Article

n°1 novembre 2012 : Regards sur la géographie historique française:

La géographie historique, une courte histoire

Paul Claval


Par Paul Claval, Université de Paris-Sorbonne



 



Résumé : Longtemps au service des cartographes, les géographes tirent parti des récits de voyage pour préciser la longitude des lieux. Lorsque la cartographie scientifique les prive de cette tâche, ils mobilisent leurs savoir-faire pour reconstituer les cadres où s’est déroulée l’histoire. Le géographe moderne est un homme de terrain, mais qui n’a pas oublié sa formation historienne : les structures qu’il découvre dans le paysage ont une longue histoire, qui s’inscrit dans des temporalités spécifiques. La géographie vidalienne invite ainsi les historiens à s’interroger sur la longue durée. La géohistoire de Braudel explore le jeu croisé des temporalités environnementales, économiques et politiques. Dans les pays de langue anglaise, la géographie historique se coule dans les cadres temporels proposés par l’histoire en faisant alterner les tableaux datés et l’analyse des évolutions. Le tournant culturel met l’accent sur le jeu des représentations et des imaginaires que partagent les acteurs de l’histoire.



Mots-clefs : cartographie, histoire, géohistoire, longue durée, temporalités, tableaux datés, séquences évolutives, représentations, imaginaires.



Abstract: For a long time, geographers relied on their analysis of exploration and travel narratives for measuring the longitude of places. When scientific cartography deprived them from this task, they used their familiarity with historical documents in order to provide historians with a view of the past geographical environments in which history unfolded. Modern geographers essentially rely on fieldwork, but have not forgotten their competence in history: the structures they discover in the landscapes have a long history, which falls within specific temporalities. In this way, the Vidalian geography invites historians to analyse long duration. Braudel’s geohistory explores the interplay of environmental, economic and political temporalities.  In English-speaking countries, historical geography slipped into the temporal divisions proposed by history through the alternation of dated pictures and evolutionary sequences. The cultural turn stresses the role of the representations and geographical imagination shared by historical actors.



Keywords: cartography, history, geohistory, long duration, temporalities, static pictures, evolutionary sequences, representations, geographical imagination.



 



La géographie historique ? Son principe semble simple : décrire et analyser une région, un pays ou le monde à un moment passé de son évolution comme nous le ferions pour un espace contemporain. La réalité est plus complexe : il ne s’agit pas seulement de dresser le tableau d’un morceau de l’écorce terrestre à un moment précis du passé, mais de saisir les évolutions qui le caractérisent, et la (ou les) temporalité(s) qui y sont à l’œuvre. La place et le rôle de la géographie historique dans la géographie en général, et dans la géographie humaine plus particulièrement, n’ont cessé de changer. Nous voudrions évoquer leur évolution et souligner la signification de celle-ci.



I-La dimension historique des travaux de la géographie traditionnelle



A.Jusqu’au XVIIIe siècle : l’enquête historique comme base de la cartographie



Le Père de Dainville (1963) le soulignait justement : de la Renaissance au XVIIIe siècle, le géographe pratiquait un métier qui ne ressemblait guère à celui qui est aujourd’hui le sien. Il contribuait à la fabrication des cartes en recueillant une partie de l’information indispensable à la localisation des lieux à la surface de la terre : son but n’était pas de décrire ce qui caractérisait tel ou tel point, mais de le situer. Depuis l’Antiquité, les méthodes astronomiques permettaient, en principe, de déterminer les coordonnées d’un point. Faute de disposer de chronomètres pour conserver le temps, on ne possédait cependant pas de moyen de mesurer les longitudes. Depuis Galilée, on pouvait, il est vrai, le faire à partir de l’observation des satellites de Jupiter, mais la construction des tables indispensables pour interpréter les résultats était lente, et les calculs à effectuer réservaient l’opération à des astronomes avertis. L’évaluation les longitudes reposait dans la plupart des cas sur la compilation des distances terrestres mentionnées dans les récits des voyageurs, et sur celle des parcours maritimes consignés dans les journaux de bord des bateaux. Le géographe était un homme de cabinet ; il dépouillait les relations de voyage des explorateurs et les indications enregistrées par les navigateurs ; il les recoupait avec les informations déjà mobilisées dans les cartes anciennes. Le géographe s’attachait ainsi à une forme très particulière de géographie historique.



B.La mutation cartographique du XVIIIe siècle et la reconversion vers la géographie historique



Comme Anne Godlewska (1999) l’a montré, l’invention du chronomètre par John Harrison, ainsi que le progrès des méthodes astronomiques de mesure des longitudes, bouleversent la situation dans le courant du XVIIIe siècle. L’information nécessaire au dessin des cartes n’a plus à être cherchée dans des documents d’archives. Les ingénieurs-géographes et topographes la tirent directement des mesures qu’ils effectuent sur le terrain. Dans un premier temps, leur formation demeure double, mathématique et historique (Godlewska, 1999). Très vite, elle n’intègre plus que la géométrie, la géodésie et l’astronomie. Les géographes ont perdu leur métier. Ils doivent en inventer un autre. Leur reconversion s’appuie sur ce qu’ils savent déjà faire : analyser des documents anciens, qu’il s’agisse de récits de voyages ou de journaux de bord. Ce qui change, c’est la finalité de leur travail : le but n’est plus d’en extraire les informations utiles pour bâtir l’image de la terre aujourd’hui ; leur ambition est de préciser ce qu’était la topographie, la disposition des villes ou le tracé des routes à tel ou tel moment du passé.



Le géographe pratique une géographie historique modeste, mais indispensable à l’historien : il lui indique comment se présentait la scène où se sont déroulés les grands évènements du passé ; il explique ce qu’était le delta du Nil au temps des Pharaons, l’avancée des rivages en Mésopotamie à l’époque de Sumer, ou la topographie des lieux où Hannibal écrasa les légions romaines à Cannes. La géographie est une servante de l’histoire. Ceux qui la pratiquent demeurent des hommes de cabinet. Ils s’illustrent dans la reconstitution de la géographie de l’Egypte ancienne, ou dans le suivi de la transformation des Etats et des circonscriptions administratives de l’Antiquité, du Moyen Age ou de l’Europe moderne. Auguste Longnon (1878), un des meilleurs spécialistes de ce courant, précise, par exemple, ce qu’étaient les diocèses et les pagi de la Gaule au VIe siècle.



