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N°10-11 mai 2017 : Géographie historique et guerres:

"La limite de la zone des patrouilles": dimensions et représentations de la guerre des côtes

Frederic Saffroy


Par Frédéric Saffroy (Chercheur associé à l'IRHIS-GIS d'Histoire et sciences de la Mer, Avocat à la Cour)



Résumé : Pendant des siècles, le combat naval ne se concevait qu’à proximité des côtes. Leur connaissance était essentielle, tant pour les attaquants que les défenseurs. Pourtant, la cartographie moderne est longtemps demeurée scindée entre cartographies terrestre (topographique) et maritime (hydrographique). Avec l’accroissement du tonnage et de l’autonomie des navires, l’augmentation de la puissance des armes et l’irruption de la troisième dimension (aviation et sous-marins), une cartographie précise et sans rupture entre milieux terrestre et maritime devint nécessaire. C’est au cours des deux conflits mondiaux que se mit progressivement en place une cartographie spéciale, assurant un continuum mer-terre et fournissant aux combattants des renseignements étendus sur le milieu littoral. Grâce aux technologies du XXIe siècle, cette cartographie, désormais électronique, offre une connaissance accrue de la frange côtière.



Mots clefs : guerre de côtes – débarquements – cartographie – cartes topographiques – cartes nautiques



Abstract: For centuries, naval warfare was only conceivable in shallow waters. Littoral intelligence was therefore key for both attack and defence. Nevertheless, modern cartography remained split between land maps and nautical charts. With ships’ growing tonnage and autonomy, weapons’ enhanced power and the upsurge of the third dimension (aviation and submarines), an accurate mapping with a continued sea-land coverage became necessary. During both World Wars, a special mapping method was implemented to create dedicated maps-charts, providing soldiers and seamen with extended information on littoral and shallow waters. Thanks to 21st Century technologies, this cartography - now digital - offers in-depth knowledge of the coastal environment.



Keywords: Littoral warfare – landings – cartography – topographical maps – nautical chart"Parallèlement à la côte courait à quelques distances, sur la mer, une ligne pointillée noire : la limite de la zone des patrouilles. Plus loin encore, une ligne continue d’un rouge vif : c’était celle qu’on avait depuis longtemps acceptée d’un accord tacite pour ligne frontière, et que les instructions nautiques interdisaient de franchir en quelque cas que ce fût" (1)



Yves Lacoste a tôt reconnu la dimension géopolitique du Rivage des Syrtes (2). Comme le rappelle Jean-Benoît Bouron dans la revue Le monde des cartes, « Pour Lacoste, Le rivage des Syrtes est un roman géopolitique, parce qu’il évoque les enjeux de territoires et de pouvoirs, la question des limites et des frontières » (3). Pour Gracq, en effet, le fait de se situer à la lisière, en marge, au contact de deux espaces différents est un fort stimulant de l’imagination. Comme il le disait à Jean Carrière en 1986 : « Confins, lisières, frontières, effectivement, sont des lieux qui m’attirent en imagination : ce sont des lieux sous tension. » (4). Sur le rivage, la lisière devient front, interface de contact et de confrontation. Ce caractère hétérogène et fluctuant revêt la frontière maritime d’une dimension supplémentaire d’angoisse et de curiosité, liée à l’inconnu auquel font face les deux acteurs de la guerre de côtes que sont le marin et le soldat. Ils sont tous deux confrontés au « territoire du vide » cher à Alain Corbin (5).



Le seul moyen de percer cet inconnu est l’étude des cartes. Ici encore le géographe Julien Gracq exprime puissamment la fonction de maitrise de l’espace qu’offre la carte : La carte est pour moi un objet vraiment magique : en quelques décimètres carrés, on a tout un pays sous la main et sous les yeux. J’ai un peu le sentiment de posséder un terrain ou une région quand je regarde la carte. (6) A ce titre, la description qu’il donne de la carte des Syrtes étudiée longuement par Aldo dans la « chambre des cartes » est riche de tous les attributs de la sémiologie cartographique de la guerre de côtes : la limite de la zone des patrouilles des flottilles côtières, le trait rouge de la frontière maritime et la référence aux instructions nautiques, indispensables à la compréhension et à l’utilisation des cartes nautiques (7). La guerre de côtes présente la particularité de ne pas se dérouler dans un seul milieu : elle est amphibie. Elle se produit à l’endroit même de la rupture entre la terre et la mer, sur le littoral. Or, ce littoral demeure difficile à cartographier.



