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N°10-11 mai 2017 : Géographie historique et guerres:

Montagnes et guerres dans la doctrine de l’armée de terre française depuis le début XXe siècle

Philippe Boulanger


Par Philippe Boulanger (Professeur à l’Institut français de géopolitique)



Résumé : Dans la pensée doctrinale de l’armée de terre, à partir des années 1920, l’espace montagnard est considéré comme un terrain spécifique. Des documents importants sont publiés pour toutes les unités de l’armée de terre française, en particulier pour les bataillons de chasseurs alpins. Les conditions géographiques et leur influence sur la manœuvre militaire font l’objet de considérations précises et théoriques en s’inspirant des expériences de la Grande Guerre, de la Seconde Guerre mondiale ainsi que de la guerre d’Algérie. La géographie militaire des montagnes, sur le territoire français, conduit à comprendre l’exploitation des données géographiques en cas de guerre. Durant la Guerre froide notamment, elle aboutit à une riche réflexion qui fait des montagnes des espaces de résistance à privilégier.



Mots-clefs : doctrine militaire, espace de guérilla, France, Massif alpin, montagnes, géographie militaire.



Abstract : Geography is always part of a healthy military culture. All great strategists and tacticians were and still are geographers. They apply geographical methods and concepts to the practice of their military activities. Sun Tzeu, the Chinese strategist and tactician of the 5th century B.C., established geography as an essential aspect of warfare. In The Art of War he described various types of operations corresponding to different types of terrain, taking also the climate into consideration, and he insisted on the geographical dimension in his directions to his followers. This development of the geographic culture actually predates the official recognition of the geographical factor in the doctrinal thought of the French land forces. Since its development in the 18th century, military doctrine, with the exception of texts relating to fortifications, has never really considered geography. Any military doctrine is the synthesis of passed experiences in preparation for future actions. More time was therefore needed before the fundamental place of geography in military affairs could be recognized. The main reason rests on the idea of action. Between the second half of the 19th century and the Great War of 1914-1918, the basic concept for army employment focused on all-out offensive. Preparation of the terrain and geographical knowledge had very secondary roles. The experience of the Great War transformed all this doctrinal basis. Geography, in a broader sense, officially entered the doctrinal culture from this moment, and its importance always kept growing ever still. " Knowledge of potential zones of operations is a determining element for any form of military action " recognizes the White Paper of 2008. The interest in mountainous zones is part of this evolution of military thought. The French territory includes several chains of middle and high-level mountains. So the French military tried to master this terrain and exploit all its advantages. How the geography of mountainous zones is viewed in the French military doctrine since the First World War? 



Keys words : Doctrine, Military Geography, France, Moutains, Guerilla.



 



La géographie fait toujours partie d’une saine culture militaire. Tous les grands stratèges et tacticiens ont été et sont encore des géographes. Ils appliquent des méthodes et des concepts géographiques à la pratique de leur fonction militaire. Sun Tse, stratège et tacticien chinois du VIe siècle avant J. C., faisait de la géographie (sans que le mot soit employé) une approche essentiel de l’art militaire. Il élaborait, dans L’Art de la guerre, des types de manœuvres en fonction des terrains, tenait compte du climat, apportait des recommandations à ses disciples en valorisant la dimension géographique. Son enseignement militaire est ainsi encore considéré aujourd’hui dans les grandes écoles militaires. Du stratège romain Frontin (Ie siècle ap. J.C) jusqu’aux stratèges américains, tel le général américain Paetrus qui s’est distingué en Irak entre 2003 et 2005, en passant par le Maréchal Foch et le Général de Gaulle au XXe siècle, la géographie est toujours prise en compte dans sa dimension physique (géomorphologie, climatologie, hydrologie, biogéographie) et humaine (politique, économique, socio-culturelle). Ce développement de la culture géographique précède, en fait, la reconnaissance officielle du facteur géographique dans la pensée doctrinale. Depuis son essor au XVIIIe siècle, la doctrine militaire française, à l’exception des textes relatifs à la fortification, n’a jamais réellement considéré sa place. Or elle forme la base même de toute la culture militaire.



Toute doctrine est la synthèse des expériences passées en vue de se préparer à l’action dans le futur. Il a donc fallu plus de temps pour reconnaître la place fondamentale qu’occupe la géographique dans le fait militaire. La principale raison repose sur l’idée même de l’action. Entre la seconde moitié du XIXe siècle et la Grande Guerre, la conception d’emploi des armées repose sur l’offensive à outrance. L’aménagement du terrain et les connaissances géographiques n’ont qu’un rôle très secondaire. Les événements de la Grande Guerre bouleversent toute la base doctrinale. La géographie, au sens large, entre dans la culture militaire officiellement à partir de cette période pour ne cesser d’occuper une place plus importante jusqu’à aujourd’hui. « La connaissance des zones d’opérations potentielles est un élément déterminant pour toute forme d’action militaire » reconnaît, pour la première fois dans un document de niveau politico-stratégique, le Livre blanc sur la Défense et la Sécurité en 2008. L’intérêt pour les zones montagneuses, qui recouvre une partie importante du territoire français métropolitain (massif alpin, Vosges, Jura, Pyrénées, Massif Central) s’inscrit dans cette évolution de la pensée. Les militaires français ont cherché à maîtriser ce terrain pour en exploiter tous les avantages. Comment est envisagée la géographie militaire des zones montagneuses dans la doctrine de l’armée de terre française depuis la Première Guerre mondiale ? 



