’agira de couper la route de Puebla à Amozoc en établissant les troupes françaises sur les anciens bivouacs de mai 1862 (cerro Amalucan, hacienda de San Diego de los Alamos), puis de mettre le siège au cerro (colline) de Guadalupe, considéré comme le point fort de Puebla. Après l’occupation de Tépozulchil, les troupes françaises devront s’emparer du cerro San Juan et de son église fortifiée afin d’empêcher toute retraite vers Mexico et Cholula des troupes assiégées. Cette question de la prise du cerro San Juan est considérée par l’auteur comme cruciale pour la chute de Puebla et longuement débattue ; pour ce, l’auteur propose de faire cheminer une colonne française par un  itinéraire inédit qui demanderait la construction d’un pont sur une barranca (un petit ravin), l’Atoyac, près de Mayorasgo, à cet endroit large de 15 mètres.



À noter que l’état de la mise en défense de Puebla est donc parfaitement connu de l’état-major français (43). Quant à la connaissance presque exhaustive du relief local ainsi que du réseau des voies de communication entourant Puebla, elle ne surprend pas, les troupes françaises ayant déjà pratiqué ces mêmes espaces un an auparavant, comme nous l’avons signalé précédemment.



Au final, pour l’investissement même de la ville, Roussel recommande de former deux colonnes (l’une partant de Teopeaca et l’autre de Amozoc), chargées de couper toutes les relations entre Puebla et son arrière pays. La ville serait attaquée ensuite simultanément en trois points avec un siège en règle du fort Guadalupe, une « attaque sérieuse et opiniâtre  du cerro San Juan » et une « démonstration », à savoir un bombardement au mortier de siège, contre le fort Carmen. Pour cela, l’auteur souligne que l’avancée des troupes devra être parfaitement réglée afin que ces trois attaques puissent être simultanées. Ainsi, la colonne chargée d’opérer contre le cerro San Juan sera une colonne « légère », avec uniquement des mulets transportant pour la troupe 2 à 3 jours de vivres et de munitions. Une fois Puebla totalement investie, sa liaison avec la seconde colonne « lourde » (équipée elle de chariots), dont le camp de base est prévu à los Alamos, lui apportera les ravitaillements nécessaires.



Pour conclure, les grandes lignes du plan du capitaine Roussel furent en effet fidèlement reprises par le général en chef des troupes françaises, Forey, à l’occasion du siège de 1863. Ainsi, par exemple, le 16 mars 1863, la division Douay tournait la place de Puebla par la droite, la division Bazaine fermant le mouvement d’encerclement par la gauche le lendemain même. Et une fois le cerro San Juan pris le 18 mars par les troupes de Douay, Forey y installait son quartier général après y avoir fait amener les parcs (charriots) et les magasins de vivres (44).  Aussi, à cette occasion, la géographie militaire française via la figure de Roussel aura-t-elle pleinement répondu aux attentes de la Science de la guerre (45).



Document n°9 : les zouaves au siège de Puebla (1863) – image d’Epinal





 



IV. Quels soldats pour l’expédition ? La question de l’acclimatation des troupes



Le corps expéditionnaire français fut dès son débarquement sur la terre mexicaine le 9 janvier 1862 fortement handicapé par les affections liées aux épidémies de fièvre jaune, le fameux vomito negro. Les écrits médicaux français du XIXe siècle insistaient sur le fait que  la Vera-Cruz se caractérisait particulièrement par la fréquence de ses épidémies de fièvre jaune. Comme le soulignait en 1873 le docteur Armand, alors qu’aux petites Antilles le laps de temps entre deux épidémies pouvait varier de 7 à 10 ans, dans le port mexicain, des relevés réalisés en continu depuis plus de 60 ans montraient qu’il ne s’écoulait en moyenne que quelques mois entre deux pandémies, voire un an ou deux dans le meilleur des cas (46)… Ainsi, entre février et septembre 1862, l’hôpital de la Marine de Vera-Cruz reçut 1703 cas de fièvre jaune, pour 655 qui connurent une fin funeste (soit un taux de mortalité de 38,46%). Et si la fièvre jaune sévissait surtout dans la zone littorale, les affectations pouvaient toutefois toucher des localités situées loin à l’intérieur des terres, comme Cordova, située à 24 lieues de Vera-Cruz ou encore Orizaba, à 50 lieues du littoral et située à une altitude de 1220 mètres.