C.La nouvelle géographie de terrain ne rompt pas avec l’histoire



C’est contre cette conception de la géographie, que personnifie alors Auguste Himly, que la géographie moderne s’affirme dans le dernier quart du XIXe siècle, autour de Vidal de la Blache. L’importance de la mutation se lit à un fait : le géographe a cessé d’être un homme de cabinet. C’est de la pratique du terrain qu’il tire désormais ses savoirs et sa légitimité. La mutation est importante. On aurait cependant tort de la croire totale : le géographe garde, en France, une formation historique. Vidal de la Blache consacre une vingtaine d’années à doter les géographes français d’un instrument qui leur manque : un grand atlas moderne. Pour réaliser celui qu’il publie en 1894, il interprète des récits de voyages, analyse des documents diplomatiques, dépouille des recueils ou des cartes de limites administratives - toutes démarches que les géographes maîtrisent et mobilisent depuis longtemps. Lorsqu’un différend éclate entre le Brésil et la France sur le tracé des frontières de la Guyane, c’est sur cette partie de son métier que Vidal appuie l’expertise qu’il prépare pour le gouvernement français, comme le souligne La Rivière Vincent Pinzon (1902), où il présente son analyse.



Les premiers Vidaliens sont formés à la géographie historique traditionnelle avant de découvrir le terrain et l’analyse régionale : Lucien Gallois consacre sa thèse aux géographes allemands de la Renaissance (1890), et ne s’intéresse que plus tard à la mosaïque des pays qui entourent Lyon (1891-1892 ; 1894-1895). Son ouvrage le plus connu, Régions naturelles et noms de pays (1908), mobilise à nouveau les savoir-faire de la géographie historique traditionnelle. La partie de leur métier qu’ils doivent à l’histoire continue à être utile à la nouvelle génération des géographes de terrain. Ils l’emploient, en particulier, pour retracer l’histoire des divisions régionales sur lesquelles ils travaillent. Ce n’est pas là un aspect mineur de la discipline : la thèse secondaire d’Albert Demangeon (1905 ; 1907) porte sur Sources de la géographie aux Archives nationales. La dimension historique du métier de géographe ne s’est donc pas perdue, mais c’est à l’appréhension d’autres objets qu’elle sert désormais.



II-Les structures géographiques comme nouvel objet de la géographie historique, ou l’invention de la longue durée



A.La découverte de nouveaux objets géographiques



Le géographe de cabinet ne s’attachait pas à la physionomie des pays, à leurs paysages. S’il parlait de leurs habitants, c’était pour en évaluer le nombre, et non pour décrire leurs coutumes ou leur existence quotidienne. Le géographe de terrain décrit ce qu’il voit. Il parle du relief, des forêts, des bois, des pâtures, des prés, des champs, des jardins, des fermes, des villages, des bourgs et des villes. Il saisit les hommes au travail et met en évidence les résultats de leur activité. La géographie humaine qui est en train de se constituer cherche à comprendre la distribution des hommes, de leurs actions et de leurs œuvres à la surface de la terre. Elle s’appuie sur les cartes de densité, qui posent le problème des rapports des groupes à l’environnement. Elle s’attache à la circulation, qui affranchit les groupes des contraintes locales. Cette quête se fonde sur l’analyse les paysages, où se lisent à la fois le jeu des forces naturelles et le travail des générations passées et présentes ; il repose sur la description des genres de vie (Vidal de la Blache, 1886 ; 1911), qui font comprendre comment l’environnement est exploité et comment les liens sociaux se tissent.



Paysages et genres de vie sont observés aujourd’hui, mais les géographes découvrent leur étonnante stabilité au cours des temps. Ceux qui analysent les travaux et les jours des paysans provençaux de la fin du XIXe siècle se croient transportés au temps d’Hésiode : les labours se font toujours à l’araire ; les cultivateurs se consacrent à la même trilogie de plantes méditerranéennes, le blé, la vigne et l’olivier (Sur ce point, l’interprétation de Vidal est en défaut : la culture de l’olivier ne s’est, semble-t-il, développée qu’après Hésiode. Vidal, de la Blache, 1922, p. 81); les paysages qui en résultent sont semblables à ceux que décrivaient déjà les agronomes latins ; ils juxtaposent l’ager (l’espace cultivé), le saltus (les terrains de parcours où les troupeaux pâturent les clairières ouvertes dans des forêts dégradées qui servent à produire bois de chauffage et charbon de bois), et la silva (la forêt originaire, aux arbres puissants et à la faune redoutable). Dans la France de la fin du XIXe siècle, les bocages s’opposent aux campagnes :



«  Mais, à défaut d’un changement de relief, l’aspect du sol ne laisse aucun doute. On vient de quitter les plaines agricoles et découvertes, les campagnes : voici qu’on s’engage dans des pays accidentés coupés de haies d’arbres, dans des bocages. C’est le nom pittoresque et juste qui est caractéristique de l’Ouest »  (Vidal de la Blache, 1888/1897, p. 155 de la réédition Sanguin, 1993) (les italiques sont de nous).



La géographie de terrain telle qu’elle est pratiquée aux alentours de 1900 met en évidence des structures dont la permanence est frappante : (i) des systèmes agraires, qui donnent aux paysages ruraux leurs traits les plus remarquables ; (ii) des ensembles d’activités si intimement liées qu’ils n’évoluent guère - les genres de vie -, si bien que ceux que pratiquent les agriculteurs et les pasteurs du début du XXe siècle ressemblent à ceux de l’Antiquité ; (iii) des groupements régionaux, car les divisions qui structurent l’espace du temps présent sont parfois en place depuis des siècles, depuis Rome par exemple, comme le soulignait déjà Giraud-Soulavie (1783).