I.  Penser la géographie de la montagne dans les textes doctrinaux



A. La doctrine de l’armée de terre, objet d’étude géographique



            A partir de la Grande Guerre, la pensée doctrinale se rationalise. Tout emploi d’armes ou de forces fait l’objet d’instructions précises. Parallèlement à cette évolution, le besoin de connaissances géographiques prend un réel essor. Les théoriciens de la doctrine élaborent des raisonnements plus diversifiés, prennent en compte un plus large éventail de concepts et d’échelles géographiques. Elle apparaît pragmatique et problématisée selon des finalités diverses par armes et échelons d’armes. En cela, la géographie fait partie de la culture militaire puisque sa place est reconnue officiellement dans la doctrine. Comme en témoigne un théoricien anonyme de la doctrine, à la fin du XXe siècle, « la doctrine c’est la bible » pour le candidat à un concours, c’est un guide pour celui qui organise et dirige l’instruction ou l’entraînement, c’est enfin un back ground », une culture, pour celui commande une opération sur un théâtre » (1).



Il se produit ainsi au XXe siècle une rupture culturelle majeure par rapport aux siècles précédents. La géographie est considérée comme l’un des facteurs clefs de toute opération militaire. Les multiples instructions militaires, conçues par les armes et renouvelées tous les quinze ans en général, l’affirment de deux manières différentes. L’approche physique et humaine se remarque dans une grande partie des textes doctrinaux soit de manière exclusive, soit comme un des composants de l’objet abordé. Dans le premier cas, les instructions abordent des cas concrets en rapport avec un type d’espace comme celles sur le combat en montagne, en milieu désertique et semi-désertique, forestier et en zone urbaine. Dans le second cas, les instructions font référence aux aspects géographiques pour un sujet donné. Tel est le cas du Règlement d’emploi des sections mécanisées et des sections de chars (1983) qui analyse les effets du terrain sur la manœuvre et les modes de combat dans un chapitre spécifique (zones boisées, localités, montagnes et franchissement des cours d’eau).



Enfin, la pensée doctrinale affine constamment les concepts et les réflexions propres à l’approche géographique dans la doctrine. De la géotactique à la géostratégie, l’éventail des concepts s’est diversifié tout en s’appuyant sur les héritages culturels passés. Il comprend d’abord le terrain, puis le théâtre d’opérations, enfin l’espace stratégique. Ceux-ci correspondent respectivement à la tactique, la stratégie opérationnelle et la stratégie. Cette approche spatiale du fait militaire témoigne également de l’étroit rapport entre géographie et culture militaire dont la finalité est large. L’approche géographique sert d’abord à comprendre les missions des armées, identifier la menace, définir les espaces militaires (France, Europe, Outre-mer). Elle sert aussi à conduire la manœuvre sur le terrain et le théâtre d’opérations dans une opération de coercition, préparer et conduire les opérations de maintien de la paix en proposant une analyse des modes d’appropriation de l’espace. Elle sert, enfin, à analyser les influences de la géographie physique et humaine sur l’emploi des moyens, l’organisation des unités et de la logistique sur leur territoire. Les finalités recouvrent, au final, tous les modes d’action de l’activité militaire. Le récent texte Doctrine d’emploi des forces terrestres en zone montagneuse (2010) souligne tous ces aspects tout en soulignant que la montagne est plus que par le passé « un enjeu majeur » dans les opérations militaires contemporaines. Dans la multiplication des affrontements asymétriques depuis la fin de la Guerre froide, la montagne se redécouvre comme un espace refuge du rebelle ou du résistant comme en Afghanistan entre 2001 et 2014 ou du Nord Mali depuis 2013 (massif des Ifoghas). Souvent transfrontalier, ce sanctuaire naturel réapproprié par des acteurs non étatiques et bien équipés suscite une attention nouvelle.



B. La diversité des instructions relatives à la montagne



La montagne est un terrain bien connu des militaires. Cette connaissance et cet intérêt pour ce type de terrain expliquent que les instructions spécialisées sur l’espace montagnard aient été réalisées dans la première moitié du XXe siècle, soit plus d’un demi-siècle après la création des troupes de montagne (loi de 1888 portant sur les bataillons de chasseurs à pied). Elles constituent les premières en rapport avec un espace spécifique. D’autres seront publiées, notamment les instructions sur le combat en milieu désertique et semi-désertique, forestier et en zone urbaine, mais après la Seconde Guerre mondiale.



Dès les années 1930, les premières instructions qui fixent les règles de combat en montagne sont élaborées. Le Manuel de montagne et d’alpinisme militaire de 1931 traite de la vie en montagne et des notions d’alpinisme (2). Y sont abordés la géographie de la montagne, la circulation en hiver, le stationnement, l’hygiène et des notions d’alpinisme comme la marche sur les glaciers ou à ski. L’Instruction provisoire sur les opérations des grandes unités en montagne de 1932 constitue véritablement la première instruction spécialisée (3). Elle souligne l’importance du terrain qui influence les mouvements, du climat hivernal, des « points sensibles » comme les confluents dans les vallées ou les hauteurs et les cols. Elle est le fondement de toute la pensée doctrinale sur ce terrain qui est, à partir des années 1950, mise à jour en raison des opérations dans les montagnes algériennes jusqu’en 1962. Jusqu’à aujourd’hui, le terrain montagneux est considéré comme le terrain de la guérilla et de la guerre asymétrique. Les opérations dans les Balkans dans les années 1990, en Afghanistan (2001-2014) ou dans le massif des Ifoghas au Nord Mali (depuis 2013) demandent une doctrine adaptée à la situation présente (4). La Doctrine d’emploi des forces terrestres en zone montagneuse (2010) souligne ainsi que, au-delà des conditions géographiques, la montagne dans les opérations asymétriques favorise l’émergence d’ « espaces lacunaires élevés qui représentent de véritables sas pour les belligérants » et des « voies de pénétration échelonnées de points de passages obligés incontournables » qui sont de « véritables cordons ombilicaux des belligérants ».



