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N°10-11 mai 2017 : Géographie historique et guerres:

Des capitaines de compagnie géographes au xve siècle ?

Christophe Furon


Par Christophe Furon (agrégé et doctorant en histoire médiévale à l’Université de Paris IV-Sorbonne)



Résumé : L’objectif de cet article est de comprendre, à partir d’exemples, le rapport des capitaines français du xve s. à la géographie. Leur culture géographique est rarement livresque et essentiellement empirique, issue de leurs nombreux déplacements qui les amènent à avoir des connaissances dépassant largement le cadre guerrier. En raison de leur activité militaire, la géographie des capitaines de compagnie est avant tout utilitaire : la connaissance d’un espace sert à remporter une bataille, à prendre une place ou à contrôler une région. Leurs actions et l’usage qu’ils font des territoires et de leur organisation montrent une capacité d’analyse de leur géographie politique, économique, démographique et symbolique. Mais l’impact de leurs pratiques spatiales est très limité dans le temps : l’activité des capitaines consiste essentiellement à s’approprier les territoires avec leurs ressources, ne serait-ce que le temps d’un pillage. L’on est donc loin de la géographie humaniste qui se développe à cette époque.



Mots-clés : France, Moyen Age, capitaine de compagnie, cartographie, humanisme, territoire, frontière, géopolitique, renseignement militaire, pratiques spatiales.



Abstract : The goal of this article is to understand, on the base of examples, the relation of French captains with geography during the 15th century. Their geographical culture is rarely bookish and is primarily empirical, coming from their numerous journeys which induce them to be very knowledgeable beyond their warlike duties. Because of their military activity, the geography of the captains of company is above all utilitarian : the knowledge of a space is useful for winning a battle, taking a place or controling an area. Their actions and their use of the territories and their organization show us an ability to analyse their political, economical, demographical and symbolical geography. But the impact of their spatial practices is very restricted in time : the captains’ activity primarily consist in appropriating territories whith their ressources, sometimes just during a pillage. So we are far from the humanistic geography which is developping at this time.



Keywords : France, Middle Ages, captain of company, cartography, humanism, territory, frontier, geopolitics, military intelligence, social practices.



Dans La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, Yves Lacoste insiste sur l’importance du fait militaire dans le développement de la discipline géographique (Lacoste, 1976). Pourtant, en dehors du cas des frontières, les médiévistes se sont peu intéressés au rapport entre guerre et géographie, alors que cette célèbre formule aurait pu stimuler leur réflexion : si la géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, quelle culture géographique avaient ceux qui faisaient la guerre – et non pas seulement ceux qui la décidaient ? C’est à cette question que cet article tente de fournir des éléments de réponse en se concentrant sur les capitaines de compagnie du royaume de France au xve siècle. Il ne prétend pas à l’exhaustivité, le sujet étant vaste et largement inexploré.



Les capitaines de compagnie sont des chefs de guerre exerçant des fonctions de commandement sur un groupe d’hommes – la compagnie – qu’ils doivent payer et loger. Au xve siècle, leur milieu connaît une importante mutation dans le contexte du renforcement de l’emprise royale sur l’armée, notamment avec les réformes militaires de Charles VII dans les années 1440 : la diminution de leur activité de mercenaires au profit d’un service royal de plus en plus exclusif (Contamine, 1972). Les capitaines sont donc des exécutants au service de puissants décideurs mais, lorsqu’ils sont sans emploi, ils se livrent au pillage pour subvenir aux besoins de leurs hommes. Même s’ils appartiennent à la noblesse, ils sont généralement de basse extraction et beaucoup ne savent ni lire ni écrire (Contamine, 1980). Par conséquent, leur culture géographique était certainement différente de celle des rois de France, qui avaient un accès facilité aux livres et étaient dans la nécessité de bien connaître la géographie de leur royaume (Dauphant, 2012). Elle l’était également de celle des humanistes qui, avec la redécouverte d’œuvres antiques, les Grandes Découvertes et la cartographie, permettent à la géographie de devenir une discipline autonome (Gautier Dalché [dir.], 2013, p. 121-158). Il existe donc, à la fin du Moyen Âge, différentes cultures géographiques : Patrick Gautier Dalché a récemment démontré que le développement de la cartographie militaire à cette époque est antérieur à celui de la culture humaniste et n’en est donc pas une conséquence. De même, les nombreux exemples qu’il utilise montrent que les cartes sont, dans le cas français, des commandes royales ou princières et ne disent rien de leur utilisation sur le terrain par les capitaines de compagnie (Gautier Dalché, 2015).



Le développement de la discipline géographique, notamment de la cartographie, et le rôle essentiel du capitaine dans l’organisation militaire au xve s. amènent à s’interroger sur le contenu de la culture géographique de ces capitaines de compagnie qui, pour mener à bien leurs opérations militaires et de pillages, devaient être capables d’appréhender les lieux et les territoires à traverser, à ravager et/ou à conquérir. Il ne faut donc pas limiter l’étude, comme cela est généralement fait pour cette période, à l’histoire des représentations graphiques d’un espace donné (Contamine, 2000 – Gautier-Dalché, 2015) ou aux connaissances sur le monde (Claval, 2001) mais il faut l’étendre aux pratiques spatiales (1) des capitaines de compagnie : il s’agit de tenter de comprendre comment ils percevaient, analysaient et exploitaient les caractéristiques des différents théâtres d’opérations qu’ils étaient amenés à fréquenter, ainsi que l’impact que leur activité pouvait avoir sur l’organisation des territoires.



 



I. Aux sources du savoir géographique



A. Un savoir livresque limité



Lorsque l’on tente de reconstituer le savoir géographique des capitaines de compagnie, un premier obstacle peut faire renoncer à la tâche : le manque de sources écrites. Très peu nous ont laissé un inventaire de bibliothèque qui pourrait fournir des indications sur leur culture livresque. La principale explication en est l’illettrisme de beaucoup de ces hommes de guerre, qui savent souvent à peine signer (Contamine, 1980). Une deuxième explication tient au coût des livres : même s’il tend à diminuer à la fin du Moyen Âge, il reste élevé. Par conséquent, les capitaines, souvent issus d’une noblesse de basse extraction, ne sont pas en mesure d’en acquérir et, lorsqu’ils le sont, préfèrent montrer leur ascension sociale par l’acquisition de terres plutôt que par la constitution de bibliothèques. Enfin, les hommes de guerre lettrés ne devaient pas disposer de beaucoup de temps libre pour s’adonner au plaisir de la lecture, étant presque continuellement en mouvement.