Aussi ces pertes sanitaires posèrent-elles dès le départ la question de la capacité des troupes à s’acclimater à ce milieu mexicain. La notion d’acclimatation est alors récente. En effet, l’adjectif acclimaté intègre pour la première fois un dictionnaire de langue française en 1787 grâce à Jean-François Féraud : « Acclimaté, ée, adj. Accoutumé au climat. Mot nouveau employé par Raynal et un autre » (47). L’Académie française fit rapidement preuve de réaction en recueillant l’adjectif mais aussi le verbe dans l’édition de 1798 de son célèbre dictionnaire : « Acclimater. Accoutumer à la température. Il faut du temps pour acclimater une plante étrangère. On dit aussi, avec le pronom personnel, S’acclimater, pour dire, Se faire à un nouveau climat. Les habitants de l’Europe s’acclimatent difficilement dans les Antilles » (48).



Les deux exemples donnés par les académiciens retiennent l’attention ; la première se réfère explicitement au domaine dans lequel est apparu la notion, à savoir les travaux des naturalistes. Avec la seconde et cette comparaison Europe – Antilles, nous pouvons certes y voir une référence plus implicite à l’Abbé Raynal et ses écrits fameux sur les « Isles » des Antilles (49). Mais surtout, c’est justement dans cette même zone géographique que les débats sur l’acclimatement vont particulièrement s’amplifier durant la première moitié du XIXe siècle. Par acclimatement, il faut entendre, pour Pierre-Hubert Nysten, dans son Dictionnaire de médecine, de chirurgie, de pharmacie, des science accessoires et de l’art vétérinaire publié en 1833, « [...] l’action de s’acclimater, de s’habituer à un autre climat que celui dans lequel on a pris naissance. Modification plus ou moins profonde qui s’opère dans l’organisme, chez l’homme qui va habiter d’un climat dans un autre » (50).



Cette notion est alors bien présente depuis le tout début du XIXe dans de nombreux domaines comme la médecine militaire : « Au quartier général du Kaire, le 20 pluviose an IX. Les officiers de santé en chef de l’armée, consultés par le général en chef sur les mesures à prendre pour l’acclimatement des troupes qui viennent d’arriver en France, sont d’avis : 1° que ces troupes soient vêtues comme le reste de l’armée, soient tenues de porter la capote et de s’en couvrir soigneusement la nuit. » (51)



Nous allons retrouver ces interrogations militaires relatives à l’acclimatation des troupes dans le cas, par exemple, de la Guyane française, de réputation funeste depuis les désastres de l’Expédition de Kourou, son climat étant jugé mortifère pour le colon européen. Au début des années 1820, le ministre Portal de la Marine et des colonies plaidait pour un fort développement démographique de vieille colonie française, appelée par la suite à fournir des soldats déjà acclimatés au milieu tropical, rapidement transportables vers les territoires menacés de l’espace caribéen français. L’idée fut reprise en 1827 par un négociant bordelais du nom de Rivière dans un mémoire visant à faire de Cayenne un dépôt pour les garnisons destinées aux Antilles : « Après un an ou deux de séjour à Cayenne, ces hommes se trouveraient acclimatés, ce qui épargnerait des transports et des renouvellements de troupes dans les garnisons » (52).



L’idée majoritaire d’alors était alors que l’acclimatation s’avérait possible après un temps « variable » de présence dans le pays, le sujet étant considéré comme susceptible d’acquérir des caractères nouveaux.  Mais surtout, les troupes créoles voire issues d’Afrique du Nord avaient la réputation de mieux résister aux hautes températures ainsi qu’à la fièvre jaune que les troupes métropolitaines. Aussi, dans les tous premiers temps du projet d’envoi du corps expéditionnaire français au Mexique, Gustave Niox souligne que ce dernier ne devait réunir que des troupes de marine : un régiment d’infanterie de marine, composé de 6 compagnies issues de métropole contre 3 stationnées à la Martinique et 3 autres à la Guadeloupe, secondé par une batterie d’artillerie de marine issue de la Guadeloupe. Mais très rapidement, ces troupes furent complétées entre autres par un bataillon de zouaves (relevant du 2° régiment de zouaves), un peloton de chasseurs d’Afrique mais aussi par une compagnie franche des Antilles,  à savoir un corps de volontaires martiniquais d’une centaine d’hommes, « vouée aux terres chaudes » (53).