Le terrain montagnard suscite autant d’intérêt pour des raisons géopolitiques (périphéries frontalières) que stratégiques. Tout au long du XXe siècle, surtout pendant la Guerre froide, il est envisagé que la montagne serait une zone d’affrontements importants. Elle serait l’espace de guerre des grandes unités modernes aidées par des unités spécialisées, avec l’emploi du feu nucléaire et des armes chimiques, et une large utilisation de la 3e dimension. L’évolution des systèmes d’armes explique cet aspect doctrinal. L’emploi des armes nucléaires et chimiques, le développement accéléré de la mécanisation, les ressources offertes par la manœuvre verticale contribuent à placer la montagne comme un objectif stratégique. Une opération d’envergure viserait à maîtriser, à l’intérieur d’un massif montagneux, des objectifs essentiels d’ordre politique, économique ou militaire. Elle pourrait aussi tendre à ouvrir des axes de communication indispensables à la manœuvre en traversant une zone montagneuse vers les plaines périphériques.



En revanche, la montagne présente un caractère tactique propre. Elle offre de nombreuses possibilités d’action à une troupe entraînée, comme celle de résister à un assaillant. En cela, elle est une zone jugée favorable au combat de résistance militaire. Il s’agit de fait de la seconde hypothèse de géographie militaire envisagée. Parallèlement à l’idée d’une zone d’affrontement entre les armées modernes, la montagne serait le lieu de l’engagement d’unités spécialisées dans un combat défensif en zone de résistance militaire contre un adversaire disposant d’une large supériorité de moyens, en particulier nucléaires et aériens.



C. La spécificité militaire du terrain montagneux



Les considérations géographiques relatives à la montagne révèlent un haut niveau d’analyse. Bien que les textes doctrinaux se veulent synthétiques et pragmatiques, il est rare de découvrir une telle précision géographique dans l’analyse du terrain en général. L’analyse géographique porte ainsi sur cinq éléments fondamentaux :



1.     Le relief. Les caractéristiques géologiques, les trois étages (la zone des fonds, soit les grandes vallées et leurs versants abrupts/ zone de hauts soit la région des forêts et des pâturages/ zone des sommets soit les crêtes dominantes, les cols, le domaine des pentes redressées d’escarpements rocheux, de névés ou de glaciers) y sont traités avec précision. De cette analyse découlent des conséquences d’ordre militaire. Le compartimentage du terrain fragmente les opérations, impose la décentralisation du commandement et l’adaptation des transmissions. Le contrôle des hauts, toujours essentiel, favorise la surveillance et l’observation, la maîtrise de compartiments ou le passage de l’un à l’autre. La raideur des pentes et les forts dénivelés créent des obstacles et des dangers naturels, demandent des efforts physiques et un délai d’exécution plus importants qu’en plaine. La médiocrité des ressources oblige à organiser une logistique d’approvisionnement spécifique et complexe.



2.     Le climat. Il est défini à travers cinq spécificités comme la rudesse de la température, la soudaineté des changements de temps, la force des vents dont l’action intensifie les effets du froid et de l’humidité, la violence des précipitations, l’enneigement temporaire ou permanent. Le climat engendre de nombreux obstacles et dangers comme les pluies torrentielles, la neige, les avalanches, les chutes de pierres, le brouillard ou la foudre. Les conséquences sur le plan militaire révèlent là aussi des aspects propres au terrain. Les contraintes imposées par le climat ont des effets sur le déplacement, le stationnement, l’emploi des matériels, l’organisation d’unités spécialisées (les chasseurs alpins). L’instabilité des vents nécessite de prendre des mesures dans l’emploi des aéronefs, la mise en œuvre de l’arme chimique et l’établissement des prévisions de retombées radioactives (après 1960). L’hypothèse du mauvais temps, qui peut disloquer une unité ou briser une manœuvre, est ainsi toujours prise en compte dans le plan de manœuvre.



3.     Les communications. Elles se remarquent à la fois par leur nombre réduit, leur localisation dans les vallées, la rareté des transversales par les crêtes, leur vulnérabilité puisqu’elles sont exposées aux tirs d’ouvrages fortifiés, aux adversaires disposés dans les défilés et les verrous comme aux intempéries (éboulements, crues, avalanches, verglas, congères). Ces contraintes ont pour conséquence de briser le rythme de la manœuvre et d’entraîner un débit faible des flux militaires.



4.     La population et l’habitat. La dimension humaine inspire aussi des considérations militaires. Le milieu se caractérise par de faibles densités, une inégale répartition (concentrée dans les fonds de vallées) et des fluctuations saisonnières. L’habitat est de plus en plus dispersé à mesure que s’accroît l’altitude. En revanche, le développement du tourisme montagnard, à partir des années 1960, dans les massifs français présente des effets tactiques non négligeables. Le développement des accès vers les hauts et des moyens de transports favorise et complique à la fois la manœuvre militaire.



5.     Les zones de vie possible. La notion de survie dans ce milieu extrême et hostile à l’activité militaire est clairement posée dans les textes doctrinaux. Selon l’altitude, la nature du terrain, l’orientation des pentes et de la latitude, la vie des combattants peut être contrainte. La zone hospitalière correspond généralement aux grandes vallées, aux versants qui les dominent, à la partie inférieure de la ceinture forestière qui constitue la zone des fonds. Celles-ci offrent des possibilités d’action et de vie importantes, mais aussi d’esquive et de survie. La zone des hauts (plateaux, replats et forêts) est caractérisée par une altitude relativement peu élevée, un relief excessif et par l’existence de routes secondaires, des ressources diverses et d’abris inégalement répartis. Il s’agit d’une zone d’implantation ou de manœuvre privilégiée qui peut être préférée aux fonds de vallées en période estivale. Par contre, en période hivernale, seules des unités spécialisées, équipées et ravitaillées, peuvent vivre et combattre sur les hauts qui constituent une zone de vie temporaire. Les stations de sport d’hiver dans cette zone des hauts peuvent favoriser le stationnement, mais elles présentent l’inconvénient de le rendre vulnérable aux tirs adverses. Au-dessus de la zone des régions boisées ou des pâturages jusqu’aux arêtes sommitales, la zone devient inhospitalière, liée au relief accusé, au climat excessif, à l’inexistence de voies de communication, aux abris rares. Les mouvements et les stationnements y sont difficiles et la vie prolongée impossible.