Toutefois, certains se constituent une bibliothèque, à l’instar de l’amiral Prigent de Coëtivy. Parmi la douzaine de manuscrits dont la possession est assurée, aucun ouvrage de géographie ni récit de voyage : comme c’est généralement le cas pour les bibliothèques nobiliaires, on y trouve des livres d’histoire, des œuvres littéraires, avec une prédilection pour les romans arthuriens, ainsi que des livres d’heures (Harrouët, 1999 – Fourcade, 2015). Certains de ces ouvrages fournissent des indications géographiques mais celles-ci relèvent davantage de l’idéalisation d’un monde antique prestigieux – biblique ou gréco-romain – ou, pour les romans, de la création d’un monde littéraire : il s’agit donc d’une géographie largement fictive qui imprègne l’esprit du lecteur et influence ses représentations du réel. En ce qui concerne Prigent de Coëtivy, il n’a sans doute pas beaucoup consulté ses manuscrits richement décorés, qui avaient principalement une fonction d’ostentation, marquant la réussite d’une carrière militaire au service du roi. Il n’est d’ailleurs par exclu que certains de ces manuscrits aient été des butins de guerre (Harrouët, 1999).



Les ouvrages de géographie sont donc rares dans les bibliothèques de capitaines. Mais ils ne sont pas inexistants, notamment lorsqu’il s’agit de l’Orient. Au xve siècle, l’idée de croisade reste vivante et les projets sont nombreux pour accomplir cet idéal chevaleresque, notamment à la cour du duc de Bourgogne. Ainsi Jean de Wavrin possède-t-il un Recueil d’Orient, qui contient surtout des récits de voyage (2). Le capitaine devenu chroniqueur et diplomate est concerné personnellement par les projets bourguignons de croisade : en 1463, il fait partie de l’ambassade envoyée par le duc auprès du pape Pie II pour discuter d’une croisade contre les Turcs. De plus, son neveu Waleran de Wavrin est en 1444-1445 le chef d’une expédition navale en Méditerranée contre les Infidèles (Naber, 1990). La possession de ce manuscrit est donc liée autant à un intérêt personnel qu’à une volonté de se renseigner pour préparer une croisade contre les Turcs, véritable obsession bourguignonne. Rapporté au total de douze volumes assurément détenus par Jean de Wavrin, ce manuscrit pourrait refléter un intérêt limité pour le sujet mais il ne doit pas être considéré comme sa seule source de renseignements : en 1418, le chroniqueur, qui n’était alors qu’un jeune écuyer, a peut-être fait un voyage en Terre sainte ; de plus, il a eu l’occasion de discuter des affaires orientales avec son neveu.



Outre les romans, les livres d’histoire et les récits de voyage, une autre source d’information géographique peut être constituée par la propagande. Dans un contexte de guerre quasi-permanente, les libelles et traités polémiques sont produits en grande quantité pour soutenir la cause française : ils diffusent des stéréotypes sur l’adversaire, que l’on peut considérer comme une forme de savoir géographique. Au début du xve siècle, le propagandiste Jean de Montreuil dépeint ainsi les Anglais comme des gens cruels et agressifs, attaquant les personnes désarmées et menant « guerre mortele » à tous leurs voisins. Mais le contexte militaire n’explique pas seul cette haine de l’Anglais puisque d’autres peuples, qui ne sont pas ennemis de la France, ne trouvent pas plus grâce à ses yeux : les Allemands ont des mœurs barbares et les Italiens sont fourbes (Grévy-Pons, 1980). Parfois, ce sont de véritables analyses géopolitiques qui sont convoquées pour défendre la cause nationale, comme dans le Débat des hérauts de France et d’Angleterre, composé vers 1455 : pour rabaisser les Anglais, le héraut français met en avant l’échec des Anglais à soumettre l’Écosse, royaume plus petit que celui d’Angleterre, et l’Irlande, pays de « sauvaiges » incapables de « faire resistance de guerre » (Le débat des hérauts d’armes de France et d’Angleterre, p. 22). Cette connaissance des peuples est ainsi teintée de xénophobie et, même si peu de capitaines français ont lu ces textes, ils ont certainement à l’esprit ces stéréotypes forgés et diffusés par la propagande royale. La haine de l’étranger participe ainsi de la construction d’un sentiment d’appartenance à une communauté de destin. C’est ce que l’on décèle dans cette chanson bourguignonne de 1408 sur la levée du siège de Maastricht par le duc Jean Sans Peur :



« S’estoient de no part Flamens,



Henuyers, Picars, Allemans



Et la gent de Bourgongne.



Et sy estoient Champegnois,



Viennois, Artois ensement,



Brabenchons sans eslonge. » (Le Roux de Lincy, 1857, p. 13)



Cette énumération de peuples mobilisés par le duc peut donner le sentiment d’appartenir à une puissance militaire s’appuyant sur un vaste territoire et capable d’employer des hommes d’armes étrangers (Marchandisse et Schnerb, 2015). La propagande, qu’elle soit diffusée par l’écrit ou par l’oral, peut donc être une source d’informations géographiques en ce sens qu’elle véhicule des représentations sur les peuples étrangers et le territoire à défendre et/ou à étendre.



Plutôt qu’un savoir géographique, les capitaines de compagnie ont donc un imaginaire géographique sur le monde, acquis par les rares livres qu’ils possèdent et plus souvent par la propagande. Ne correspondant souvent pas à la réalité et s’appuyant sur une anthropologie teintée de xénophobie, il n’en demeure pas moins un système de représentations sur lequel les capitaines s’appuient pour appréhender le monde et se situer dans celui-ci, en tant que chrétien ou en tant que membre d’une communauté nationale ancrée sur un territoire à défendre.