Mais dans les faits, les troupes venues d’Afrique de même des soldats et marins métropolitains furent touchées cruellement par les maladies, dès leur débarquement, alors que les témoignages d’époque nous dépeignent des troupes antillaises relativement épargnées. Et c’est pourquoi, après avoir perdu 1 200 hommes en une seule année pour la garde du port de Vera-Cruz, l’amiral Jurien demanda (en vain) au ministre de la Marine la création, dans le plus bref délai, de bataillons coloniaux : ces derniers devaient être formés avec  « des hommes de couleur » provenant soit du Sénégal (les tirailleurs sénégalais sont apparus en 1857), soit des Antilles, « sans quoi on serait exposé à voir les troupes européennes se fondre les unes après les autres » (54).



Signalons de même que durant tout cet épisode mexicain, la marine chercha à recruter avec succès d’ailleurs, des matelots aux Antilles françaises, pour compléter ses équipages décimés. Mais en ce qui concerne le développement des troupes coloniales, il n’y aura pas d’avancées significatives avant l’hécatombe de la campagne de Madagascar.



Le recrutement du fameux « bataillon nègre égyptien » découla de ces mêmes premières hécatombes. Selon l’historien Alain Gouttman, l’idée viendrait de Napoléon III. Profitant des bonnes relations avec la France et la vice-royauté d’Egypte, il obtenait la mise à disposition pour la guerre au Mexique d’un bataillon au final de 447 Nubiens originaires du Soudan. Débarqués à la Vera-Cruz en février 1863, ils luttèrent fort vaillamment plus de 3 ans dans ces mêmes périmètres considérés alors comme les plus dangereux du Mexique car combinant fièvre jaune et guérilla téméraire : « Elles étaient superbes ces cariatides d’ébène, drapées de cachemire blanc. Ils étaient imposants ces descendants des guerriers des Pharaons, par leur belle stature, la fierté de leur attitude et la dignité de leur maintien. » (55)



Document n°10 : volontaires martiniquais et soldats du bataillon égyptien (56)





Comme le précise Gustave Niox, ils résistèrent bien au milieu contrairement aux troupes métropolitaines (57) et combattirent fort vaillamment. Le 12 mars 1867, les 313 survivants rembarquaient « [en] laissant sur cette terre ingrate 135 des leurs, soit 30% de l’effectif initial » (58).



Enfin, les efforts d’adaptation de la troupe au climat passèrent par un habillement très légèrement modifié, avec dans un premier temps l’abandon du shako pour des chapeaux de paille. Ces derniers furent à leur tour proscrits pour revenir au képi avec couvre-nuque, soit l’ancêtre des fameuses casquettes Bigeard…



 



En guise de conclusion : « l’héritage mexicain »



Dans l’imaginaire national, cette funeste expédition se résume à quelques images d’Épinal : l’assaut vain des zouaves devant le fort de Guadalupe (premier siège de Puebla), le sacrifice des légionnaires du capitaine Danjou à Camarone (en non Camerone) ou encore les cinq charges successives à un contre dix des 50 chasseurs d’Afrique et 60 cazadores commandés par le capitaine Adam à Palos-Prietos. La gloire et l’échec final, mais dans l’honneur...



Document n°11 : les chasseurs d’Afrique au Mexique (59)





Toutefois, sur le plan de la science militaire, deux éléments sont à mettre au crédit de cet épisode militaire.