En somme, la connaissance du terrain montagnard et ses implications militaires constituent un aspect essentiel de la culture militaire. Le relief, le climat et les genres de vie des populations locales ont un impact direct sur la manière de concevoir la manœuvre.



II. Penser le combat en terrain montagneux



A. Les principes généraux de l’appropriation du terrain



Si la manœuvre s’appuie sur le terrain, elle n’en fait pas un objectif tactique. L’intérêt est de procéder à l’usure et à la destruction d’un adversaire généralement peu nombreux et volatile dans la profondeur. Contrairement aux siècles passés, la conception de la manœuvre au XXe siècle ne vise plus la conquête ou la défense de points importants du terrain mais la maîtrise de l’adversaire en recourant aux qualités comme aux contraintes du terrain. Si cet adversaire est assimilé à des forces conventionnelles durant la Guerre froide, en l’occurrence les unités du Pactes de Varsovie, il change de nature depuis les années 1990. Sur les théâtres d’opérations extérieures, en Asie occidentale ou en Afrique, l’adversaire se définit par sa connaissance du milieu, sa rusticité et sa capacité d’adaptation aux nouvelles technologies. En somme, il se fait plus difficile à identifier en raison de son caractère protéiforme (milices, bandes armés, trafiquants, forces conventionnelles). Toutefois, son style d’exécution reste spécifique, étroitement lié au relief. Le caractère « d’irréversibilité du choix des directions d’engagement » est ainsi rappelé dans nombre de textes qu’elle que soit le contexte historique.



La doctrine définit ainsi un certain nombre de principes tactiques et opératifs qui caractérisent la manœuvre. Le premier principe repose sur la surprise qui s’obtient par la rapidité, la discrétion dans les transmissions et la déception. S’appuyant sur l’utilisation de la 3e dimension, elle est ensuite valorisée par la manœuvre dont la rapidité d’exécution doit être supérieure à la vitesse de réaction estimée de l’adversaire. Le deuxième est la sûreté qui se fonde sur une manœuvre capable de s’affranchir des points ou des axes vulnérables à partir de moyens légers et aéromobiles. Le troisième est le renseignement qui est recherché sur une plus grande distance qu’en plaine par tous les moyens d’observation possible (hélicoptères, troupes, etc.). Celui-ci couvre les carrefours qui sont autant des points de différenciation de manœuvre de l’adversaire. Il vise donc à connaître le potentiel offensif de l’adversaire.



B. L’appropriation du terrain dans l’offensive et la défensive



            Dans une situation offensive, la manœuvre en montagne vise à contrôler des objectifs politiques, économiques et militaires à l’intérieur d’un massif montagneux ou à ouvrir des axes de passages indispensables à la poursuite des opérations. Elle se déroule avec une certaine autonomie et une grande rapidité, en employant notamment les moyens de l’aéromobilité. En 2010, la doctrine française rappelle un certain nombre de caractères bien identifiés : maîtrise des hauteurs dominantes, manœuvre sur les flancs, attaque combinée de front et à revers, emploi de la 3e dimension pour différentes missions (reconnaissance, débordement, reconnaissance, etc.), permanence des appuis. Ces aspects se rencontrent, en 2006, à la suite du durcissement de l’attaque des convois terrestres français et alliés dans le Sud de l’Afghanistan. En riposte, les armées occidentales favorisent le développement de la manœuvre aéromobile dans la contre-guérilla en zones montagneuses. Les hélicoptères d’attaque Apache AH-64 et de transport lourds (CH-53, CH-47 Chinook) permettent de s’affranchir des distances, des contraintes du relief et des axes carrossables dangereux et favorisent une manœuvre mobile. La manœuvre en montagne privilégie ainsi le mouvement vers les hauts, imposant un combat d’infiltration généralisée, débordant les résistances, puis la zone des fonds où se situent les axes de pénétration indispensables à la progression des unités mécanisées. Elle se caractérise donc par deux actions indépendantes et complémentaires : aéromobile dans la zone des hauts, mécanisée dans les vallées.



Dans la situation défensive, le défenseur est moins lié aux voies de communication mais recherche à contrôlé les points de passage essentiels de l’assaillant. Il peut détruire par des tirs sélectifs des organes vitaux adverses, désorganiser le système logistique de l’assaillant ou isoler une partie de ses forces par « encagement » en vue de sa destruction. La manœuvre est ainsi conçue autour de cet emploi. Elle vise à rejeter l’adversaire engagé en altitude et à exploiter la situation de vulnérabilité des forces adverses devenues isolées ou immobilisées.



Des considérations apportées à l’action offensive ou défensive, il résulte que la montagne est favorable à la stratégie indirecte, ce que souligne encore la doctrine en 2010, sans bataille décisive. Le principe de l’usure de l’adversaire dans la durée demeure une constante de la pensée militaire. Au même titre que les milieux désertique, forestier et urbain, elle apparaît comme un des espaces les plus contraignants où l’expression ancienne de « tyrannie du terrain » prend toute sa dimension.



C. La contrainte spécifique du terrain pour la logistique



             ces différentes formes, la manœuvre recherche en toute occasion à bénéficier de la surprise et à s’appuyer sur la spécificité des formes du terrain. Dans tous les cas, la place occupée par la logistique est essentielle. La bataille en montagne est difficile à alimenter. Les ravitaillements nécessaires, les évacuations des personnels et des matériels mis hors de combat posent des problèmes divers. En 2010, l’accent est mis encore sur l’enjeu essential de maîtriser les voies de communication pour assurer l’approvisionnement : « En montagne, plus qu’ailleurs, la dépendance des unités aux voies de communication sur lesquels s’établissent les lignes de soutien logistique et les itinéraires de manœuvre est totale ». Outre le compartimentage du terrain, l’allongement des distances de déplacement et les obstacles à la mobilité, comme les Engins explosifs improvisés, constituent des contraintes fortes.