 



B. Le renseignement militaire



En revanche, il est nécessaire pour eux d’avoir des connaissances précises sur les territoires qu’ils fréquentent. Les traités militaires insistent sur la nécessité du renseignement avant de mener une opération, surtout pour connaître le nombre et l’état des forces ennemies mais également pour étudier le terrain « car la guerre se faict à l’ueil ; et selon que l’on veoit il se fault gouuerner », comme l’écrit Bérault Stuart en 1502 (Stuart B., 1976 [1502], p. 7). Par conséquent, les traités militaires recommandent de procéder à une collecte de renseignements pour éviter d’être surpris par l’ennemi et anticiper toutes les situations possibles. Pour Christine de Pisan, après la reconnaissance du terrain, le capitaine « le plus secretement quil porra envoiera mettre embusches aux passaiges et par ce sil peult il les [les ennemis] surprendra » (3) : il s’agit de tirer parti des avantages que peuvent procurer les routes étroites, le relief, les cours d’eau, la végétation…



Pour ce faire, les capitaines emploient des espions de tous âges, de tous sexes et de tous états : en 1418, deux valets sont arrêtés à Châlons-en-Champagne après s’être « ventez d’avoir esté audit Chaalons et alez aval la ville, en abis dissimulez, et veu, et sceu l’estat d’icelle » (Registre des délibérations du conseil de ville de Châlons-en-Champagne, p. 58-59). Dans ce cas, la collecte d’informations concerne surtout les défenses et leurs points faibles mais aussi l’organisation des rues pour faciliter les déplacements de troupes à l’intérieur de la ville. À ce propos, Jean de Bueil, auteur du Jouvencel dans les années 1460, recommande de « boucher » les yeux d’un prisonnier quand on le conduit dans une ville (Bueil, t. II, 1889 [1461-1466], p. 13) : à sa libération, il pourrait fournir des informations précieuses sur l’état des défenses et la topographie urbaine. Le recours aux populations locales est un gage de fiabilité des informations de par leur connaissance du territoire, à condition qu’elles soient rémunérées : Jean de Bueil écrit que « ces guides sont vraies espies, qui estoient à ses gaiges, demourans en l’obeissance de ses ennemis » (Bueil, t. I, 1887 [1461-1466], p. 151). En plus de renseignements sur les défenses, ils peuvent guider les troupes en territoire inconnu (Allmand, 1992 – Lethenet, 2013 et 2014 – Beaulant, 2014).



Les informations collectées peuvent aboutir à la réalisation d’une carte, comme le conseillent Robert de Balsac et Bérault Stuart, dans le but d’aider à la prise de décision stratégique et tactique. En 1422-1423, Ghillebert de Lannoy accompagne son rapport d’une mission de reconnaissance en Orient pour le duc de Bourgogne de cinq cartes afin de préparer une croisade. En 1498, le maréchal Jean-Jacques Trivulce envoie à Louis XII une carte de la Lombardie pour préparer la récupération du duché de Milan. Le siège d’une place est également l’occasion d’établir cartes, plans et vues, comme la peinture que commande le duc de Bourgogne Philippe le Bon avant d’entamer les opérations devant Calais en 1436, sans que l’on ait plus de détails (Contamine, 2000). Mais ces représentations graphiques sont avant tout destinées aux chefs de l’armée et il n’est pas fait mention de leur usage par les capitaines. D’ailleurs, ce sujet n’est pas évoqué par l’un d’eux, Jean de Bueil, ce qui montre que l’usage de cartes et de plans n’est pas encore systématique dans les années 1460, alors qu’il s’était banalisé en Italie dès le xive s. (Gautier-Dalché 2015).



 



C. Un savoir empirique issu des voyages



Avec les conflits du xve siècle, les capitaines parcourent de nombreux territoires et nul doute que beaucoup se sont forgés une connaissance approfondie du royaume de France, à l’instar de Poton de Xaintrailles. Originaire de Gascogne, il opère dans les années 1420 dans le nord-est de la France, notamment en Thiérache, puis dans le Maine et en Beauce. Il défend Orléans contre les Anglais en 1428-1429 puis participe à la campagne du sacre qui le conduit à Reims. Ensuite, à partir de Beauvais, il lutte contre les Anglo-Bourguignons dans le nord de l’Île-de-France et en Picardie et mène des expéditions contre la Normandie anglaise. En 1438, après l’avoir nommé bailli de Berry, Charles VII l’envoie lutter contre les écorcheurs qui ravagent les régions situées au sud de la Loire : finalement, il les utilise pour piller, avec le capitaine castillan Rodrigue de Villandrando, la Guyenne anglaise, le Comminges, le Roussillon puis la région toulousaine en 1439. Dans les années 1440, il suit le roi dans toutes ses expéditions : aux sièges de Creil et de Pontoise en 1441, aux campagnes qui le mènent de la région parisienne à Tartas en 1442 et à Metz en 1444, à la reconquête de la Normandie en 1449-1450 et de la Guyenne en 1450-1453, ce qui lui vaut le titre de maréchal en 1454. Après ces derniers faits d’armes, il s’installe à Bordeaux, où il meurt en 1461. Bien en cour, il est souvent aux côtés du roi, comme à Poitiers en 1426, et joute à Nancy en 1445 et à Chinon en 1446. Poton de Xaintrailles a donc sillonné une grande partie de la France (Furon, 2016a). Les occasions de déplacements sont donc nombreuses et, même s’il n’a laissé aucun récit, nul doute qu’il a acquis une connaissance approfondie de la géographie du royaume.



D’autres capitaines au service du roi franchissent les frontières du royaume. De nombreux étrangers sont en effet à son service, comme des Écossais, des Gallois, des Italiens et finissent par s’installer dans le royaume et y faire souche (Contamine, 1972) : Bérault Stuart, seigneur d’Aubigny et de Beaumont-le-Comte et auteur du traité cité ci-dessus, est le petit-fils de l’Écossais John Stuart, connétable de France mort à Verneuil en 1424, et participe à deux campagnes en Italie pour Charles VIII et Louis XII. En plus de leurs talents militaires, ces capitaines étrangers mettent au service du roi de France leurs compétences linguistiques et les relations qu’ils ont conservées avec leur pays d’origine : Bérault Stuart est ambassadeur en Angleterre et en Écosse, dont le roi Jacques IV est son lointain cousin et où il meurt en 1508 ; Théaude de Valpergue, originaire de Lombardie, est ambassadeur auprès du duc de Milan dans les années 1440 (Carolus-Barré, 1982).