L’apprentissage de la contre guérilla



Pour combattre la guérilla, les stratèges français, et à l’exemple jadis du maréchal Suchet en Aragon, firent sillonner le pays par des colonnes mobiles, soit des groupes de quelques dizaines ou centaines de fantassins ou de cavaliers, commandés par des officiers jeunes et entreprenants, capables à leur tour de tendre des embuscades aux groupes de partisans espagnols. Ces manœuvres multiples étaient en fait destinées à palier la faiblesse numérique des troupes françaises d’occupation. En effet, celles-ci ne dépassèrent jamais les 40 000 hommes, ce qui rendit totalement impossible l’occupation entière du pays (60). Aussi, seules les grandes villes et les principaux points stratégiques se voyaient-ils dotés d’une garnison française, les sites moins importants étant laissés à la garde de troupes mexicaines ralliées : « Dans ce malheureux pays, c’est toujours la même chose : nous occupons une partie, nous en compromettons la population, et un beau jour, on est obligé d’enlever les troupes qui s’y trouvent pour les porter sur un point menacé. Le grand mal, c’est que nous sommes trop peu. C’est tout au plus si notre effectif de combattants est de 20 000 hommes, et il en faudrait 70 000 » (61).



En parallèle, les Français, pour la première fois dans leur histoire militaire, créèrent un corps de contre-guérilla, commandé notamment par le célèbre colonel Dupin ; il se rendit rapidement célèbre pour ses résultats mais aussi pour ses méthodes « expéditives », ce qui lui valut une disgrâce finale.



Document n°12 : portrait du colonel Dupin





Il faut dire que les deux camps rivalisaient dans l’horreur, ce que ne niait pas, par exemple, ce même du Pin : « Cinq de nos soldats tombés au main de l’ennemi furent châtrés et moururent des suites de cette horrible opération. Le maire Patino, qui avait prévenu le chef français de l’arrivée de l’ennemi, fut injustement fusillé par lui. Plus tard, on brûla sans aucun motif, l’hacienda de Rancho Viero [...] Ces mesures et exécutions inutiles ont jeté la terreur dans ce pays où nous avions beaucoup de partisans et où jadis avions organisé une garde rurale qui était venue combattre bravement à nos côtés jusqu’au delà de la Victoria. » (62)



Des progrès cartographiques réels



Les relevés topographiques, envoyés à Paris, furent repris par les cartographes militaires du dépôt de la Guerre ; ceux-ci s’attachèrent à élaborer une carte topographique de l’ensemble du territoire mexicain, représenté au 1 : 1 000 000°. Les travaux de la Commission scientifique du Mexique soulignèrent alors que le choix de l’échelle avait été fort discuté, le maréchal Vaillant se prononçant pour une échelle plus précise, au 1 : 500 000°, permettant de transposer avec plus de précisions « les renseignements scientifiques recueillis par les voyageurs » (63). Vivien de Saint-Martin, bien que reconnaissant la pertinence de l’argumentaire, souligna que l’échelle au 1 : 1 000 000° fut choisie par défaut, la nouvelle carte reposant en très grande partie sur des documents cartographiques mexicains déficients, pour lesquels, selon l’auteur, la base scientifique était « à peu près nulle » : « Il en est ainsi, même dans l’atlas de M. Garcia y Cubas, où l’exécution est si soignée et si supérieure. La carte du dépôt de la guerre offrira peut-être le même défaut » (64). Débutée en 1865, la nouvelle carte fut en fait publiée en 1874, en deux feuillets, au 1 : 3 000 000°. Présentée un an plus tard au Congrès international de Géographie de Paris, voici en quels termes José Yves Limandour, représentant de la Societad de Geografia Mexicana, relatait la découverte de cette carte, unique objet relatif au Mexique exposé aux congressistes : « De Mexico solo se pudo encontrar una carta de la Républica, y esto en la seccion francesa, por haber sido levantada por el estado mayor del ejercito francés !!! » (65)



L’apport géographique de l’expédition française ne se limitait toutefois pas à ces seuls progrès cartographiques : la somme de connaissances géographiques contenues dans les archives militaires s’avérait en effet considérable. Mais bien peu de choses passèrent au final dans le domaine du grand public (66).