B.Une géographie historique des structures



La prise en compte des nouveaux objets que constituent les genres de vie, les paysages ou les divisions territoriales oblige les géographes des alentours de 1900 à ne pas se contenter du terrain. De quand datent ces traits, qui ont si longtemps échappé à l’emprise du temps ? Sont-ils immuables ? Certains concluent à la hâte, de leur origine lointaine, à leur permanence sur des temps très longs (Roupnel, 1934) : le bocage et les campagnes ne seraient-ils pas la signature des groupes ethniques qui ont les premiers pris possession du pays ? La démarche est généralement plus prudente. Elle est rétrospective : ici, le bocage domine ; le faisait-il il y a cinquante ans, cent ans, deux cents ? Comme les documents manquent généralement au-deçà d’une certaine date, on laisse le problème en suspens. Le bocage de pierre de la région de Gramat, dans le Lot ? Blaise de Montluc (1592/1964) le signale dans ses mémoires : il n’engage pas le combat avec l’armée protestante qu’il poursuit, car les murets l’empêcheraient de faire donner sa cavalerie… Les enclos de ce secteur ont quatre siècles et demi au moins. On ne peut en dire plus, mais on aimerait remonter plus haut, jusqu’au moment où les parcellaires et les clôtures se sont mis en place : on comprendrait alors les processus qui leur ont donné naissance et ont assuré, au moins au départ, leur stabilité.



L’approche historique que pratique la géographie humaine présente ainsi des caractères profondément originaux. Elle ne traite pas de la même temporalité que l’histoire : elle s’intéresse à celle des objets singuliers qu’elle vient de découvrir. Le découpage en siècles, en générations, en règnes, en ères ne lui apporte rien. Découvrant l’objet qu’elle cherche à expliquer dans le présent, elle l’analyse dans une perspective rétrospective : elle remonte le temps jusqu’au moment où la structure a pris corps. Les élèves de Vidal reconstituent ainsi l’évolution de la société et des paysages de la région sur laquelle porte leur thèse : Jules Sion (1908) retrace l’histoire du plateau de Caux jusqu’à l’époque où apparaissent les ateliers à domicile qui font de cette région une grande productrice de textiles ; dans les vallées, la narration commence plus tard, au moment où la force de l’eau est mobilisée pour mouvoir les métiers, ce qui concentre l’industrie le long des petites rivières.



Au moment de rédiger leur thèse, la plupart des jeunes géographes présentent les évolutions de manière chronologique, mais leur enquête a progressé à l’inverse. Plus original, Pierre Deffontaines met en scène la démarche qu’il a réellement suivie : dans Les Hommes et leurs travaux dans les pays de la Moyenne Garonne (1932) et selon les chapitres, il remonte plus ou moins loin dans le passé : jusqu’au moment où se sont mis en place les traits qu’il observe aujourd’hui. La géographie humaine française d’inspiration vidalienne fait ainsi une large place à la démarche historique. Elle ne présente pas, en revanche, de tableaux des espaces qu’elle analyse saisis à tel ou tel moment du passé : les temporalités qu’elle met en évidence sont celles des objets géographiques que le présent révèle, mais qui existent depuis déjà plus ou moins longtemps.



La géographie historique française excelle à évoquer l’évolution des structures agraires (Bloch, 1931 ; Dion, 1934), de la culture de la vigne (Dion, 1959), des siècles obscurs du Maghreb (Gautier, 1927) ou du paysage français (Pitte, 1984). Elle ne présente pas de portrait daté d’un pays. Le Tableau de la géographie de la France (Vidal de la Blache, 1903) dessine les traits traditionnels du pays (le volume sert d’introduction à l’Histoire de France des origines à la Révolution, que dirige Ernest Lavisse), mais sans préciser à quel moment ils ont pris naissance. Certains auteurs poussent cette logique à l’extrême. C’est le cas de Xavier de Planhol. Sa Géographie historique de la France (1988) aurait pu se structurer autour d’un certain nombre de vues fixes et datées. Ce n’est pas le parti qu’il retient. L’ouvrage ne distingue que deux temps : celui, très long et qui prend généralement fin au XIXe siècle, où la différenciation des paysages ne cesse de s’accentuer ; celui, relativement bref, où la tendance est à l’uniformisation. C’est la période de différenciation qui paraît la plus riche à Xavier de Planhol : il me demande de traiter de la seconde phase, qui l’intéresse moins.



C.Autour des paysages agraires : la géographie rénove l’histoire



Les géographes français de la fin du XIXe siècle et du début du XXe inventent une autre façon de concevoir la recherche historique. Ils ne partent pas des archives et de l’écrit. Les paysages et les genres de vie ont longtemps échappé à l’attention des élites qui encadraient les sociétés. Les savoir-faire, les tours de main, les connaissances empiriques que mobilisaient agriculteurs, pasteurs, forestiers, mineurs, artisans n’étaient consignés nulle part : ils faisaient partie de la sphère de l’oralité et de ce qui se transmet par le geste et l’imitation. Les historiens ignoraient ces domaines. Ils s’appuyaient sur les traces écrites des civilisations passées. Celles-ci traitaient de l’action des princes et des grands capitaines. Elles passaient sous silence les masses populaires.



Une réaction s’était dessinée au milieu du XIXe siècle : des travaux d’histoire sociale et d’histoire économique étaient apparus, mais ils reposaient essentiellement sur l’exploitation de témoignages écrits : rapports de police sur les grèves et les mouvements sociaux, mercuriales de prix, relevés salariaux, actes notariés enregistrant les contrats de travail. Dans le monde rural, ces documents étaient souvent rares : on ne connaissait souvent que la condition juridique des terres et de ceux qui les travaillaient. Les efforts faits pour saisir en totalité les mondes passés étaient limités par le privilège donné à l’écrit. L’archéologie, qu’elle soit historique ou préhistorique, ouvrait d’autres perspectives, puisqu’elle appréhendait les sociétés d’hier à travers leurs outils, les restes de leurs artefacts et les ruines de leur habitat. Mais le matériel analysé provenait souvent de tombes, si bien qu’il résultait de choix dont la logique n’était pas facile à percer. Dès que l’archéologue tombait sur une inscription, c’est à elle qu’allaient ses efforts, car il retrouvait le terrain familier de l’histoire.