Enfin, d’autres capitaines se font explorateurs. Le Poitevin Gadifer de La Salle s’est rendu en Italie, en Prusse et à Rhodes avant de participer à la conquête des Canaries entre 1402 et 1406, dont le récit du Canarien a peut-être été rédigé à sa demande et décrit les paysages parcourus, les ressources naturelles que recèlent ces îles et les mœurs des habitants rencontrés (Keen, 1986 – Le livre nommé Le Canarien, 2008). Le Gascon Antoine de La Sale voyage également beaucoup : il joute à Bruxelles en 1409 et à Gand en 1414, participe à la conquête portugaise de Ceuta en 1415, mais sert surtout les ducs d’Anjou en Italie à plusieurs reprises. De ses explorations dans la péninsule, il tire plusieurs récits compilés entre 1442 et 1444 dans La Salade. Parmi eux, figure celui d’une expédition dans les îles Éoliennes au printemps 1407 : après une description des lieux, il y raconte son ascension du mont Volcano, dont les fumées avaient piqué sa curiosité, ainsi qu’une légende qui court chez les habitants de l’île (Knudson, 1928). Dans le Paradis de la reine Sibylle, il raconte une excursion faite en mai 1420 au Monte della Sibilla dans les Apennins : il décrit la montagne exposée à des vents forts, la flore qui la recouvre et la « cave » qu’il trouve en son sommet. Mais il n’y entre pas et préfère se contenter des récits plus ou moins légendaires des villageois à son propos (La Sale, 1983). Antoine de La Sale fait ainsi œuvre de géographe au sens étymologique du terme mais, ne se contentant pas de décrire les lieux, il rapporte les histoires qui y sont liées.



Les campagnes militaires, les joutes, les ambassades, les croisades, les conquêtes de contrées inconnues ou, tout simplement, la curiosité sont autant d’occasions pour les capitaines français de découvrir de nouveaux territoires. Tous ces voyages laissent penser que beaucoup de ces capitaines en perpétuel mouvement ont accumulé un savoir géographique qui n’est pas seulement destiné à la bonne exécution de leur mission mais qui relève également d’une curiosité intellectuelle que l’on peut déceler à travers leurs observations des territoires traversés et des populations y vivant et qui peut être déclenchée par un sentiment d’éloignement lié non seulement à la distance parcourue mais aussi à la confrontation avec l’inconnu.



 



II. Quels usages de la géographie ?



Pour la réussite de leurs opérations, les capitaines doivent également analyser les places et les territoires qu’ils veulent traverser, défendre et conquérir. À travers quelques exemples qui n’épuisent pas le sujet, il est possible de comprendre comment et dans quels buts ils se servent de la géographie.



A. Tirer parti de la situation géopolitique



L’évolution de la situation géopolitique a une grande influence sur leur activité. Entrepreneurs de guerre, les capitaines recherchent l’enrichissement et l’ascension sociale par les armes. De ce fait, certains monnayent leur fidélité non seulement au plus offrant mais également au puissant, qui leur paraît le plus à même de garantir la durabilité de leurs acquisitions, à l’image de Perrinet Gressart, roturier poitevin devenu riche et influant grâce aux armes et à un jeu de balance constant. Apparaissant au service du duc de Bourgogne en 1416, il prend par surprise La Charité-sur-Loire en 1423, place pour laquelle le duc Philippe le Bon le confirme comme capitaine et à partir de laquelle il mène des opérations pour agrandir la liste de ses possessions. Conscient de la confiance limitée que lui accorde le duc, il joue des désaccords entre ce dernier et le duc de Bedford, régent du royaume de France pour le roi d’Angleterre Henri VI, et rallie le parti anglais à partir de 1425. Ayant résisté à Jeanne d’Arc, qui tentait de prendre La Charité à la fin de l’année 1429, il est récompensé par le duc de Bedford. Mais les événements de l’année 1435 le poussent à changer d’obédience : la signature du traité d’Arras entre le roi Charles VII et le duc de Bourgogne, qui l’avait nommé capitaine de Nevers l’année précédente, ne rend plus aussi attractive la protection de ce dernier ; dans le même temps, la mort du duc de Bedford le prive de celle de l’Angleterre. Il ne reste donc plus que le roi de France qui, conscient de la puissance de ce capitaine et se souvenant de l’échec de la Pucelle d’Orléans, préfère s’assurer de sa fidélité en le nommant capitaine à vie de La Charité et en lui versant des gages de 400 livres (Bossuat, 1936). Ainsi, ce capitaine ne cherche-t-il pas seulement l’enrichissement par la guerre, les pillages et les rançons : il tente de garantir la pérennité de ses acquisitions par la recherche de protecteurs puissants. Ce faisant, il n’hésite pas à changer d’obédience au gré de l’évolution de la situation géopolitique. Pour cela, il a un avantage de poids : la situation frontalière de La Charité-sur-Loire. Cette place permet à la fois de défendre l’entrée dans le duché de Bourgogne et d’attaquer le Berry fidèle au roi de France. Pour celui-ci et le duc, le contrôle de cette place est donc essentiel tandis que, pour les Anglais, il représente une menace à l’arrière de l’armée française au cas où elle se dirigerait vers Paris. Ce « kyste » inséré entre deux ensembles territoriaux rivaux permet ainsi à Perrinet Gressart de vendre sa fidélité non seulement au plus offrant mais aussi et surtout au plus puissant du moment.