Au final, hormis quelques aventuriers démissionnaires et rengagés avec un grade supérieur dans les bataillons impériaux de cazadores, les militaires français rembarquèrent bien piteusement pour la métropole ou ses colonies au début de l’année 1867 (67), le soulagement se mêlant à l’impression « [d’avoir fait] beaucoup plus de mal que de bien à ce malheureux pays ».  (68)



Bibliographie



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Vivien de Saint-Martin, Dictionnaire de géographie universelle, Paris, Hachette, 1887, t. III, 1078 p.





Note du comité éditorial :  cet article a été publié également dans Géographie et guerre, de la géographie militaire au Geospatial Intelligence en France (XVIIIe-XXIe siècles), sous la direction de Philippe Boulanger, Société de géographie de Paris, Bulletin Hors-série, 2016, p. 103-118.



Notes :



(1) Général Castex, Ce que j’ai vu, Paris, imprimerie E. Capiomont, 1898, t. 1 (1854-1869).





(2) Jean-Yves Puyo, « The French Military confront Mexico’s Geography : the Expedition of 1862-67 », Journal of Latin American Geography, vol. 9, n°2,  2010, pp. 139-168.





(3) Paul Rabinow, French Modern: Norms and Forms of the Social Environment, MIT Press, 1989. 





(4) Gustave Niox, cité par Vivien de Saint-Martin, Dictionnaire de géographie universelle, Paris, Hachette, tome III, 1887, 1078 p. (p. 848).





(5) Alexandre de Humboldt, Essai politique sur le Royaume de la Nouvelle-Espagne, Paris, F. Schoell, 1811, 2 tomes (350 p. et 348 p.). Sur cet héritage « humboldtien », se reporter à nos travaux passés, en particulier : Jean-Yves Puyo, « The French Military confront Mexico’s Geography : the Expedition of 1862-67 », vol. 9, n°2, 2010, pp. 139-168.





(6) « La guerre est déclarée. Je pars d’ici le 22 me porter en avant. » Courrier du 18 avril 1862 du général Lorencez à son épouse, fond privé Pécastaing, document reproduit dans Le général Charles Ferdinand Latrille comte de Lorencez et l’expédition française au Mexique en 1862, catalogue de l’exposition du même nom tenue du 6 au 10 septembre 2014 (Mairie de Méritein, 64190), édition de l’auteur, 2014, 95 p. (p. 53).





(7) Dr Jordanet, Renseignements sur le Mexique au point de vue de la salubrité du climat et de l’hygiène, janvier 1862, manuscrit, 12 p., SHD 7 G 89.





(8) Rapport de présentation du territoire mexicain, G7 89 SHD.





(9) « Tenir la campagne n’est pas une locution appropriée à la guerre de Mexique ». Ibid.





(10) Ibid.





(11) « S’il s’agit, pendant un mois, de fournir en vin le corps expéditionnaire français, mais à combien de rations s’élève donc la dotation quotidienne du soldat ? Plus de vingt ? On a affaire à l’armée la plus alcoolique du monde. »  Paco Ignacio Taibo II, Los libres no reconocen rivales – una historia narrativa de la batalla del 5 de mayo de 1862, México, Planeta, 2012, 150 p. (p. 48).





(12) Capitaine Lafitau, courrier au général Blondel, direction du personnel, ministère de la guerre, Orizaba, 22 mai 1862 ; G7 89 SHD.





(13) Ibid.





(14) En cela, le témoignage du capitaine Lafitau vient corroborer les écrits célèbres de Gustave Niox, qui pour sa part, n’était pas encore au Mexique à cette époque là : « Dans la soirée (du 4 mai), un ingénieur mexicain, qui fut présenté au général de Lorencez, lui procura quelques renseignements ». Gustave Niox, L’Expédition militaire du Mexique, 1861 – 1867, Paris, J. Dumaine, 1874, 770 p. (p. 160).





(15) Ibid.





(16) Les pertes de ce combat s’élevèrent à 172 tués dont 16 officiers, contre 304 blessés (19 officiers), « chiffre considérable relativement à son effectif ». Gustave Niox, L’Expédition militaire du Mexique, 1861 – 1867, op. cit, p. 167.





(17) « Cette guerre a beaucoup de rapport avec celle de Kabylie ; seulement, les guérillas sont beaucoup plus mobiles que les Kabyles. » Cahiers de correspondance du colonel Dupin, 24 février 1866 ;  G7 87, SHD.