Les perspectives qu’ouvrent les géographes sont différentes : ils traitent de l’activité même des classes laborieuses et l’appréhendent à travers leurs genres de vie et les marques que ceux-ci ont imprimées dans les paysages et dans l’habitat. Les étudiants en histoire bénéficient, à l’époque, de la même formation que les géographes : ils ne s’y trompent pas. Ils se passionnent pour ces nouveaux objets sur lesquels Vidal de la Blache et les Vidaliens attirent l’attention. Lucien Febvre comprend parfaitement ce que l’on peut tirer de l’analyse des divisions régionales :



«  La Franche-Comté n'est pas une région naturelle […]. Il n'y a pas de région naturelle pour servir de cadre, de lit à cette province. C'est l'homme qui l'a bâtie, à partir d'éléments très divers détachés par lui de grands ensembles géographiques : les Vosges, la plaine de la Saône et le Jura, auxquels ils appartenaient naturellement »  (Febvre, 1905, p. 75-76).



Febvre n’attend pas de la géographie qu’elle lui offre un cadre tout tracé où développer l’analyse historique. Elle l’invite à explorer une histoire généralement négligée, celle de la construction des cadres territoriaux :



«  Ainsi une région, une contrée, un pays n'est pas un ensemble de ressources, de productions mortes. C'est un réservoir d'énergie, de forces vivantes, qui, en accord avec un mouvement perpétuel, pratiquent le secours mutuel, résistent et se substituent l'une à l'autre et s'adaptent aux nouvelles conditions perpétuellement engendrées par le mouvement du temps lui-même »  (ibid., p. 16).



Cette histoire ne s’inscrit pas dans les cadres chronologiques généralement acceptés. Les évolutions qu’elle appréhende sont lentes, même si elles comportent aussi des coupures, des révolutions. L’Ecole des Annales doit une bonne partie de son originalité à ce que Marc Bloch et Lucien Febvre tirent de la géographie : un élargissement des perspectives qui conduit l’historien à mettre en œuvre des démarches imaginées par les géographes – ou par les spécialistes des autres sciences sociales. La Société féodale souligne admirablement ce que Marc Bloch (1935) a appris de la géographie de son temps (Claval, 2012) : avant d’aborder les dimensions sociales de la vie féodale (les liens du sang, la vassalité et le fief, puis les classes et le gouvernement des hommes), il s’attache aux conditions matérielles qui prévalaient à l’époque. Il analyse pour cela les rapports des groupes à leur environnement : c’est de cela que traitent Les Caractères originaux de l’histoire rurale française (Bloch, 1931).



L’essentiel, en ces temps, est de produire les blés indispensables à l’alimentation des hommes : cela implique la mise au point de rotations qui évitent l’épuisement des terres et assurent l’alimentation du bétail dont on attend travail et fumures. L’outillage, araire ou charrue, constitue une autre variable. Plusieurs solutions sont possibles.



«  D’abord un type de sol pauvre et d’occupation lâche, longtemps tout à fait intermittent et qui toujours – jusqu’au XIXe siècle – demeura telle, pour une large part : régime des enclos. Viennent ensuite deux types d’occupation plus serrée, comportant tout deux, en principe, une emprise collective sur les labours, seul moyen, vu l’extension des cultures, d’assurer entre les moissons et le pacage l’équilibre nécessaire à la vie de tous – tous deux,  par conséquent, sans clôtures. L’un, que l’on peut dire ‘septentrional’, a inventé la charrue et se caractérise par une cohésion particulièrement forte des communautés ; son signe visible est l’allongement des champs et leur groupement en séries parallèles. Probablement, ce fut des mêmes milieux que partit l’assolement triennal […]. Le second des deux types ouverts, […] qu’il est permis pour simplifier […] d’appeler ‘méridional’, unit la fidélité au vieil araire et […] à l’assolement biennal, avec, dans l’occupation et la vie agraire elle-même, une dose sensiblement moins forte d’esprit communautaire »  (Bloch, 1931, p. 64-65).



A la suite de Marc Bloch et durant une génération, la géographie historique française se consacre pour l’essentiel à l’histoire des paysages agraires – les historiens prenant plus tard le relais des géographes en ce domaine.



D.Structures géographiques, longue durée en géohistoire



Il faut cependant attendre la génération de Fernand Braudel, pour que la logique profonde de la géographie historique d’inspiration vidalienne soit totalement dégagée. La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II (1949) met en scène trois temporalités : (i) celle du cadre géographique et des modes de production et de circulation que les hommes mobilisent pour vivre ; (ii) celle de l’économie, de ses oscillations et de ses crises, et (iii) celle de l’histoire au sens classique : dynamique des Etats, action des politiques et des militaires, luttes, guerres, révolutions. Ces trois temporalités interfèrent évidemment : pour comprendre l’histoire, il convient de les analyser toutes trois.



Fernand Braudel résume la leçon de La Méditerranée et le monde méditerranéen… dans l’article qu’il consacre, dans Annales. Economies, Sociétés, Civilisation à la longue durée (Braudel, 1958) : c’est bien cela que la géographie vidalienne a apporté à l’histoire. Ce qu’elle a invité à écrire, ce n’est pas de la géographie historique, au sens habituel du mot, c’est de la géohistoire : un exercice qui a pour but de mener parallèlement l’analyse de toutes les temporalités à l’œuvre dans le milieu naturel et dans la vie sociale : celles qui sont liées à l’environnement ; celles qui reflètent l’inventivité technique des hommes ; celles qui résultent des formes de sociabilité qu’ils savent nouer  et des institutions qu’ils créent ; celles qui retracent l’action des sphères dirigeantes.