Cet exemple montre tous les avantages que peuvent présenter les frontières pour les capitaines, qui y voient une ressource à exploiter. C’est ce que fait Robert de Sarrebrück : sa seigneurie de Commercy et son château, insérés dans la mosaïque territoriale aux confins du royaume et de l’Empire, lui servent à la fois de refuge et de base pour ses ravages en Champagne, en Lorraine, dans le Barrois, dans les territoires bourguignons et contre des villes comme Metz et Toul. Partisan de Charles VII, la position géographique de sa seigneurie lui offre en réalité une certaine autonomie d’action, prenant part aux nombreux conflits de la région au mieux de ses intérêts. Il parvient ainsi à tirer profit de la multiplicité des frontières dans cette région instable (Toureille, 2014). Celle-ci attire également des capitaines en quête d’emploi et de rapines : les rivalités de pouvoirs et le caractère parfois flou et toujours complexe des tracés frontaliers offrent un terrain propice aux exactions des Écorcheurs, dont Robert de Sarrebrück fait partie (Tuetey, 1874 – Furon, 2016b). À la fois refuge et zone d’action, les dyades sont donc utilisées de manière privilégiée par les capitaines, qui savent jouer de la complexité des relations entre les différents pouvoirs rivalisant pour leur contrôle et leur extension.



Même au service de puissants, certains capitaines ne sont donc pas que des pions déplacés par la main d’un puissant sur l’échiquier géopolitique mais sont des acteurs de premier plan avec lesquels il faut compter : lorsque Charles VII confirme le capitanat de Perrinet Gressart sur La Charité en 1435 ou octroie une lettre de rémission à Robert de Sarrebrück en 1441, il ne souhaite pas seulement s’attacher la fidélité de capitaines remuants mais il veut également tirer parti des avantages stratégiques que leur position présente dans la géographie politique régionale et reconnaît ainsi leur influence géopolitique.



 



B. Utiliser l’organisation des territoires pour les contrôler



À une échelle plus fine, la topographie était un facteur déterminant dans la prise de décision. Si les plaines offrent de vastes espaces de circulation et de manœuvre, la présence de forêts peut constituer un obstacle ou un entonnoir propice aux embuscades et inciter les capitaines à les contourner. Traverser une chaîne de montagne peut également s’avérer dangereux, notamment en hiver avec le froid, le gel et la neige. Ainsi, durant l’hiver 1439, les Pyrénées enneigées constituent pour l’Aragon et la Navarre une barrière de protection contre les incursions de Villandrando, qui ne peut pousser plus au sud que Perpignan et Salces (Quicherat, 1879, p. 167-168).



De même, les villes, avec leurs fortifications et leurs gardes, pouvaient constituer des obstacles à la progression des troupes : c’est pourquoi elles ne constituaient pas des cibles privilégiées lors des raids. Mais, pour contrôler une région, elles sont essentielles. De ce fait, les sièges de villes sont souvent le fait des armées françaises, anglaises et bourguignonnes car celles-ci disposent de ressources humaines et financières autrement plus importantes qu’une simple compagnie d’hommes d’armes : même s’il commande des milliers d’hommes, Villandrando ne parvient pas à prendre Perpignan, si tant est qu’il l’ait envisagé. Les capitaines de compagnie préfèrent s’attaquer à des places de moindre importance et donc moins bien défendues. Mais, dans un cas comme dans l’autre, l’organisation des lieux est à prendre en compte pour la réussite des opérations : pour prendre une place, il ne faut pas seulement se servir des faiblesses des fortifications mais également du réseau et de la largeur des rues pour la progression des troupes, des flux de personnes et de marchandises entrant et sortant de la place, des rythmes de la vie urbaine qui amènent parfois une moindre vigilance (par exemple lors de manifestations religieuses) et conduisent donc à une résistance plus faible et désorganisée face à l’attaquant. C’est ce dont profitent Jean, bâtard d’Orléans, et d’autres capitaines pour prendre Chartres, tenue par les Anglais, en 1432. Pour préparer leur opération, ils bénéficient de l’aide de deux habitants et un prédicateur, qui leur fournissent des informations et participent à l’élaboration de leur plan. Celui-ci consiste à cacher des soldats dans des tonneaux transportés par des charretiers, qui leur permettent ainsi de neutraliser les gardes de la porte de Blois et les font entrer, tandis que le prédicateur distrait une grande partie de la population avec un sermon de l’autre côté de la ville. Par conséquent, lorsque l’alarme est donnée, plusieurs centaines d’hommes sont déjà entrés et la population comprend qu’il est trop tard pour résister. Les Français avancent ainsi presque sans coup férir jusqu’à la place du marché, au cas où de nombreux habitants se seraient regroupés pour les affronter. Puis ils décident d’assurer le contrôle de la ville en inspectant chaque rue (Chartier, t. I, p. 141-143 – Monstrelet, t. V, p. 21-25). Ainsi, grâce à des renseignements précis, les capitaines ont une analyse claire et une utilisation fine de la topographie urbaine : la prise de contrôle d’une porte permet d’investir prioritairement un lieu central – la place du marché – à partir duquel rayonnent les hommes dans les rues pour s’assurer la maîtrise totale de la ville.



Le repérage et la maîtrise des voies de communications sont également essentiels pour le déplacement des troupes. Les capitaines devaient avoir une idée plus ou moins précise des temps de déplacement, qui variaient en fonction du relief, de la météo, des effectifs, de l’artillerie transportée, de la résistance des populations. Pour cela, il fallait connaître à l’avance le trajet à suivre et notamment les points de passage qui pouvaient ralentir l’avancée des troupes, comme les routes étroites et escarpées en montagne, les gués et les ponts. Ainsi, Bérault Stuart recommande : « qu’il se garde bien de passer ung mauluais passaige, s’il n’est contrainct de ce faire, qu’il ne puisse bien estre luy et toute sa compaignie delà le passaige, et avoir mys son ordre, auant que les ennemys le puissent venir assaillir » car ces points de passage sont propices aux embuscades (Stuart B., 1976 [1502], p. 6). Toutefois, d’autres passages ne sont pas « mauluais », comme le gué de Blanchetaque sur la Somme, près d’Abbeville, qui voit souvent passer des troupes : en 1421, lors des opérations du siège de Saint-Riquier et de la bataille de Mons-en-Vimeu, Français et Bourguignons le traversent (Monstrelet, t. IV, p. 57 et 73) ; en 1435, les Français le franchissent pour attaquer les Anglais logeant à Rue (Monstrelet, t. V, p. 117) ; en 1436, c’est au tour des Anglais de l’utiliser pour piller les territoires bourguignons à partir de Calais (ibid., p. 264 et 265) ; en 1437, les Écorcheurs partis de Normandie le traversent pour aller ravager le Hainaut (ibid., p. 316). C’était donc un point privilégié pour franchir le fleuve, d’autant qu’il ne semble pas avoir fait l’objet d’une mise en défense particulière de la part des ducs de Bourgogne.