(18) Mémoire sur la Huastéca partie sud, document manuscrit de 18 pages, non daté et non signé ;  G7 185, SHD.





(19) « On en prenait copie, on corrigeait les uns par les autres, et on arrivait ainsi à dresser, pour les besoins des opérations militaires, des cartes forts utiles. » Vivien de Saint-Martin, Dictionnaire de géographie universelle, op. cit., p. 848.





(20) Sur cet épisode, les travaux scientifiques de qualité ne manquent pas, qu’ils soient mexicains (García Bravo, Pichardo Hernández, Ramírez Sevilla & Ledesma-Mateos, Schávelzon, Soberanis), anglo-saxons (Dunbar, Edison) ou français (Broc, François, Fredj, Prévost Urkidi).  Se reporter à la bibliographie finale (qui n’a pas prétention d’exhaustivité).





(21) Hector Mendoza Vargas (eds), Lecturas geograficas mexicanas, Mexico, Universitad nacional autonoma de Mexico, coll. Biblioteca del estudiante universitario, 1999, 168 p. (p. XIX de l’introduction).





(22) Dans le décret impérial du 27 février 1864 signé par Victor Duruy, ministre de l’Instruction Publique, relatif à la nomination de nouveaux correspondants auprès de la Commission Scientifique du Mexique, on relève la présence des Mexicains Miguel Imenez, Antonio del Castillon, Antonio Garcia y Cubas, Francisco Imenez, Manuel Orozco y Berra, Francisco Pimentel, Joaquim Garcia Icazbalceta, Eulalio Ortega, Patricio Murphy et Gabino Barreda. Archives de la Commission scientifique du Mexique, Paris, Imprimerie nationale, 1865, tome 1, 467 p. (p. 17).





(23) Archives du corps du Génie, Article15, S1, SS30, carton 4 (SHD)





(24) Tableau des positions astronomiques (latitudes et longitudes) de divers points du Mexique (document non signé), G 7 89 “Mémoires divers”, SHD.





(25) Non daté et non signé, G7 89, SHD.





(26) Non daté et non signé, G7 89, SHD.





(27) Vivien de Saint-Martin, “Rapport sur l’état actuel de la géographie du Mexique et sur les études locales propres à perfectionner la carte du pays”, Archives de la Commission scientifique du Mexique, tome 1, op. cit., pp. 240-287 (p. 286).





(28) Cartons G7 185 à 199, SHD.





(29) Capitaine Lusan, 12 mars 1864 ; archives du corps du Génie, article 15, S1, SS30, carton 4 (SHD).





(30) « J’ai pensé qu’il pourrait être agréable à la Commission d’avoir une carte d’ensemble de ces nombreux itinéraires, tout imparfaits qu’ils puissent être, et une copie des notes qui m’ont été fournies à l’appui des levés. Je viens en conséquence de faire entreprendre l’exécution de cette carte à l’échelle du millionième et je m’empresserai de la transmettre à Votre Excellence aussitôt qu’elle sera terminée ». Colonel Doutrelaine, dépêche n°46 au ministre Victor Duruy, Mexico, 31 juillet 1865. In  Le Goff Armelle, Prévost Urkidi Nadia, Homme de guerre, homme de science ? Le colonel Doutrelaine au Mexique – édition critique de ses dépêches (1864-1867), Paris, CTHS, 2011, 500 p. (p. 182).





(31)  Carte de l’occupation du Mexique par les troupes françaises, en juin 1866.





(32) « On trouve facilement de la viande le long de la route pour une forte colonne et à un prix ordinaire : 70 à 80 centimes le kilogramme. Il serait très facile de réunir à peu près partout un troupeau assez considérable.» Capitaine F. de Mascureau, Rapport d’itinéraire entre Cuernavaca et Acapulco, non daté ; G7 185, SHD.





(33) Notes sur une partie de l’État de Mexico, comprise entre Pachuca, Mexico, Cuernavaca à l’Est, les États du Querétaro et de Michoacán, à l’Ouest, manuscrit non daté et non signé, G7 199, SHD. Dans les faits, ce village fut brûlé par les troupes françaises en 1864. Il comprend de nos jours 14 000 habitants.