Il en résulte l’adoption de plusieurs principes rendus possibles après 1945 avec l’emploi de moyens modernes. Ceux-ci consistent à exploiter l’avantage offert par l’emploi de l’hélicoptère pour résoudre le problème de la rareté des voies de communication terrestre. Ils visent aussi à décentraliser la logistique en créant, avant la bataille, des dépôts au plus près des combattants, puisque le compartimentage du terrain rend difficile tout changement en cours de l’action.



L’approvisionnement occupe ainsi une partie des forces de soutien, de l’ordre de trois personnels pour un combattant, et demande une organisation adaptée. Dans les montagnes afghanes, entre 2002 et 2014, les unités françaises engagées contre les Talibans, réfugiés en terrain difficile d’accès, demande la mise en place d’un système logistique complet combinant des bases avancées ravitaillées par des hélicoptères de transport lourd, le portage à dos de mulet ou à dos d’homme et la livraison par air au moyen de parachute guidés par GPS. En milieu montagnard, le soutien logistique au plus près du combattant à pied demeure toutefois une difficulté majeure et permanente que les retours d’expérience soulignent et appellent à améliorer (5).



III. La montagne, espace de guérilla



A. La montagne, zone de résistance par excellence



             montagne est l’espace de guérilla par excellence. Nombreux sont les faits d’armes où une armée, soutenue par la population locale, se réfugie dans les montagnes pour exercer une résistance à un adversaire. Au XVIIe siècle, l’armée de Nicolas de Catinat, général de Louis XIV, se heurte à la vive résistance des partisans vaudois du duc de Savoie, persécutés pour leur foi depuis le XIIIe siècle, dans le Haut Val Germanas. Le 24 mai 1693, elle lance une attaque avec 4 000 hommes face à 370 devant la forteresse de La Balsille (2 000 m. alt.). Les Vaudois parviennent à s’échapper dans la nuit par un sentier de chamois tellement difficile d’accès que l’attaquant n’avait pas envisagé de le faire garder (6). Durant l’occupation de l’Afghanistan (1979-1989), l’armée soviétique doit aussi lutter dans les montagnes contre les Moudjahidines. La tactique soviétique consiste à s’emparer des points hauts pour protéger les colonnes des attaques de la résistance et à se replier par hélicoptères. Pour la contrer, l’adversaire tend à laisser pénétrer le premier hélicoptère dans le fond de la gorge et de tenir le second sous le feu jusqu’à ce qu’il commence son demi-tour, rendant plus difficile la localisation des tireurs à terre. Dès le début des années 1980, les Soviétiques conçoivent alors une autre technique qui repose sur l’emploi d’un hélicoptère qui évolue très haut au-dessus de la cible potentielle, laquelle est engagée par un autre hélicoptère en attente au plus près. Mais cette technique n’empêche pas de nombreuses pertes d’appareils.



La doctrine française tient compte de ces expériences passées et envisage même d’utiliser la montagne, pendant la Guerre froide, comme zone de résistance militaire privilégiée en France. Elle la définit d’ailleurs comme des « parties de territoire judicieusement choisies, organisées et équipées dans lesquelles des forces spécialement adaptées ont pour mission, en cas d’invasion, de manifester par une activité raisonnée la volonté de résistance de la Nation, tout en dosant leurs activités en fonction de la nécessité de durer dans le temps fixé par le commandement » (7). Inversement, la doctrine tire les leçons des combats en montagne contre les partisans du Front de libération national algérien. Dans sa version de 1965, le Règlement sur le combat en montagne est une étude sur l’expérience algérienne de l’armée française en vue de se préparer à des opérations de guérilla. Mais les références directes à la guérilla disparaissent dans la version de 1979, consacrant spécifiquement les orientations doctrinales à l’organisation des opérations de résistance, sous la forme de guérilla, contre un ennemi sur le territoire français, éventuellement ouest-européen.



A partir de la guerre d’Afghanistan en 2001, les théoriciens de la doctrine reconsidèrent de nouveau la montagne dans les opérations de contre-rébellion. De nouveaux principes sont définis dans la Doctrine d’emploi des forces terrestres en zone montagneuse (2010) qui conduisent à redécouvrir ce terrain spécifique dans la tactique : « se dégager de la tyrannie égalisatrice d’un milieu aux spécificités immuables ». Ces principes au nombre de six (aguerrissement, ubiquité, opportunisme, domination des hauts, complémentarités des feux, siège de l’ennemi) s’inspirent de conceptions élaborées depuis les années 1920. Il apparaît ainsi une continuité de conception de la montagne qui fait ressortir des principes généraux.