Le contrôle des voies de communication permet aussi de perturber les flux de marchandises. Le 29 janvier 1434, La Hire intercepte à Saint-Denis un convoi transportant 2000 porcs, ainsi que des bovins et des ovins, destinés à Paris, alors aux mains des Anglo-Bourguignons (Journal d’un bourgeois de Paris, p. 297). Une partie de ce bétail a pu servir à nourrir les hommes de sa compagnie tout en gênant l’approvisionnement de la capitale. Les villes étant très fortement dépendantes des campagnes environnantes, les capitaines essaient de les asphyxier par le pillage, l’interception des convois de marchandises et la capture de marchands, ajoutant un sentiment d’insécurité physique permanent à la précarité de l’approvisionnement. Dans la première moitié des années 1430, Blanchefort et La Hire perturbent ainsi le commerce d’Amiens à partir du château de Breteuil, situé à une trentaine de kilomètres au sud, le contrôle d’une position forte leur permettant d’exercer une pression durable sur la ville (Murphy, 2012).



Afin de maîtriser un vaste territoire et les réseaux de communication qui le drainent, certains capitaines profitent de la centralité des villes. C’est le cas de La Hire à Beauvais à partir de 1433. Tenant la ville et sa région pour le compte de Charles VII, il représente une menace pour les terres du duc de Bourgogne au nord, la Normandie anglaise à l’ouest et Paris anglo-bourguignonne au sud. Pour contrôler le Beauvaisis, il place des hommes de confiance dans les villes de la région : ses frères Amadoc de Vignolles à Beaumont-sur-Oise et Pierre-Regnault de Vignolles à Clermont. À partir de Beauvais, il mène des expéditions en territoire ennemi et agrandit sa zone d’influence, prenant par exemple le château de Breteuil en décembre 1434. Contrôlant le Beauvaisis, il contrôle également le réseau routier et ses flux de marchandises : il peut ainsi gêner les relations commerciales entre Amiens et Paris. Toutefois, conscient de la complémentarité qui unit les villes et les campagnes, il fait en sorte que ses hommes n’entravent pas les échanges économiques entre Beauvais et sa région par leurs pillages. Ce faisant, il entretient de bonnes relations avec la population locale et s’assure de son soutien (Rousseau, 1969). La Hire a donc une vision claire de la géographie politique du nord du royaume de France et de l’organisation du territoire beauvaisien, parvenant à en tirer profit pour étendre l’influence française dans la région.



Ces exemples montrent que les capitaines de compagnie sont capables d’analyser et d’exploiter l’organisation de territoires à des échelles locale avec la prise d’un château ou d’une ville, régionale avec la mise en coupe réglée de villes importantes et de leurs hinterlands, supra-régionale avec l’utilisation d’un territoire comme base pour des opérations dans des territoires ennemis parfois éloignés.



 



C. De la présence physique à la symbolique : s’approprier un territoire



Contrôler un territoire passe par rendre visible ce contrôle aux yeux de la population. La présence physique du capitaine et de sa compagnie est le premier moyen pour les habitants de connaître l’identité du détenteur de l’autorité. La Hire à Beauvais et ses hommes dans les campagnes et les places environnantes incarnent la réaffirmation de l’autorité d’un Charles VII conquérant : dans une lettre du 31 décembre 1433, La Hire s’intitule « lieutenant du Roy nostre Sire et capitaine général deça la rivière de Seine es pais de l’Isle de France, Picardie, Beauvaisin, Laonnois et Soissonnois, et bailli de Vermandois » et, à ce titre, crée un atelier monétaire à Beauvais, prérogative royale par excellence (Rousseau, 1969, p. 407-408). Charles VII nomme ainsi de nombreux capitaines à des offices de bailli ou de sénéchal : il ne s’agit pas seulement d’assoir son autorité sur une circonscription mais surtout de la défendre face aux ennemis. Toutefois, même lorsque l’office est occupé durablement (La Hire est bailli de Vermandois de 1429 à sa mort en 1443), on constate rarement un enracinement du capitaine : toujours en campagne pour le roi, ils sont peu présents dans leur circonscription et laissent sa défense à des hommes de confiance et sa gestion à leur lieutenant.



A contrario, la présence d’un capitaine et de sa compagnie en territoire ennemi sape l’autorité du détenteur du pouvoir, qui se révèle incapable de défendre efficacement ses possessions, d’autant que cette présence est généralement accompagnée de pillages. Ceux-ci ne répondent pas uniquement à un souci de faire du butin pour s’enrichir mais, par la ponction de ressources, visent à diminuer les capacités de l’ennemi à faire la guerre et peuvent aussi avoir une dimension symbolique lorsque des objets liturgiques sont volés (Jucker, 2009). Ils sont assortis d’incendies qui marquent dans le paysage la visibilité du passage de la compagnie, sans compter les violences traumatisantes faites aux personnes. Plusieurs années après le passage des Écorcheurs qui sillonnent les territoires bourguignons entre 1435 et 1445, les habitants des régions dévastées sont en mesure de décrire et chiffrer précisément leurs pertes aux officiers du duc (Tuetey, 1874). Même si l’emprise des pillards sur les régions traversées est éphémère, elle les marque durablement, d’autant que certaines localités sont plusieurs fois attaquées entre 1435 et 1445 et gardent les traces des destructions. Une autre forme éphémère d’emprise sur un territoire est l’appatissement : le capitaine menace d’attaquer une ville si elle ne paie pas le prix de sa sécurité (le patis). C’est ce que font Blanchefort et La Hire, qui tentent de soutirer de l’argent à la ville d’Amiens à partir de leur position menaçante à Breteuil (4). Le patis n’est pas qu’un moyen de gagner de l’argent : il fait sentir aux populations que leurs autorités sont incapables d’assurer leur sécurité et que le véritable maître des lieux est le capitaine.