(34) Novembre 1863, signature illisible. Archives du corps du Génie, article 15, S1, SS30, carton 4 (SHD).





(35) E. de Fleury, Rapport sur la Frontière du Nord de l’Empire du Mexique, 10 novembre 1864, 9 pages manuscrites,  G7 199, SHD.





(36) Plan non daté et non signé, archives du corps du Génie, article 15, S1, SS30, carton 4 (SHD).





(37) Plan daté du 25 octobre 1865, à partir d’un premier plan à l’échelle 1/3570 d’Enrique Barchescki Agrimensor, réduit ensuite au 1/10 000 par le lieutenant Bourges ; G7 93, SHD.





(38)Non daté et non signé, archives du corps du Génie, article 15, S1, SS30, carton 4 (SHD).





(39) Tel le moral des troupes françaises engagées, rarement bien haut, à l’exemple de cette première ligne du carnet du campagne du Lieutenant Romignon, de la légion étrangère, commencé à Puebla de los Angeles le 8 avril 1864 : « Séjour au Mexique : je ne sais combien il durera. Abrégez-le Seigneur. »  G7 87, SHD.





(40) E. Roussel (capitaine d’état-major), Considérations relatives à l’investissement et à l’attaque de la Place de Puebla, Orizaba, 20 septembre 1862 ; G7 193 SHD.





(41) Perote à Puebla / San Andrès Chalchicomula à Puebla / Cumbrès à Puebla / Tehuacán à Puebla /  Tepeaca à Puebla.





(42) E. Roussel (capitaine d’état-major), Considérations relatives à l’investissement et à l’attaque de la Place de Puebla, op. cit.





(43) « Les Mexicains ont depuis longtemps mis en état de défense la place de Puebla ; ils ont formé une sorte d’enceinte continue en coupant toute les rues par des barricades en terre disposées pour être armées de canons, en perçant les créneaux dans les murs de toutes les maisons ayant des vues sur les abords de la place et en établissant, dit-on, sur les terrasses de ses maisons, des parapets en sacs à terre pour la fusillade. »  Ibid.





(44) « Nous montâmes sur la terrasse de l’hacyenda [sic] et observâmes, avec nos jumelles, le sommet du Cerro San Juan que l’on voit se dresser à gauche de la ville ; bientôt nous commencions à y découvrir certains grouillements de points noirs et nous pouvions nous convaincre que c’étaient des Français. Le mouvement enveloppant du général Douay a donc réussi également et nous occupons ce point de première importance, à 2 000 mètres des ouvrages de la place qu’il domine de sa grande altitude. » Colonel Charles Blanchot, L’intervention française au Mexiquemémoires, Paris, Émile Nourry, 1911, t. 1, 420 p. (p. 251).





(45) « On peut dire que la géographie militaire n’est autre chose que l’ensemble des sciences géographiques étudiées par les militaires. De quoi se compose la science de la guerre ? Il s’agit de conduire les armées sur la surface du sol par les voies de communications qui y sont tracées et au milieu des obstacles que les montagnes et les eaux opposent à la marche des hommes et des chevaux ; il s’agit de faire vivre ces armées au moyen des ressources que possède chaque pays ; il s’agit de les faire mouvoir, de manière à couvrir ou à menacer certains points stratégiques dont l’importance résulte de circonstances topographiques, politiques, économiques ; il s’agit de combattre dans de bonnes positons tactiques où les accidents du sol tournent à votre avantage ; enfin il s’agit encore de choisir toujours d’après des considérations topographiques et stratégiques les points qu’il convient de fortifier pour assurer la défense de l’État ou pour faciliter l’action des armées. Tels sont les buts principaux de la science de la guerre ; pour les atteindre, on est obligé de se guider d’après les indications fournies par la géographie ». Anatole Marga, Géographie militaire. Première partie : généralités et la France, Fontainebleau, Ernest Bourges, 1897, 365 p. (p. 16).





(46) Dr. Armand, Traité de climatologie générale du globle – étude médicale sur tous les climats, Paris, Masson, 1873,  868 p. (p. 730).





