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n°2 mai 2013 : Géographie historique des paysages en Allemagne:

Les Monts métallifères : un paysage minier au Patrimoine mondial de l’UNESCO ?

Michel Deshaies


Par Michel Deshaies (Professeur des Universités en géographie à l'Université de Lorraine, directeur de l'équipe d'accueil Loterr)



Résumé : Haut-lieu de l’exploitation des métaux pendant des siècles, les Monts métallifères en ont hérité un paysage caractéristique. Les sièges d’extraction minière, les multiples petits terrils, les effondrements miniers et de nombreux aménagements hydrauliques témoignent aujourd’hui encore, de l’importance passée de ces activités. Si la plupart des mines ont été fermées dès le XIXè s., certaines activités comme l’extraction de l’uranium ont connu un grand développement après la Seconde guerre mondiale et ont laissé une empreinte très profonde en cours de réhabilitation. Depuis la Réunification allemande, toute activité minière a cessé et l’on s’efforce aujourd’hui de mettre en valeur le patrimoine paysager laissé par les mines dans le cadre de la candidature au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’existence d’un riche héritage de culture scientifique et technique incarné par la Bergakademie de Freiberg a permis de porter la candidature qui sera présentée à l’UNESCO en 2014.



Mots-clés : paysage minier,  Monts métallifères, terrils, patrimoine, UNESCO



Abstract: The Ore mountains, a mining landscape as UNESCO world heritage? High-rise exploitation of metals for centuries, the Ore Mountains have inherited a landscape feature. Collieries, many small heaps, mine collapses and many water projects evidenced today, the former importance of these activities. If most of the mines have been closed since the nineteenth s., certain activities such as uranium mining have been a great development after the Second World War and left a very deep mark in the course of rehabilitation. Since German reunification, all mining activity has ceased and it is now trying to enhance the landscape heritage left by the mines under the World Heritage nomination of UNESCO. The existence of a rich legacy of scientific and technical culture embodied by the Bergakademie Freiberg helped to bring the application to be submitted to UNESCO in 2014.



Key-words: mining landscape, Ore mountains, heaps, heritage, UNESCO



Introduction



Les Monts métallifères présentent l’un des paysages les plus originaux du Mittelgebirge. Massif de moyenne montagne aux vastes horizons, il se différencie fortement des autres massifs germaniques par la faiblesse de sa couverture forestière qui va de pair avec la densité du peuplement (photo 1). Cette physionomie originale résulte d’une longue histoire minière qui a laissé une empreinte très profonde dans les paysages et est à l’origine d’un Kulturlandschaft, au sens d’un paysage hérité construit par les différentes activités liées à l’exploitation minière. Mais les Monts métallifères ne sont pas seulement un paysage remarquable, ils sont aussi le berceau de toute une culture technique et scientifique née des nécessités de l’exploitation des mines et illustrée par la prestigieuse Bergakademie de Freiberg, la première École des mines créée dans le monde.



Si toutes les mines sont fermées, pour la plupart depuis longtemps, il en reste un très riche patrimoine presque omniprésent dans les paysages urbains, comme dans les montagnes elles-mêmes, à travers un vaste ensemble d’anciens sites miniers souvent mis en valeur pour le tourisme. Le passé minier et ses héritages continuent à vivre dans la mémoire de ses habitants et servent de support au projet de classement de ce Kulturlandschaft au patrimoine mondial de l’UNESCO.





Photo 1 : vue des Monts métallifères près du village de Hohndorf, entre Zschopau et Marienberg. Noter l’étendue des espaces agricoles et la régularité du plateau qui s’élève à près de 600 m d’altitude.



1 –la constitution d’un Kulturlandschaft emblématique



Comme bien d’autres massifs du Mittelgebirge, les Monts métallifères forment un bloc quadrangulaire de hautes terres constituées de roches du socle hercynien inégalement soulevées. Il en résulte une dissymétrie du relief particulièrement marquée entre le nord et le sud du massif. Alors qu’en venant du nord, côté saxon, on gagne progressivement en altitude sur une succession de surfaces régulières, culminant à un peu plus de 1200 m à la frontière avec la Bohême, le versant sud du massif, côté tchèque, est très court et retombe brutalement sur le fossé d’effondrement de l’Eger. Bien que la plus grande partie du massif soit constituée de plateaux s’étageant entre 400 et 800 m d’altitude (fig . 1), l’ambiance montagnarde reste presque partout présente, d’une part en raison d’un climat rude, humide et froid et d’autre part du fait de l’encaissement des vallées qui dépasse 200 m et même souvent 300 m dans la partie centrale, autour d’Annaberg-Buchholz et de Marienberg. C’est le type même du Bergland, qui désigne dans les pays germaniques les régions accidentées, à caractère montagnard malgré des altitudes médiocres.