La montagne offre des avantages pour résister à l’adversaire. L’ennemi mécanisé peine à avancer dans un milieu au relief accusé et compartimenté sous un climat rigoureux auxquels peuvent s’ajouter des obstacles de contre-mobilité. La vulnérabilité des itinéraires et l’isolement des stationnements dans les vallées créent chez l’occupant l’obsession de l’encerclement et le prédisposent moralement à l’idée de repli. L’infériorité en effectif des partisans est compensée par l’entraînement des troupes et la connaissance de la montagne. Durant la Guerre froide, les textes de doctrine nous apprennent que la base de l’unité de guérilla est généralement la compagnie, composée de 100-130 hommes (9 groupes). Mais l’unité de vie et de combat est formée par le groupe qui doit pouvoir vivre et combattre dans l’isolement pendant plusieurs mois. Chaque groupe est divisé en deux équipes de 5 à 7 hommes (capacité de transport d’un hélicoptère ou d’un petit véhicule utilitaire) équipés d’armes légères. Les points de passage dans les vallées sont des axes obligés pour lesquels des guets sont organisés et efficaces. A cela, les « résistants », ou les partisans, bénéficient du soutien de la population qui apporte approvisionnement, renseignement et refuge. Les aires d’actions se concentrent donc dans les vallées tandis que les aires de remise en condition sont organisées dans la zone hospitalière des hauts. Seul l’emploi de moyens aéromobiles constitue une véritable menace. En revanche, l’hiver en montagne est l’ennemi du partisan, révélant ses traces, le chassant vers les vallées. L’intervention adverse, supposée être soutenue par des unités entraînées, bien équipées et pourvues d’équipements d’investigation (aériens, électroniques), comme celle de l’Alliance atlantique (OTAN ci-après) en Afghanistan entre 2001 et 2014, s’effectue par les hauts sous réserve que les conditions climatiques le permettent.



En Afghanistan, le terrain est composé en grande partie de montagnes qui deviennent des lieux de refuge pour les forces des Talibans pourchassées par les forces spéciales et les forces aériennes américaines. Lors du déclenchement de l’opération Enduring Freedom en 2001, les combattants talibans se sont repliés dans les montagnes du Sud-Est du pays. Leur stratégie consiste à occuper les campagnes, puis à se replier dans les hauts, saper l’action du gouvernement et de la Coalition, flatter le nationalisme pashtoune. Selon les enseignements de l’opération Anaconda dans les montagnes de la région de Gardez (100 km de Tora-Bora) en mars 2002, celles-ci suivent une tactique déjà bien expérimentée contre les Soviétiques. Elles évacuent les positions sur les lignes de crêtes à l’approche des raids de B52 ou de Close Air Support pour les réoccuper dès l’attaque aérienne passée. Pour les déloger, des détachements de fantassins et des équipes de snipers (un millier d’hommes de la 10th Moutain Division et de la 101st Airborne Division) sont déployés avant l’attaque aérienne.



Au printemps 2006, la guérilla connaît une montée en puissance. Des groupes de 50 à 100 combattants, formés dans les madrassas et des camps de réfugiés du Pakistan, mélangés à des combattants étrangers, harcèlent les forces de l’OTAN dans les trois zones d’opération du Sud, frontalières avec le Pakistan (8). Le mode opératoire préférentiel de la guérilla reste l’embuscade réalisée par des petits groupes d’une dizaine d’hommes armés de mortiers et de RPG (lance-grenades antichar portatif). Les attaques sont brèves et visent des cibles liées au soutien ou à la logistique. La réponse française et alliée consiste à occuper les points clefs selon le processus intervention-stabilisation-normalisation appliquée dans une zone locale déterminée. La méthode vise ensuite à porter les efforts dans la zone voisine. Chaque zone est divisée en trois secteurs de manière radioconcentrique : la zone « cible », sécurisée par les forces afghanes et alliées, la zone d’action des troupes de la force alliée et celle de la périphérie lointaine réservée aux « commandos de la chasse ». Les opérations offensives sont de type « bouclage-nettoyage ». En septembre 2006, par exemple, a lieu le bouclage de la ville de Panjwayi par 2 000 soldats de l’OTAN et de l’armée nationale afghane face à un millier de rebelles retranchés dans les vergers, les champs de pavot et les canaux d’irrigation. Une fois la zone neutralisée par les forces internationales, les autorités afghanes en prennent le contrôle.



En somme, le combat de guérilla, ou de résistance, se manifeste par des actions autonomes et diversifiées dans le temps et dans l’espace. Il concerne une manœuvre des attitudes, plus qu’une manœuvre au sens classique. Les unités se rapprochent des fonds de vallée en période d’agressivité et s’en éloignent dans les périodes d’effacement. Ce type de combat est celui du faible au fort sur des terrains difficiles à un moment inattendu. Il nécessite un système de sûreté permettant d’acquérir assez tôt le renseignement et de gagner les délais utiles pour faire face à la menace. Il traduit aussi une manœuvre des altitudes.



B.Les formes de combat de guérilla



             Le combat de guérilla prend des formes différentes en conséquence, de l’agressivité généralisée de petits éléments à des actions de force nécessitant des moyens plus ou moins importants et un commandement centralisé. La forme la plus élémentaire de la guérilla en montagne consiste à obtenir le renseignement sur l’adversaire, effectuer des sabotages, procéder à des actions d’influence ou de propagande auprès des populations. Au-delà existent les activités purement opérationnelles qui varient selon les moyens. La première forme concerne les actions décentralisées. Celles-ci visent le harcèlement et l’usure de l’adversaire par la combinaison d’embuscades, de coups de main, d’obstructions, de destructions, en donnant à ces actions une ampleur et une intensité variables en fonction des circonstances et de l’attitude fixée. La concentration des efforts offensifs d’un groupe est suivie de l’éclatement devant la réaction ennemie, Les unités se replient vers une zone de dissimulation située en altitude et à l’intérieur du compartiment du terrain qui constitue la zone d’action. La connaissance du milieu est donc le facteur primordial de supériorité sur l’adversaire pour déterminer les régions les plus favorables aux actions agressives brutales et les itinéraires utilisés. L’autre forme concerne les actions centralisées. La montagne est un terrain favorable à des actions de force de grande envergure. Ces actions consistent essentiellement à l’arrêt temporaire visant à couvrir un massif ou une vallée momentanément utile, à détruire des éléments adverses isolés dans un compartiment de terrain ou engagés sur un itinéraire routier. L’esquive est menée le plus souvent par les hauts, rarement par franchissement d’une vallée. Elle suppose des délais importants pour obtenir le renseignement sur l’adversaire, une bonne connaissance du milieu et du dispositif adverse, une organisation logistique adaptée à la manœuvre (dépôts d’approvisionnement camouflés longtemps à l’avance).