Ecrire la géohistoire des sociétés et des constructions politiques est difficile. Le seul à s’être résolument lancé dans ce genre est Braudel lui-même. Il en conçoit très tôt le programme, comme en atteste un de ses cahiers de captivité (Braudel 1997). Il s’y applique trois fois, pour la Méditerranée d’abord (1949), à propos de la montée du capitalisme ensuite (1967-1979), autour de l’Identité de la France (1986) enfin. Les résultats sont inégaux – l’Identité de la France déçoit, mais peut-être seulement parce que l’ouvrage est resté inachevé.



III-De Eduard Hahn à Sauer : la genèse d’une géohistoire environnementale



C’est en France qu’est née la géohistoire. Elle y prend une forme essentiellement sociale et économique. C’est aux Etats-Unis, mais en s’inspirant de recherches allemandes, que se construit la géohistoire environnementale.



A.Les racines allemandes : Eduard Hahn et Otto Schlüter



Au départ, il y a Eduard Hahn. De formation naturaliste, il s’intéresse aux plantes et aux animaux sur lesquels repose l’existence des agriculteurs et des pasteurs (Hahn, 1892 ; 1896a ; 1914). C’est donc vers la préhistoire qu’il se tourne – vers la néolithisation plus précisément. Dans certaines régions du globe, le passage à l’agriculture et à l’élevage a été simultané. Dans d’autres, la domestication des plantes n’est en rien liée à celle des animaux. C’est dans les steppes du Croissant fertile que la culture des céréales apparaît d’abord. C’est là aussi que l’on commence à domestiquer les bovins, les ovins et les chevaux. Est-ce dans le but de mobiliser leur force et de faciliter les travaux agricoles, ou pour disposer de nouvelles ressources alimentaires, que l’on se met ainsi à élever des animaux ? Ce n’est pas ce que les documents archéologiques et l’interprétation des mythes suggèrent à Eduard Hahn : la mutation a des racines religieuses (Hahn, 1896b).



Les deux structures que constituent les agricultures à la houe (celles auxquelles aucun élevage n’est associé) et les agricultures à la charrue, auxquelles conduit très vite la domestication des animaux, se mettent ainsi en place très tôt et dans des contextes différents, ; elles opposent, depuis, les pratiques qui dominent l’Ancien Continent du Japon à l’Irlande en passant par la Chine, l’Indochine, l’Indonésie, l’Inde, l’Asie centrale, le monde méditerranéen et l’ensemble de l’Europe à celles qui caractérisaient, avant les contacts, le Nouveau Monde, l’Afrique sub-saharienne, l’Océanie et certaines régions peu pénétrables de l’Asie du Sud et du Sud-Est.



La piste qu’exploite Otto Schlüter diffère de celle ouverte par Eduard Hahn : il s’attache aux paysages plus qu’aux techniques de ceux qui les transforment (Schlüter, 1899). La géographie qu’il propose retrace l’humanisation de l’environnement, ses modalités et ses conséquences (Schlüter, 1928 ; 1952-1958). En Europe centrale, qu’il étudie plus particulièrement, l’accent est mis sur la déforestation et la mise en culture. Schlüter reconstitue les reculs ou les avancées des boisements au cours de l’histoire. Il mobilise pour ce faire les méthodes que les sciences naturelles sont en train de mettre au point : dendrochronologie, analyse des pollens conservés dans les tourbes, étude des sédiments holocènes, etc. Il repère ainsi les crises profondes que subit parfois l’environnement, puis les phases où les conditions d’exploitation deviennent plus stables.



Du début du XXe siècle aux années 1960,  la géographie allemande, qui est axée sur le paysage, doit beaucoup à Otto Schlüter : elle se présente souvent comme une géohistoire de l’environnement humanisé. C’est cependant outre-Atlantique que les recherches de ces précurseurs allemands portent surtout leurs fruits.



B.Carl Sauer et la géohistoire environnementale



Carl Sauer naît dans une petite communauté d’immigrants allemands installés dans l’Arkansas (Sauer, 1956 ; 1963). Son père, qui y enseigne l’allemand, veille à ce qu’il reçoive une solide instruction, complétée par un long séjour en Forêt Noire. Le résultat, c’est que Sauer est aussi sensible à ce qui se fait aux Etats-Unis et dans le monde anglophone qu’en Allemagne. Il connaît également le français – et la géographie française. Sa formation de géographe, il l’acquiert dans le Middle West – c’est la partie des Etats-Unis où, au début du XXe siècle, la discipline est la mieux implantée. Ceux qui la pratiquent ont le souci de la doter de méthodes rigoureuses. Sauer tire profit de leurs enseignements. C’est avec ce bagage qu’il s’installe en Californie, où il enseigne à Berkeley à partir de 1923. Il s’y lie avec un anthropologue, Alfred Kroeber, qui l’initie aux études amérindiennes. Il découvre aussi, dans le Mexique voisin, une civilisation rurale qui diffère profondément de celle qui s’est imposée aux Etats-Unis. Il consacre désormais une grande partie de ses recherches aux communautés amérindiennes et aux établissements coloniaux espagnols. De sa connaissance de la géographie allemande, il tire un certain nombre d’idées-forces : l’approche se fait sur le terrain, à travers le paysage ; le but est d’évaluer les transformations que l’humanisation y a induites, ce qui suppose un travail patient de botaniste et de zoologue : lui seul permet de repérer les espèces que l’homme a volontairement apportées et celles dont il a seulement facilité la propagation. La géographie que pratique Sauer voit dans les paysages des ensembles naturels remodelés par les groupes humains. Elle reconstitue leur genèse, retrace leur évolution et mesure l’impact à long terme de ces transformations. La géohistoire environnementale de Sauer attache un prix particulier aux processus de diffusion, ce qui est normal dans un pays balayé par des fronts pionniers successifs.



