Appel à contribution

Géographie de la Révolution française

Date de publication : 2018-03-18
Date de fin de validité : 2018-09-02


Appel à articles pour un numéro thématique de la Revue de géographie historique « La géographie de la Révolution française »



http://rgh.univ-lorraine.fr/



 



Le sujet peut paraître ancien tant la Révolution française a donné lieu à des publications d’atlas et de cartes, notamment celle la série des Atlas de la Révolution française entreprise par les éditions de l’EHESS depuis 1989, sans oublier les travaux fondamentaux de Michel Vovelle sur la « découverte de la politique [1]».



La prise en compte des disparités de l’espace tant pour décrire les manifestations de la Révolution que pour en expliquer les causes ne s’est pourtant pas limitée au territoire de la France. Le programme de recherche souhaité par les auteurs du concept de « révolution atlantique », Jacques Godechot et Robert Palmer, impliquait bel et bien de s’intéresser aux structures sociales, économiques, institutionnelles des territoires qui avaient également vu éclater des révolutions pendant cette « ère des révolutions ». Dans cette perspective, la question du caractère exceptionnel de la Révolution française, ou de sa spécificité, a bien été posée et renouvelée par Annie Jourdan[2]. Il fallait cependant attendre quelques décennies pour que des études comparatives récentes ou en cours fournissent des données de « terrain » permettant de répondre plus précisément à cette problématique[3].



Il impliquait aussi de s’intéresser aux modalités des circulations d’idées. Mais l’intérêt s’est aussi porté à d’autres types de circulation. Ainsi, Pierre-Yves Beaurepaire et Silvia Marzagalli sous-titrent leur Atlas de la Révolution française Circulation des hommes et des idées 1770‑1804[4]. L’étude des circulations a connu un essor historiographique depuis quelques décennies. L’époque révolutionnaire, considérée comme une période de transition entre, pour ce qui est de l’histoire des voyages, le voyageur philosophe et le voyageur enquêteur et collecteur d’information, a attiré l’attention des chercheurs. Une autre discontinuité apparaîtrait vers 1800, à l’époque consulaire, modifiant notablement les conditions des voyageurs scientifiques, désormais de plus en plus encadrés, même si cette rupture doit être relativisée dans la mesure où les valeurs et objectifs des voyageurs continuaient à être influencés par les Lumières[5].



La Révolution provoque ses propres types de circulations, notamment sous forme de migrations, comme l’émigration depuis la France révolutionnaire et plus tard en 1815/1816 l’exil des conventionnels expulsés au moment de la Seconde Restauration. Les études consacrées à ces migrations portent généralement attention aux lieux et espaces, comme le montre l’utilisation de concepts tels que « espace-ressource » et « espace-investi » dans l’étude des mémoires d’émigrés nobles français en Allemagne par Karine Rance[6]. De même, la forte concentration à Bruxelles de conventionnels expulsés comme régicides en 1816, souligne l’intérêt des chercheurs pour le rapport qu’entretiennent les émigrés avec l’espace, comme le montre l’organisation d’un colloque à Bruxelles consacré aux députés exilés[7], même si le rapport à l’espace n’est pas toujours au cœur de l’intérêt de l’historien.



D’un point de vue de la géographie historique, il serait intéressant d’étudier en quoi les concepts d’espace ou de champ migratoire, voire de territoire migratoire, s’avèrent utiles et féconds dans l’analyse des circulations de l’époque révolutionnaire au sens large. Si l’on définit ces concepts avec Simon Gildas, on entend par là « l’analyse des espaces et de la circulation migratoire axée sur un va-et-vient (déplacements des familles, amis et connaissances ; mobilités des informations, des services et des biens) », afin de mieux rendre compte, que ne le font les termes de migration, de flux migratoires ou de populations migrantes, des rapports à l’espace, ceux qui se nouent entre le migrant et les espaces pratiqués dans le cadre de « parcours migratoires » souvent complexes, les lieux de départ, d’arrivée, d’installation, mais aussi de passage et de transit, voire de « rebondissement ». Pour Simon Gildas, « parler de champ et d’espace migratoires, c’est désigner les espaces parcourus et structurés par l’ensemble des flux relativement stables et réguliers de migrants, quelle que soit leur origine ou leur destination[8] ».



Cette approche implique nécessairement l’étude des phénomènes circulatoires dans une certaine épaisseur temporelle. Que l’on retienne une chronologie large de cette « ère des révolutions » ou une fenêtre temporelle plus brève, la Révolution française présente cette épaisseur, pouvant donner lieu à la constitution d’espaces migratoires spécifiques. Dans quelle mesure la Révolution française a-t-elle modifié ou restructuré des espaces circulatoires existants, quelle étaient leur structure et leur dynamique ?



 



L’effet produit par les migrations révolutionnaires sur les espaces de départ a aussi attiré l’intérêt de chercheurs des sciences économiques qui cherchent à mesurer les conséquences à long terme de la Révolution française. Il est vrai que l’héritage économique de la période révolutionnaire, et partant, la géographie économique, a suscité un grand nombre d’études et de débats. Ces interprétations diamétralement opposées au sujet de la trajectoire économique de la France impulsée par la Révolution, et, par-là, la recomposition des puissances économiques européennes et mondiales ont été reprises récemment avec un changement de l’échelle d’étude.