Enfin, les capitaines savent utiliser la dimension symbolique des lieux pour montrer leur domination. C’est le cas lors de la prise d’une ville ou d’un château : l’entrée du vainqueur et la mise en place d’une nouvelle garnison peuvent être assortis d’une mise en scène. À Bordeaux en 1451, l’armée française entre dans la ville prise aux Anglais à la manière des entrées royales : l’absence du roi est palliée par la présence des grands sceaux symbolisant le retour de son pouvoir dans la cité, tandis que les capitaines sont richement équipés et défilent en bon ordre jusqu’à la cathédrale (Chartier, t. II, p. 305-313). De même, en pillant et détruisant des églises, ils mettent à mal non seulement le cœur géographique d’une communauté mais également les valeurs qui unissent cette communauté, en particulier quand le viol des bâtiments religieux est accompagné de celui des femmes (Verreycken, 2016). Certains savent jouer de cette géographie symbolique : en 1436, Villandrando, employé par Robert Dauphin d’Auvergne qui convoite le siège épiscopal d’Albi face à Bernard de Casilhac, force la ville à lui ouvrir ses portes, entre dans la cathédrale et s’assoit sur le siège épiscopal, prenant possession de la cité au nom de son maître (Quicherat, 1879, p. 129-130).



La géographie a donc pour les capitaines de compagnie une utilité dépassant la simple étude du terrain. Une claire conscience des enjeux politiques, stratégiques, économiques et symboliques liés aux territoires leur permet d’y jouer un rôle essentiel.



 



III. Une géographie modifiée par les capitaines ?



Cela peut parfois aboutir à une transformation des territoires par les conquêtes, les massacres, les destructions, les reconstructions, la perturbation des échanges. Mais la question est de savoir dans quelle mesure cet impact est durable.



A. Quel impact géopolitique ?



Sous Charles VII, les capitaines de compagnie sont indubitablement les ouvriers de la reconquête du royaume de France. Le cas de La Hire le montre : nommé par le roi bailli de Vermandois en 1429, il a la charge de reconquérir cette région aux mains des Anglo-Bourguignons, ce qu’il réussit à faire ; en 1433, le roi le nomme « capitaine général deça la rivière de Seine es pais de l’Isle de France, Picardie, Beauvaisin, Laonnois et Soissonnois » et il parvient à s’implanter à Beauvais et à étendre son emprise territoriale à partir de cette ville. Par ses succès militaires, La Hire agrandit le territoire contrôlé par le roi de France et contribue à affaiblir le duc de Bourgogne. Toutefois, la succession des événements – nomination à un office territorial puis conquête de la circonscription – invite à penser que La Hire, même s’il dispose d’une grande autonomie, met en œuvre une stratégie définie par Charles VII.



Lorsque les capitaines de compagnie montrent un certain sens géopolitique, il s’agit le plus souvent d’une vision à court ou moyen terme, l’essentiel étant de défendre leurs intérêts présents. Le jeu de bascule de Perrinet Gressart montre sa grande capacité d’adaptation aux changements de situation pour conserver son capitanat de La Charité-sur-Loire. De même, les Écorcheurs s’attaquent avant tout aux territoires du duc de Bourgogne pour éviter des représailles royales : si le duc est revenu dans le giron français en 1435, il est tout de même préférable pour eux d’éviter de piller le domaine royal, d’autant que ce sont les revenus de ce dernier qui permettent de les employer.



L’activité des capitaines de compagnie a donc un impact géopolitique limité quand elle ne s’inscrit pas dans un plan plus vaste : La Hire n’est que l’ouvrier d’une reconquête dont le maître d’œuvre est Charles VII. C’est la conséquence du renforcement du pouvoir royal au xve siècle : pour tenir une position, un capitaine a besoin d’être légitimé par une autorité supérieure. Sinon, il est condamné à un jeu de bascule – à l’image de Perrinet Gressart – ou à errer de territoire en territoire – comme les Écorcheurs qui vivent sur le pays en attendant de trouver un emploi.



 



B. À l’échelle locale : des territoires transformés par les capitaines ?



À l’échelle locale, l’impact économique des compagnies semble souvent minime. Paray-le-Monial et sa campagne doivent ainsi subir les exactions des Écorcheurs en août et septembre 1437, décembre 1438, février 1439, mai 1440, février et septembre 1443, janvier et février 1444 (Canat, 1863, p. 459-460). Souvent, le bétail est visé : en décembre 1438, on coupe les jambes des animaux qui ne sont ni rançonnés ni emmenés mais, trois mois plus tard, le bétail est à nouveau rançonné, ce qui signifie qu’il a pu être au moins partiellement reconstitué. L’impact sur l’économie agraire est donc certainement faible et peu durable : à chaque fois que des troupes passent dans la région, elles trouvent des ressources à piller.



Il en est de même pour le commerce. Les capitaines peuvent interférer dans les flux de marchandises, que ce soit directement dans le cadre d’une guerre de prédation comme La Hire à Saint-Denis en 1434, ou indirectement, la présence d’une compagnie incitant souvent les marchands à changer d’itinéraire pour éviter une mauvaise rencontre. Toutefois, l’arrivée de plusieurs centaines d’hommes de guerre, qui ont du butin à vendre et veulent acheter des vivres et des armes, peut dynamiser les échanges commerciaux : en 1434, la ville d’Amiens s’inquiète de ce que certains habitants des faubourgs vendent des vivres « aus estrangers où il leur plest, et en porroient pourveir les annemys du roy [d’Angleterre] nostre sire » (5), c’est-à-dire aux hommes de Blanchefort stationnant à Breteuil ; en 1439, la présence des Écorcheurs de Robert de Flocques, Boniface de Valpergue et Barthélémy Barette à Saulieu, à l’ouest de Dijon, incite des marchands de Troyes à venir échanger des armes contre du bétail (Canat, 1863, p. 478-479). Ce commerce d’opportunité ne dure que le temps de la présence des capitaines et de leurs hommes dans la région, c’est-à-dire souvent pas plus de quelques semaines, et concerne généralement des marchandises de peu de valeur. Cependant, il faut garder à l’esprit qu’à cette époque, nombre de régions voient passer des troupes régulièrement et cela fait peut-être les affaires de certains marchands.