Ce que la démarche de Sauer partage avec celle des Vidaliens français, c’est l’idée que les réalités géographiques sont des structures qui ont une temporalité propre – d’où l’accent qu’il place aussi sur la longue durée. Ce par quoi sa perspective diffère, c’est qu’elle s’attache moins aux agents de la transformation, aux hommes, aux genres de vie, qu’aux résultats de celle-ci tels qu’on peut les lire dans les espaces cultivés, dans ceux qui l’ont été et sont retournés à la friche ou à la forêt, ou dans les artefacts et constructions que les hommes ont mis en place.



Cette géohistoire environnementale est volontiers critique vis-à-vis des méthodes mobilisées par les colons installés en Amérique du Nord ou dans d’autres environnements jusque-là peu humanisés : Sauer juge très sévèrement le gaspillage des ressources et le massacre des milieux naturels qui caractérisent les Etats-Unis du XIXe et du XXe siècles (Sauer, 1938 ; 1947). C’est à travers des ouvrages comme Agricultural Origin and Dispersals (1952) que l’on mesure le mieux l’originalité de son approche.



Ses élèves développent ses idées dans deux directions. (i) Une partie travaille sur les sociétés et l’espace nord-américains et reconstitue le cheminement, vers l’intérieur du continent, des différents types d’habitat élaborés par les colons à leur arrivée sur la côte Est (Kniffen, 1965). (ii) L’autre s’attache aux transformations des environnements naturels dont l’homme est responsable. L’étude la plus célèbre en ce domaine est sans doute celle qu’Andrew Clark (1949) consacre à la destruction de la faune et de la flore indigènes dans l’île du Sud de Nouvelle-Zélande sous l’impact de la colonisation. En Amérique même, les travaux consacrés à ces thèmes soulignent l’ampleur de l’humanisation du Nouveau Continent par les Amérindiens, ce qui conduit à réévaluer leurs effectifs au moment des premiers contacts, comme le font les travaux de Denevan (1977). Quelques-uns des ouvrages contemporains dont le succès éditorial est le plus grand s’inspirent de ce courant : Biological Imperialism de A. Crosby (1986), 1491. New Revelations of the Americas before Columbus de Charles Mann (2005/2007), ou Collapses. How Societies Choose to Fail or to Succeed de Jared Diamond (2005/2006). Leur pertinence dans le monde actuel vient de l’orientation écologique qu’a toujours eue l’école de Berkeley.



IV-Darby, Broek et la géographie historique de langue anglaise



A.Broek et Darby



L’orientation que prend la géographie historique de langue anglaise est dans l’ensemble différente. Aux Etats-Unis, Derwent Whittlesey (1929) avait essayé de codifier cette démarche en lui assignant un rôle précis : fournir des tableaux successifs de la physionomie d’une région ou d’un  pays à certaines dates. C’est ce qu’il appelait sequent occupance. Un géographe américain d’origine néerlandaise, C. O. Broek, prend le contrepied de cette position dans l’étude qu’il consacre en 1932 à The Santa Clara Valley, California : a Study in Landscape Change. Il y analyse à la fois les formes successives prises par l’occupation du sol et les évolutions qui en expliquent la genèse.



C’est en Grande-Bretagne que ces idées trouvent leur formulation définitive. Les recherches géographiques sur le passé y portent la marque de Clifford Darby. Celui-ci ne cherche pas à saisir les temporalités propres aux objets spécifiquement géographiques. Il accepte les cadres temporels définis par les historiens. Ses recherches portent d’abord sur les Fens, cette vaste zone de marais qui s’ouvre au Nord de l’Est-Anglie, et dont  Cambridge est proche (Darby, 1940a et b). Son propos est d’abord d’écrire une monographie régionale, celle de cet ensemble à l’époque médiévale, mais la région est si singulière qu’il est conduit à insister sur l’histoire complexe de l’endiguement et de l’assèchement dont est né le milieu moderne. Comme aux Pays-Bas, les terres sont toujours menacées par les eaux, celles des inondations provoquées par les fortes pluies, et celles qui viennent du gonflement de la mer lors des grandes marées ou du passage de dépressions exceptionnelles. Les Fens sont une longue création humaine, que Clifford Darby reconstitue du Moyen Age au XVIIe siècle, lorsque de grands ingénieurs hollandais achèvent d’en maîtriser les eaux. C’est donc à l’étude des processus à l’œuvre sur une période assez longue que Darby s’attache d’abord.



Les recherches de Clifford Darby lui valent très tôt la notoriété. Il est ainsi appelé à diriger un ouvrage sur la géographie historique de l’Angleterre. Publié avant la guerre (Darby, 1936), il est repris après celle-ci (Darby, 1973). Darby a conscience des deux perspectives qu’appelle une telle entreprise : elle peut se concevoir comme la reconstitution du visage d’un pays à certains moments (il parle de ‘thèmes horizontaux’), ou bien comme l’analyse des processus de changement géographique qui y sont à l’œuvre (ce sont ses ‘thèmes verticaux’).



A l’instar de Broek, Darby distingue donc deux types d’analyses, qui alternent (Darby, 1951 ; 1952). Certaines dressent un tableau de  ce qu’était l’Angleterre à telle ou telle date. Si l’ouvrage ne contenait que ces développements, il ne permettrait pas de suivre en continu les transformations du pays : au lieu de se présenter comme un film, le devenir de l’Angleterre se réduirait à la projection d’un certain nombre de vues fixes. Pour animer cette histoire et passer d’un tableau géographique à l’autre, il convient d’intercaler des chapitres qui traitent du devenir des populations, des activités économiques et des paysages au cours du temps qui les sépare.