Qu’elle que soit la forme d’actions précisées dans les textes de doctrine, entre 1945 et 1991, le but stratégique reste généralement identique, à savoir la libération du sol national, en cas d’invasion du Pacte de Varsovie. Cette conception de la montagne comme zone de résistance face à un ennemi conventionnel serait également valable dans bien d’autres situations (le FLN contre l’armée française entre 1954 et 1962 par exemple). L’intérêt est de créer en montagne la sensation d’insécurité, d’obliger l’adversaire à se disperser et lui infliger des pertes humaines.



La conception stratégique de cet espace, de manière théorique toujours, consiste à exploiter le cloisonnement géographique offert par le relief pour le forcer à se replier, lui faire perdre le contrôle de l’intérieur des massifs montagneux. Il faut préciser, toutefois, qu’aucun texte de doctrine ne donne un exemple précis d’exploitation du terrain sur le territoire français. Ce type de démarche procède plus de l’exercice théorique dans les écoles d’application ou de l’exercice d’entraînement. Parallèlement,



La conception de la montagne enseigne qu’il faut transformer les zones non contrôlées en secteurs de rayonnement contre un adversaire situé en général dans les fonds de vallées et dans les villes. Sur un plan tactique, les actions visent à atteindre les colonnes en mouvement, le système défensif des points sensibles, les dépôts, les installations militaires isolés, les terrains d’atterrissage, les points clés du terrain comme les relais radio, les stations téléphériques et les ouvrages d’art.



C. L’importance de la mobilité



La question du stationnement des unités de guérilla ou de résistance, en France en cas d’invasion, demeure essentielle. La règle est de préserver une mobilité permanente, une fluidité et un nomadisme constants. Les lieux habités ou les agglomérations sont contournés, pour éviter les représailles sur les populations, tout comme les dispositifs statiques. Les possibilités de stationnement doivent donc être multipliées, interchangeables, dispersées et camouflées. Il s’agit aussi d’éviter la saturation de la zone. Des effectifs plafonds sont d’ailleurs recommandés selon des critères relatifs à la surface, la valeur et l’étendue des couverts, l’existence d’obstacles et de caches, de ressources économiques, d’aptitude à l’hébergement, de répartition et d’état d’esprit des populations. « Le partisan doit se fondre dans le paysage » est-il précisé dans le texte doctrine de 1965 sur le combat en montagnes (9). Les stationnements sont établis de préférence à l’étage forestier (sans creusement d’abris) en cherchant à camoufler les dépôts de vivres et de munitions. L’étage forestier s’avère relativement imperméable aux actions terrestres (faible densité des routes forestières et des layons) ou aériennes (absence de clairières importantes facilitant l’atterrissage de détachement d’hélicoptères de transport).



La doctrine considère d’ailleurs que certains massifs des Préalpes constituent de véritables pièges. Leur allure générale de forteresse isolée, leurs étendues forestières, leurs routes faciles à surveiller et à couper dans les gorges, leurs hautes falaises dominant les grands axes favorisent l’action de guérilla. Ainsi, les zones de stationnement idéales se caractérisent par une situation en moyenne montagne, un manteau forestier continu, des ressources en eaux vives, au-dessus des vallées aux ressources variées et en-dessous des alpages permettant un parcours rapide et la réception de parachutages. La doctrine souligne toutefois que ces zones sont cependant exposées à la riposte de l’adversaire qui emploierait l’épandage de produits toxiques dans les cavernes et les sources ou comme incendies de forêt.



 



Document : Exemples de l’emploi du terrain montagneux dans la guérilla (1965)





 





Source : Ministère d’Etat chargé de la défense nationale, Etat-major de l’armée de terre, Règlement de combat en montagne, 1965, 307 p., INF 205/2, p. 152, p. 293 et 303.



 



            La guérilla en montagne constitue ainsi une forme de combat à part. La doctrine française saisit ainsi toute l’importance de heurter les unités du Pacte de Varsovie dans ce type d’espace et dans la zone frontalière orientale. Après la Guerre froide, ces considérations destinées à lutter contre une armée de masse, sont repensées. La doctrine se concentre sur les formes classiques de la manœuvre dans ce milieu et l’adapte aux nouvelles missions de maintien de la paix (Bosnie et Kosovo dans les années 1990) ou de coercition (Afghanistan entre 2001-2014) en soulignant l’apport de matériel nouveau (engins chenillés, artillerie de montagne, hélicoptère, renseignement). La Doctrine d’emploi des forces terrestres en zone montagneuse (2010) insiste nettement sur le contexte dominant de guerre asymétrique. Il révèle que le combat asymétrique, qui est la forme de combat essentiel dans les années 2000, fait émerger trois types d’espaces : les zones urbaines qui sont les centres de gravité politique et militaire, les zones périphériques en plaine ou en terrain semi vallonné qui sont des espaces de transition, les zones refuges qui forment les sanctuaires privilégiés du « résistant ».  



Note de l’auteur : cet article est issu d’une communication (mise à jour) présentée au Congrès international de géographie et géologie militaire tenu à Vienne en juin 2007.



Bibliographie :



Cyrille Becker, 2008, Relire Principes de la Guerre de Montagnes, Paris, Economica, Stratégies et doctrines, 162 p.



Boulanger Ph., 2002, La géographie militaire française 1871-1939, Economica, Institut de stratégie comparée, 619 p.



Boulanger Ph., 2006, Géographie militaire, Ellipses, 394 p.



Boulanger Ph., 2015 (2e ed.), Géographie militaire et géostratégie, enjeux du monde contemporain, Paris, A. Colin, 319 p.



Boulanger Ph. (dir.), Histoire militaire et géographie historique, Cahiers du Centre d’études d’histoire de la défense, n°36, 2008, 213 p.