Pour le marin, il convient de ne pas trop s’en approcher, en raison des dangers qu’il recèle pour la navigation : récifs, hauts fonds, bancs de sable, courants, etc. En dehors de quelques havres aménagés, le littoral est donc à éviter. Pour le soldat, seule la terre ferme importe. Il appréhende mal l’étendue de la mer et sa mission est de tenir loin du littoral toute force navale qui se présenterait. Il s’attache donc à connaitre son terrain pour y disposer au mieux ses armes en fonction de leur portée. Pour l’un comme pour l’autre, la connaissance de la frange littorale n’est pas vue comme essentielle et celle de l’autre milieu n’est pas vitale. Il leur manque la liaison, la continuité, l’articulation qui permettrait de saisir le littoral comme un espace spécifique de déploiement de forces, plutôt que comme une zone de rupture aux limites incertaines.



Ces deux visions distinctes se sont traduites dans l'histoire par une relation particulière entre la guerre de côtes et sa représentation cartographique. C'est ainsi que de 1771 à 1785, la cartographie des côtes de Bretagne fut entreprise sous les ordres de La Rozière, chargé d'élaborer un plan défensif des côtes (8). En 1791, la Couronne britannique décida la création de l'Ordnance Survey pour étudier la défense des côtes méridionales de l'Angleterre, menacée par la Révolution française. Après la Révolution, c'est grâce aux missions sur la défense des côtes que persiste le dialogue entre le Dépôt de la Guerre et le Dépôt Général de la Marine (9). Comme le rappelle également Olivier Chapuis (10), les plans des côtes de Bretagne levés par Beautemps-Beaupré sous le Consulat et l'Empire sont à usage strictement militaire : la diffusion en est restreinte et leur publication est interdite. L'Ordnance Survey en fait alors de même…



À la fin du xixe siècle, la France, vaincue sur terre et dont le rôle de la Flotte dans la guerre de 1870 est sciemment minimisé, connaît un engouement grandissant pour la guerre de côte, théorisée jusqu'aux polémiques les plus extrêmes par les tenants de la Jeune École. L'amiral Aube et son sectateur, Gabriel Charmes, fondent ainsi les principes de la nouvelle stratégie navale de la France sur une guerre totale menée grâce à l'attaque des côtes de l'ennemi, à la défense de ses propres côtes et à la guerre à outrance au commerce de l'ennemi (l'Angleterre) (11). Après l’échec de cette « politique des torpilleurs côtiers », dont Pelletan fut l’emblématique ministre de la Marine, dans les premières années du xxe siècle il sembla que les théories de la Jeune École pouvaient être remisées avec les autres incongruités de la stratégie navale.



Or, les développements de la Grande Guerre, avec l’irruption du sous-marin en avatar du torpilleur, l’importance de la guerre de mines et l’absence de grande bataille navale (hors le cas unique du Jutland), conduisirent à un retour en grâce de la Jeune École au lendemain du conflit (12). Dès 1917, la marine et la Guerre étudient les principes directeurs d’une défense des côtes moderne, à la lumière notamment de l’échec de l’opération des Dardanelles. Ces travaux conduisirent au décret du 27 décembre 1921 confiant la défense des côtes à la Marine et au projet de loi du 27 mars 1923 sur la défense des frontières maritimes, un des quatre volets du fameux statut naval de 1923.



La réflexion stratégique qui préside à ces travaux est fortement influencée par la révolution dans les armements - avec le perfectionnement de l'artillerie, la maîtrise de la technique des torpilles, la naissance de l'aviation et l'irruption du sous-marin – ainsi que par le progrès des techniques utilisées à la fois pour le tir et la cartographie (photographie aérienne), notamment l'optique et la mécanisation des calculs. La guerre de côtes se déploie désormais dans trois milieux, terre-air-mer, qui doivent être reconnus et maitrisés. Une représentation adaptée du littoral est donc nécessaire, tant pour l’usage des défenseurs que pour celui des assaillants. Or, avant la guerre cette représentation n’existait pas : elle est intégralement à construire pour répondre aux besoins des armées.