Quant à l’impact démographique, il est malaisé de l’évaluer, par manque de sources précises. Il semble que les conséquences sur la mortalité soient minimes : pour reprendre l’exemple de Paray-le-Monial, qui a vu passer des milliers de pillards en une dizaine d’années, seulement trois morts sont dénombrés par les enquêteurs du duc de Bourgogne. Cela s’explique par le fait que les Écorcheurs préféraient capturer les habitants pour les rançonner. En revanche, les déplacements de populations semblent plus importants : les ruraux fuient les soudards et se mettent à l’abri des fortifications urbaines mais ce n’est que temporaire et ils regagnent leurs maisons dès que la menace est éloignée. Certains décident également de rejoindre les compagnies en espérant mettre fin aux difficultés quotidiennes par la prédation (Furon, 2016b). D’autres sont déportés : selon Thomas Basin, après la prise de Soissons par l’armée de Charles VI en 1414, des femmes sont emmenées et forcées de se prostituer dans presque toutes les villes du royaume (Basin, 1933 [1471-1472], p. 26). Cela représente des naissances non advenues qui, ajoutées aux morts dues au siège et à l’assaut, ont dû faire apparaître une classe creuse dans la démographie soissonnaise. Mais les massacres de populations entières sont rares, comme en 1472 à Nesle en Vermandois : dans ce cas, ce n’est pas une initiative des capitaines bourguignons mais un ordre du duc Charles le Téméraire qui cherche à détruire un territoire pour des raisons stratégiques (Viltart, 2009). Sur le long terme, les désertifications dues à la guerre touchent des espaces peu étendus : en Comtat Venaissin, une trentaine de petits villages ont été abandonnés temporairement ou définitivement entre 1360 et 1440 (Butaud, 2002). Mais, globalement, les épidémies de peste provoquent des baisses démographiques plus importantes que le passage d’une compagnie.



Enfin, si les destructions peuvent être nombreuses au passage d’une troupe, les (re)constructions ordonnées par un capitaine sont plus rares en raison de la forte mobilité des compagnies et de leurs maigres moyens financiers. Mais lorsqu’il s’agit de tenir une place ou une région durablement, les fortifications deviennent une préoccupation. En 1435, Poton de Xaintrailles et La Hire reconstruisent ainsi les défenses de Gerberoy, à 16 kilomètres de Beauvais. Pour cela, ils reçoivent 7000 saluts d’or du connétable de Richemont, qui leur en a donné l’ordre (Gruel, 1890, p. 108). L’argent nécessaire à ces réparations provient donc des finances royales et vient appuyer la stratégie de consolidation des positions françaises dans la région. L’initiative ne vient pas des deux capitaines, même s’ils laissent par ce travail de reconstruction une trace visible de leur présence dans le paysage beauvaisin.



L’impact territorial de l’activité des capitaines de compagnie est donc ponctuel tant géographiquement que temporellement. Usagers temporaires des territoires, ils modifient rarement en profondeur leur organisation et le rapport des populations à leur espace de vie.



 



Conclusion



Le rapport des capitaines de compagnie à leur espace est donc dynamique. L’espace n’est pas seulement un ensemble d’atouts et de contraintes à exploiter militairement : il « produit » le capitaine, dans le sens où celui-ci agrandit sa renommée partiellement en fonction de sa capacité à utiliser, conquérir, maîtriser et agrandir un territoire. Tous les capitaines cités ici – et bien d’autres pourraient être convoqués – ont construit leur carrière et leur réputation en faisant preuve d’une certaine intelligence géographique qui s’est développée grâce à leur grande mobilité spatiale. Celle-ci a conduit certains à devenir de véritables explorateurs et à se forger une culture géographique qui dépasse largement le cadre guerrier et relève plutôt de la curiosité intellectuelle nourrie par le goût de l’aventure.



Toutefois, ce savoir a une efficience limitée dans le temps. L’impact de leurs pratiques spatiales est très ponctuel car ils n’ont ni le pouvoir, ni les moyens financiers de transformer des territoires. L’activité des capitaines consiste essentiellement à se les approprier avec leurs ressources, ne serait-ce que le temps d’un pillage. Si l’espace produit le capitaine, celui-ci produit donc rarement seul de l’espace, n’étant souvent que l’exécutant d’une autorité supérieure qui, par son pouvoir décisionnaire, est la véritable productrice d’espace, particulièrement à l’échelle du royaume de France.



Enfin, la culture géographique des capitaines de compagnie du xve siècle étant essentiellement issue de l’observation et de l’expérience et très rarement de source livresque, cela amène à s’interroger sur la diffusion de la géographie humaniste, alors en plein développement : a-t-elle imprégné leurs esprits ? Il est difficile de l’affirmer. Peut-être faut-il envisager que la géographie des capitaines, empirique et centrée sur leur espace proche, et celle des humanistes, essentiellement livresque et ouverte sur le monde entier, existent en parallèle sans vraiment se rencontrer, sauf le temps d’une expédition lointaine ou de la consultation d’une carte.



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Notes : 





(1) « L’expression de “pratique spatiale” renvoie à des formes d’utilisation de l’espace liées à un mode de vie. Conçue comme l'action d'un sujet, elle résulte de choix plus ou moins conscients, qu'on peut considérer comme sociologiquement déterminés. » (Bourin et Zadora-Rio, 2007, p. 39)





(2) Le manuscrit est conservé à la Bibliothèque de l’Arsenal sous la cote 4798.





(3) BnF, fr 23997 : Pisan C. de, Livre des faiz d’armes et de chevalerie, f° 37 r°.





(4) Archives municipales (AM) Amiens, BB 4, f° 53 r° (délibérations du 4 août 1434 à propos du paiement ou non du patis à Blanchefort), 69 v°, 70 v° et 71 r° (à propos d’une lettre de La Hire lue les 14, 15 et 18 mars 1435 et enjoignant la ville de payer un patis).





(5) AM Amiens, BB 4, f° 43 r° (20 janvier 1434).





 


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  • Réalisation
    Projet Annuel - Master Informatique Génie Logiciel
    Université de Rouen 2011 - 2012
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