La géographie historique que propose ainsi Darby, avec sa succession d’images arrêtées et de séquences filmées, s’inscrit dans la trame temporelle élaborée par les historiens. Les vues fixes sont cependant déterminées par les dates où l’on dispose de données nombreuses et fiables. En Angleterre, le Domesday Book, grande enquête fiscale menée par Guillaume le Conquérant en 1086, vingt ans après la Conquête, recense les hommes, les terres, les troupeaux, les carrières et les mines de l’ensemble du Royaume. C’est un document inestimable. Clifford Darby décide de l’exploiter : avec l’équipe qui l’entoure, il met plus de trente ans à le faire pour l’ensemble du pays (Darby, 1977). C’est qu’une exigence méthodologique particulière s’impose à qui s’intéresse à la géographie historique : le travail mené diffère de celui de l’historien par un trait essentiel : toutes les données numériques doivent être cartographiées. C’est particulièrement difficile dans le cas du Domesday Book, car, selon les régions, les forêts, par exemple, sont mesurées par leur extension du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, par leur superficie (mais les unités ne sont pas les mêmes d’une partie à l’autre de l’Angleterre) ou par la taille des troupeaux de porcs qu’elles sont capables de nourrir !



B.L’influence de Darby



L’influence qu’exerce Darby est considérable en Grande-Bretagne et dans l’ensemble du monde anglophone. A Cambridge, où se situe le département pilote en matière de géographie historique, Alan Baker (1968 ; 1980), qui forme des générations de jeunes spécialistes en ce domaine, lui voue un véritable culte, ce qui ne l’empêche pas de faire évoluer les problématiques. La plupart des grandes entreprises de géographie historiques des trente années qui suivent la Seconde Guerre mondiale s’inspirent directement de Darby : c’est en particulier le cas de l’histoire de l’Europe que rédige Norman Pounds (1973-1979). Britannique installé aux Etats-Unis, la démarche qu’il met en œuvre s’inscrit dans la même perspective que celle développée par Darby.



Ralph Brown, le grand maître de la géographie historique américaine du milieu du XXe siècle, pratique aussi bien le tableau daté que l’étude des séquences de transformation. Mirror for Americans, qui le fait connaître en 1943, reconstruit l’image de la façade atlantique des Etats-Unis en 1810. Cinq ans plus tard, sa géographie historique des Etats-Unis alterne les tableaux datés et l’étude des transformations (Brown, 1948). Celles-ci prennent une coloration particulière, dans la mesure où elles sont marquées par la poussée des fronts pionniers et la conquête de la totalité de l’espace entre les deux Océans par la colonisation. Un style original de géographie historique s’impose donc dans le monde de langue anglaise dans les trente ans qui suivent la Seconde Guerre mondiale. Il conduit à la rédaction de grandes synthèses, qui appréhendent un pays (l’Angleterre, les Etats-Unis) ou un continent (l’Europe) à travers une alternance de tableaux datés et de séquences évolutives.



Toute la géographie de langue anglaise ne s’inscrit cependant pas dans la perspective illustrée par Darby. Dans la mesure où il fait la part plus large à l’environnement, Don Meinig est plus proche de Sauer, mais il innove surtout en s’attachant aux diverses options retenues par les pionniers dans les milieux secs de l’Australie méridionale (1962) ou de l’Ouest des Etats-Unis (1968 ; 1971), ou à l’évolution des conceptions géostratégiques qui modèlent l’Amérique du Nord (Meinig, 1886-2004). En Australie, Joe Powell (1975 ; 1988) développe des perspectives assez voisines. Il en va de même de M. Williams dans ses travaux sur la forêt américaine (1989).



Dans le même temps, les monographies continuent, dans le monde de langue anglaise comme en France, à s’attacher plus particulièrement à l’histoire des campagnes et des systèmes agraires (Campbell, 2000 ; Dodgshon, 1980).



V-La géographie historique après le tournant culturel



La Nouvelle Géographie des années 1950 et 1960 a peu d’impact sur l’écriture de la géographie historique, car elle s’intéresse surtout aux aspects théoriques de la discipline et aux méthodes quantitatives. Fascinée par les processus, elle ouvre cependant des perspectives intéressantes sur les faits de diffusion, comme en témoignent les travaux de Torsten Hägerstrand (1968) ou d’Allan Pred (1972).



Géohistoire économique et sociale, géohistoire environnementale et géographie historique à la manière anglaise ou américaine s’inscrivent dans la perspective de la géographie classique, marquée (i) par une curiosité très forte pour les relations des groupes humains à leur environnement, (ii) par un souci de scientificité qui interdit de s’attacher à la subjectivité des acteurs géographiques, et (iii) par une volonté de neutralité, qui limite l’engagement social et politique du chercheur. La Nouvelle Géographie, qui se développe de la fin des années 1950 au début des années 1970, est également conçue dans un cadre proche du positivisme classique – celui du néo-positivisme de l’école de Vienne. Ces présupposés s’effacent à partir de 1970. Cela entraîne une transformation profonde de la géographie et de la géographie historique. On en prend progressivement conscience : comme on le dit à partir de la fin des années 1990, la géographie connaît un tournant culturel.



A.Perspective critique et engagement social



L’accent sur les paysages et la dimension environnementale de la discipline avait conduit la géographie historique classique à privilégier le passé rural et ses évolutions lentes. Jusque-là négligés, le monde industriel et les villes attirent de plus en plus de chercheurs. En Grande-Bretagne, beaucoup abordent ces problèmes dans une perspective historique, qu’il s’agisse de Derek Gregory 1982), de Langton (1979 ; 1984), de Dennis (1984), d’Overton (1996) : il s’agit de raconter la révolution industrielle là où elle est née, d’analyser la révolution agricole qui en est le pendant, et de souligner les spécificités de la géographie sociale à laquelle elles donnent naissance. Les perspectives de ces auteurs sont fortement marquées par le radicalisme plus ou moins marxiste qui est alors à la mode en Grande-Bretagne



La société qui se met en place dans les grandes métropoles du XIXe siècle invente la modernité : d’où la fascination qu’exerce Paris sur un géographe comme David Harvey. C’est que cette modernité se traduit par une mutation sociale qu’accentue l’action de Haussmann (Harvey, 1985 ; 2003) : elle aboutit à la Commune et à la réaction que dirige alors la bourgeoisie parisienne ; le Sacré Cœur est là pour rappeler à tous la faute immense qu’a constituée cette révolution (Harvey, 1979) !