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Boulanger Ph., (dir.), octobre 2003, La géographie militaire-2, Stratégique, Institut de stratégie comparée, n°82-83, 247 p.



John M. Collins, 1998, Military geography for professionals and the public, Washington, Brassey’s édition, 435 p.



Commission internationale d’histoire militaire, 1993, La Guerre et la montagne, Actes du XVIIe colloque, Berne.



Courrèges H. (coll.), 2006, Guerre en montagne : Renouveau tactique, Paris, Economica, 141 p.



Défense et sécurité nationale, le Livre blanc, Paris, 2008, Odile Jacob, La Documentation Française, 349 p.



Défense et Sécurité internationale, mars 2016, “Guerre en montagne, les défis de la verticalité”, Hors série.



Gnl Gambotti, juillet 2003, « Les enseignements tirés de la guerre en Afghanistan (1979-1989) », Les cahiers des troupes de montagne, n°33, p. 15-19.



Gnl Jean-Marc de Giuli, mars 2002, « Opérations en montagne et en terrain enneigé », Les cahiers des troupes de montagne, n°28, p. 10-22.



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Lt-Col. Jean-Pierre Martin, sept. 2003, « Guérilla en montagne », Cahiers des troupes de montagne, n°34, p. 5-13.



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Sun Tse, 1993 (rééd.), L’art de la guerre, Paris, Pocket, 150 p.



Michel Yakovleff, 2006, Tactique théorique, Paris, Economica, Stratégies et doctrines, 655 p.



Principales sources primaires :



Ministère de la Défense, Cdef, 2010, Doctrine d’emploi des forces terrestres en zone montagneuse, 48 p.



Ministère de la défense nationale, Secrétariat d’état à la guerre, 1952, Notice provisoire sur le combat de l’infanterie, combat en montagne, Berger-Levrault, 96 p.



Ministère de la défense nationale, secrétariat d’Etat à la guerre, Etat-major, 3e bureau, 1952, Notice provisoire sur le combat d’infanterie en coopération avec d’autres armes, fasc. 6 : combat en montagne, Berger-Levrault, 96 p.



Ministère de la défense nationale et des forces armées, Etat-major de l’armée, 3e bureau, 1956, Instruction sur la pratique de l’alpinisme et du ski, TTA 114.



Ministère de la défense nationale, Etat-major de l’armée, Instruction sur la vie en montagne, (1956) 1965, Charles Lavauzelle, 567 p., TTA 113.



Ministère de  la défense nationale, Etat-major de l’armée de terre, Bureau emploi, 1968, Instruction sur les conditions de combat en hiver, 68 p., 1982, 129 p., TTA 111.



Ministère d’état chargé de la défense nationale, Etat-major de l’armée de terre, 1970, Instruction sur la pratique de l’alpinisme et du ski, 3 volumes, TTA 114.



Ministère de la défense, Armée de terre, Bureau préparation opérationnelle, 1996, Mémento à l’usage des troupes en opérations en milieu accidenté, froid, enneigé, 300 p., TTA 141.



Ministère de la défense, Armée de terre, 1999, Principes d’emploi de l’escadrille de haute montagne, 10 p.



Ministère de la guerre, 1931, Manuel de montagne et d’alpinisme militaire, Imprimerie nationale, 182 p.



Ministère de la guerre, 1932, Instruction provisoire sur les opérations des grandes unités en montagne, Imprimerie nationale, 64 p.



Secrétariat d’état à la guerre, 1940, Instruction sur les opérations en montagne, 91 p.



Notes : 





(1) Commandement de la doctrine et de l’enseignement militaire supérieur de l’armée de terre, Armée de terre, non daté (1999), Les bases de la doctrine de l’armée française, p. 4.





(2) Ministère de la guerre, 1931, Manuel de montagne et d’alpinisme militaire, Imprimerie nationale, 102 p.





(3) Ministère de la guerre, 1932, Instruction provisoire sur la formation des grandes unités en montagne, Imprimerie nationale, 65 p.





(4) La quasi-totalité des instructions toutes armes et par armes accordent au moins un paragraphe sinon un chapitre à l’emploi des unités concernées en milieu montagnard, témoignant ainsi de l’intérêt accordé à ce type de terrain. Outre ces textes, les instructions spécifiques à la montagne font l’objet de publications régulières. Les principales sont : Ministère de la défense nationale et de la guerre, Etat-major de l’armée, Instruction sur les opérations en montagne, Paris, Imprimerie nationale, 1940, 89 p. ; Ministère de la défense nationale, Secrétariat d’Etat à la guerre, Etat-major, 3e bureau, Notice provisoire sur le combat de l’infanterie en coopération avec les autres armes (combat en montagne), Paris, Berger-Levrault, 1952, 96 p. ; Ema, Dtai, Instruction sur la vie en montagne, Charles Lavauzelle, 1965, 1975, 567 p., TTA 113 ; Ministère d’Etat chargé de la défense nationale, Emat, Dtai, Règlement de combat en montagne, 1965, 1971, 3 volumes, Inf 205 1-3 ; Ministère de la défense, Emat, Bureau emploi, Instruction sur les conditions du combat en hiver, 1982, 68 p., TTA 111.





(5) Ministère de la défense, Centre de la doctrine d’emploi des forces, Retours d’expérience, n°1/2007, Cahiers du retour du Retex, 2007, 108 p., p. 53.





(6) Lt-Col. Jean-Pierre Martin, « Guérilla en montagne », Cahiers des troupes de montagne, n°34, sept. 2003, pp. 5-13.





(7) Ministère des armées, Instruction provisoire interarmées, 1971, TTA 952.





(8) Ministère de la défense, Centre de la doctrine d’emploi des forces, Retours d’expérience, n°1/2007, Cahiers du retour du Retex, 2007, 108 p., p. 50.





(9) Inf 205/2, 1965.





 


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