 



L’approche suivie par Raphaël Franck et Stelios Michalopoulos[9] visant à mesurer les conséquences de la Révolution sur les régions (plus précisément les départements) de départ des émigrés dans la courte et « longue » durée est fondée sur l’analyse économétrique d’un certain nombre de paramètres et arrive à des conclusions différentes quant à l’impact sur le court et le long terme.  Cette analyse s’inscrit dans un courant de recherche dont l’un des objectifs est de mesurer les conséquences de révolutions et de changements révolutionnaires sur le développement actuel. On devine les enjeux de ces recherches pour les politiques de développement du XXIe siècle.   Daron Acemoglu, Davide Cantoni, Simon Johnson et James A. Robinson ont cherché à montrer que les réformes institutionnelles radicales imposées en Allemagne à l’époque révolutionnaire et impériale ont conduit quelques décennies après la fin de la période à une industrialisation accélérée[10]



Le champ d’étude de la géographie des héritages invite aussi à s’intéresser à la géographie de la mémoire et à celle d’un tourisme mémoriel actuel de la Révolution française.



 



Enfin, il conviendrait de se s’interroger dans quelle mesure les circulations spécifiques de la période révolutionnaire au sens large ont influencé et structuré la pensée de la science géographique, soit par la confrontation de visions, soit par la nécessité de s’approprier ou de réapproprier l’espace. Selon Laura Péaud, « on passe en effet, entre 1785 et 1815, d’une production de savoirs géographiques nationalement indifférenciés, à portée universaliste affirmée dans la plupart des cas, à la mise en place progressive d’écoles disciplinaires nationales, de plus en plus influencées par leur autorité politique tutélaire[11] ». L’élargissement de la perspective à d’autres Etats que ceux étudiés par cette géographe et surtout l’étude de l’articulation de cette transition avec le phénomène révolutionnaire permettraient d’avoir une vision plus globale des répercussions révolutionnaires sur l’évolution de la géographie.



 



Ce numéro se propose d’explorer les apports de la géographie à la compréhension du phénomène révolutionnaire et en retour ses conséquences sur les espaces et territoires à toutes les échelles familières du géographe, et ceci aussi bien dans le court terme que dans une durée plus longue, afin de mieux connaître les héritages laissés dans la géographie du temps présent. Il vise également à mesurer l’effet des bouleversements sur la structuration du savoir géographique. Des articles de réflexion de même que ceux prenant appui sur une documentation plus spécifique sont également bienvenus, du moment qu’ils proposent une approche conforme à la « géographicité » dans ses différentes acceptions.



Des propositions d’articles sont à adresser avant le 1er septembre 2018 à Nicola Todorov nicola.todorov@wanadoo.fr ou à Philippe Boulanger Philippe.Boulanger@univ-paris8.fr



La publication de ce numéro est prévue pour le mois de novembre 2018.



 



Mots-clés



Géographie révolutionnaire



Circulations révolutionnaires



Pensée géographique et Révolution



Tourisme mémoriel de la Révolution









[1] Michel Vovelle, La découverte de la politique. Géopolitique de la Révolution française, Paris, la découverte, 1993.





[2] Annie Jourdan, La Révolution, une exception française?,  Paris, Flammarion, 2004, 461 p.





[3] Michael Broers, Europe under Napoleon, Londres, New York, I.B. Tauris, 2014, 2e édition, p. XV : « When one stands back from the wealth of local and topical studies discerned by Ellis almost a decade ago, and assesses its continuing growth, the hope cherished by the Franco-Dutch scholar, Annie Jourdan might now be achieved ; that the great comparative projects pioneered by R.R. Palmer and Jacques Godechot in the 1960s, which did not find favour among their peers -  might now be realised from a base of surer specific, regional research than Palmer and Godechot could draw upon ».





[4] Pierre-Yves Beaurepaire et Silvia Marzagalli, Atlas de la Révolution française. Circulation des hommes et des idées 1770‑1804, Paris, Éditions Autrement, 2010.





[5] Jean-Luc Chappey, Maria Pia Donato, « Voyages et mutations des savoirs. Entre dynamiques scientifiques et transformations politiques fin XVIIIe – début XIXe siècle », Annales historiques de la Révolution française, 2016, n° 3 p. 3-21.



 





[6] Karine Rance, « L'émigration nobiliaire française en Allemagne : une ‘migration de maintien’ (1789-1815) » Genèses, 30, 1998. Emigrés, vagabonds, passeports. p. 5-29.





[7] « Déportations et exil des conventionnels », Bruxelles, 21-22 novembre 2016, http://ser.hypotheses.org/1476





[8] Gildas Simon, « Penser globalement les migrations », Revue Projet, 2002/4 n° 272, p.37 – 45, p. 39.





[9] Raphaël Franck, Stelios Michalopoulos, « The Consequences of the French Revolution in the



Short and Longue Durée » https://www.philadelphiafed.org/-/media/research-and-data/events/2017/macroeconomics-across-time-and-space/papers/consequences-french-revolution.pdf?la=en



 





[10] Daron Acemoglu, Davide Cantoni, Simon Johnson, James A. Robinson,  « The consequences of radical reform: the French revolution »,.American Economic Review, 2011, 101(7), 3286-3307.





[11] Laura Péaud, La géographie, émergence d'un champ scientifique. France, Prusse et Grande-Bretagne (1780-1860), Lyon, ENS éditions, 2016, p. 29.





 


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