(47) Jean-François Féraud, Dictionnaire critique de la langue française, Marseille, Chez Jean Mossy, 1787, t.1, 840 p. (p. 22).





(48) Académie française, Dictionnaire de l’Académie française, Paris, J. J. Smits, 1798, t.1, 768 p. (p. 12).





(49) Abbé Raynal, Histoire philosophique des isles françoises dans les Indes occidentales, Laussanne, Chez J. Pierre Heubach, 1784, 355 p.





(50) Pierre-Hubert Nysten, Dictionnaire de médecine, de chirurgie, de pharmacie, des science accessoires et de l’art vétérinaire, Paris, J. S. Chaudé, 1833, 962 p. (p. 10).





(51) Renée-Nicolas Desgenettes, Histoire médicale de l'armée d'Orient, Paris, Croullebois, 1802, t.2, 434 p. (p. 206)





(52) M. B. R. (Rivière d’après Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes), Observations générales sur la Guyane française et projets d’améliorations de cette importante colonie, Bordeaux, chez Pierre Beaume, 1827, 88 p. (p. 52).





(53) « En dehors de la sécurité des localités du littoral (Vera-Cruz, Medellin, Alvarado, Tampico… et de leur périmètre), il faut signaler sa participation à diverses opérations, et notamment à l’expédition du Concejo de juillet 1864. En novembre 1864, son personnel arrivant en fin de contrat, la compagnie franche rentre aux Antilles pour y être dissoute. » F. L., « Il y a 120 ans… Les troupes de marine au Mexique », L’Ancre d’or, n° 213, 1983, pp. 6-11 (p. 11).





(54) Gustave Niox, L’expédition militaire du Mexique, 1861 - 1867 - récit politique & militaire, op. cit., p. 231.





(55) Colonel Blanchot, L’intervention française au Mexique, op. cit., p. 468.





(56) Signé Henri Boisselier, d’après un dessin paru alors dans l’Illustration.





(57) « Heureusement, les Egyptiens résistèrent au climat et purent seconder les compagnies créoles des Antilles, également à l'abri du fléau; mais les garnisons françaises de la Tejeria et de la Soledad étaient épuisées par les fièvres. » Gustave Niox, L’expédition militaire du Mexique, 1861 - 1867 - récit politique & militaire, op. cit., p. 300.





(58) Alain Gouttman, La guerre du Mexique, Paris, Tempus, 2011, 540 p. (p. 317).





(59) Gravure de Louis Maitrejean pour la couverture de l’ouvrage de E. Cat, Nos soldats d’Afrique, Paris, librairie Gedalge, 1880, 268 p.





(60) Composition de l’armée « franco-mexicaine » au mois de juin 1864 : 35 553 Français et 20 285 Mexicains. Gustave Niox, L’expédition militaire du Mexique, 1861 - 1867 - récit politique & militaire, op. cit., p. 750.





(61) Lt-Colonel Loizillon, Lettres de l’expédition du Mexique, Paris, librairie militaire Baudoin, 1890, 446 p. (p. 328).





(62) Cahiers de correspondance du colonel Dupin, 16 mars 1866 ; G7 87, SHD.





(63) Archives de la Commission scientifique du Mexique, Paris, Imprimerie nationale, 1867, tome 2, 499 p. (p. 179).





(64) Ibid., p. 179.



(65) Cité par Hector Mendoza Vargas (eds), Lecturas geograficas mexicanas, op. cit, p. 137.





(66) Cf. Jean-Yves Puyo, « Regards géographiques sur l’expédition du Mexique (1862-1867) », in La France en Amérique : mémoire d’une conquête, S. Berthier-Folgar (dir.), Chambéry, presses de l’Université de Savoie, coll. Sociétés, Religions, Politiques, 2009, 248 p. (pp. 131-153).





(67) Les dernières troupes régulières françaises quittèrent le Mexique le 11 mars 1867. Quant aux survivants français des bataillons de cazadores, ils furent rapatriés en juillet de cette même année.





(68) Lt-Colonel Loizillon, Lettres de l’expédition du Mexique, op. cit., p. 438.





 


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