B.La géographie historique des représentations



Le tournant culturel va plus loin. Il provoque une révision des objectifs de la géographie historique : il ne s’agit plus de dresser l’état d’une région ou d’un pays à un moment donné du passé ou de préciser les dynamismes à l’œuvre au cours de telle ou telle période ; le propos n’est plus de saisir les temporalités propres aux objets géographiques et la manière dont elles se combinent à d’autres temporalités. C’est aux acteurs que l’on s’attache désormais, à la manière dont ils vivent leur temps, dont ils perçoivent les espaces où ils évoluent et ceux avec lesquels ils sont en relation.



Ces approches n’avaient pas été ignorées par la génération précédente, même si elles étaient peu nombreuses. Clifford Darby s’était amusé à reconstituer la géographie imaginaire du Wessex telle que la peignait Thomas Hardy (1948). John Kirtland Wright (1947) avait insisté sur le rôle de l’imagination en géographie. Dès 1927, il avait exploré le monde des Croisades en s’interrogeant sur les savoirs géographiques mis en œuvre par les acteurs géographiques du temps.



Deux idées avaient ainsi émergé. La première, c’est que le passé est fondamentalement différent du présent, parce que sa culture diffère de la nôtre : «  Le passé est un pays étranger » , selon la belle formule de David Lowenthal (1985). La seconde, c’est que la prise en compte des attitudes et des comportements compte au moins autant que celle des aptitudes naturelles dans l’explication des évolutions historiques : c’est la leçon de l’Histoire de la vigne et du vin en France de Dion (1959). L’ouvrage est révolutionnaire parce qu’il rompt avec l’environnementalisme jusque-là dominant dans ce type de travaux, et part des aspirations et des projets des producteurs et des consommateurs : on offre à boire pour honorer ses hôtes, ce qui suppose que le vin soit de qualité. Toute la course aux vignobles de cru sort de là.



Le renouveau de la géographie historique tient à ce qu’elle ne s’arrête plus aux structures, mais s’attache à la manière dont celles-ci ont été façonnées par l’initiative humaine (human agency, disent les auteurs de langue anglaise), comme le soulignent Cole Harris en 1971 ou Derek Gregory en 1981. Le courant radical de langue anglaise accorde très vite un large intérêt aux problèmes des représentations, comme le montrent les travaux de James Duncan sur Kandy (1990), ou ceux de Denis Cosgrove (1993) sur les paysages palladiens de la Vénétie à la jointure des XVIe et XVIIe siècles. Alan Baker théorise le mouvement (1984 ; 1992). D’autres dimensions sont également explorées, celle du souvenir par exemple (Johnson, 2003), ou de l’identité (Matless, 1998). La philosophie critique française à la manière de Michel Foucault ouvre de nouvelles perspectives, qui sont rapidement exploitées dans le monde de langue anglaise par les élèves de Baker, Felix Driver par exemple, dans son travail sur les Workhouses (1993) – un bel exemple d’exclusion sociale forcée à l’époque où le capitalisme triomphe et développe les techniques de surveillance. Les curiosités d’Ogborn (1998), de Hannnah (2000) et de Chris Philo (2004) sont assez proches, mais la vue la plus synthétique sur les rapports du pouvoir à l’espace, dans une perspective historique, est sans doute celle de Cole Harris (1991). L’orientation radicale entraîne le succès des thèmes post-coloniaux : la géographie historique s’attache à l’impérialisme européen, à la construction des empires coloniaux (Butlin, 2009), aux conceptions qu’ils mettent en œuvre (Driver, 2001) ou aux paysages qu’ils font naître (Clayton, 2000).



Le tournant culturel va un pas plus loin lorsqu’il s’attaque à la globalisation. Peter Taylor (1999) en suit la traduction idéologique des Pays-Bas à l’Angleterre et aux Etats-Unis du XVIe siècle à aujourd’hui – c’est une façon d’élargir les géohistoires à la manière de Braudel ou de Wallerstein. Edward Said (1978) ouvre des perspectives nouvelles sur les rapports de domination dans un monde globalisé : ses vues sur l’orientalisme influent profondément sur la plupart des travaux consacrés aux géographies impériales. La domination y est souvent véhiculée par la manière dont le monde est dit et écrit, comme le souligne Ogborn (2007) dans le cas de la Compagnie anglaise des Indes orientales. La globalisation fait connaître d’autres mondes aux Occidentaux : elle les oblige à inventer de nouvelles manières de penser l’altérité. Pourquoi ne pas situer les formes sociales auxquelles on aspire dans les mondes que l’on est en train de découvrir ? C’est à ce mouvement que s’attache Jean-François Staszak dans Les Géographies de Gauguin (2003). Il mène ces recherches un pas plus loin dans les travaux qu’il consacre depuis à l’exotisme.



 



La géographie historique est longtemps apparue comme un domaine un peu mineur de la discipline. Cela tenait au rôle qu’elle avait joué au temps où elle était servante de la cartographie, puis de l’histoire. Elle s’est progressivement émancipée. A partir du moment où la géographie humaine naissante met en évidence l’existence d’objets géographiques créés par les hommes au sein du cadre environnemental dans lequel ils évoluent, elle ouvre de nouvelles perspectives à la géographie historique : celles-ci s’attachent ainsi aux temporalités que l’exploitation et l’aménagement de l’espace imposent aux sociétés humaines, à la manière des recherches françaises et germano-américaines, et les réinsèrent dans les découpages temporels auxquels les historiens sont habitués, à la manière d’une partie de la géographie historique britannique ou américaine. Le tournant culturel élargit encore le champ de la géographie historique, qui devient plus engagée, plus ‘politique’, mais qui découvre surtout, dans le jeu des représentations, un immense domaine qu’elle s’emploie à explorer.



Les ouvrages de synthèse et de réflexion sur la géographie historique se multiplient (Baker, 1980 ; 1992 ; 2003 ; Boulanger et Trochet, 2005 ; Butlin, 1992 ; Graham et Nash, 1999 ; Morrissey et al., 2009 ; Trochet, 1997 ; 1998) : la discipline est entrée dans sa phase de maturité.



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