Après avoir examiné les dimensions de la défense des côtes au début du xxe siècle et appréhendé les difficultés rencontrées pour la cartographier efficacement, nous verrons comment l’on est parvenu au cours de la seconde guerre mondiale à concevoir une cartographie combinée, élément essentiel du succès des débarquements alliés, dont l’aboutissement est aujourd’hui le projet Litto3D® de l’IGN et du SHOM.



 



I. Les dimensions de la Défense des côtes



    Une vision théorique des différentes dimensions de la défense des côtes aurait pu conduire à évoquer les quatre dimensions classiques que sont le temps, la largeur, la profondeur et la hauteur. Or, dans une perspective historique, cette vision de tient pas. A la veille de la Grande Guerre, le statut et l’état de la défense des côtes sont le fruit de plus d’un siècle de tergiversations et de luttes d’influences entre les Départements de la Guerre et de la Marine pour obtenir le contrôle d’un espace complexe, à la fois frontière, zone d’opérations et de contacts, ainsi que refuge. Les dimensions multiples ici envisagées sont le reflet de cette complexité et de son évolution dans le temps.



AÀ qui appartient la défense des côtes ? - Le morcellement du littoral



Le caractère multiple et évolutif du littoral, zone de contact de deux éléments luttant l'un contre l'autre et se pénétrant l'un l'autre, en fonction de la géologie, de la physique et des caprices météorologiques, compliqua la résolution de la question de savoir quels hommes devaient servir la défense des côtes :



-           est-elle de la compétence des militaires, seuls à même de manœuvrer sur le rivage et de mettre en œuvre une infanterie, une cavalerie et une artillerie capable de repousser un ennemi abordant les côtes ?



-           est-elle de la compétence des marins, capables grâce à leurs vaisseaux puissamment armés de repousser un ennemi se présentant nécessairement par la mer ?



Sous l'Ancien Régime, ce débat était déjà vif. L'ordonnance-charte du 28 janvier 1716 sur les Milices Garde-côtes avait confié la surveillance et la défense des côtes à la Marine. Quarante ans plus tard, les ordonnances des 24 février et 28 novembre 1759 transférèrent cette compétence à la Guerre. Toutefois, un premier coin fût introduit dans cette belle unité par l'ordonnance du 13 décembre 1778 : elle introduisit la compétence de la Marine pour la défense des ports de Brest et Rochefort. Dans la foulée des réformes révolutionnaires, la loi du 10 juillet 1791 revint sur cette exception et confia à la Guerre l'intégralité de la défense des frontières, que celles-ci soient terrestres ou maritimes. A partir de 1840, les tensions croissantes entre la France et l'Angleterre, nées de leur rivalité en Égypte, conduisirent le président du Conseil Adolphe Thiers à se préoccuper de la défense des côtes. Une commission fut constituée en 1841 pour étudier la réorganisation complète des batteries de côte et la modernisation de leur armement. Avant même que cette commission ne rendit son rapport, l'ordonnance royale du 3 janvier 1843 (13) redistribua les compétences entre la Marine et la Guerre. Ce texte, fruit de compromis, donnait naissance à une situation inextricable.



L'ensemble de la défense des côtes était en effet confié à la Guerre, sauf certaines batteries côtières des ports de Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort et Toulon, armées par la Marine. Dans chaque port, l'on trouvait donc des batteries armées par la Marine, d'autres par la Guerre. À Toulon, la Croix des Signaux était ainsi armée par la Guerre, alors qu'en face les batteries de Lamalgue et de la Grosse Tour l'étaient par la Marine… Après que la défaite de 1870 eut mis fin aux travaux de la Commission de défense des côtes de 1861 et après le réveil de la Marine de sa période de « recueillement », la question de la défense et de l'attaque des côtes, ravivée par les débats et polémiques de la Jeune École, devint un sujet à la fois technique et politique, mêlant dans des discussions sans fins les tenants et les opposants de la guerre de côte, que ceux-ci soient marins, militaires, journalistes ou parlementaires. Les décrets des 13 mai 1890 (14) et 17 février 1894 (15) tentèrent de mettre de l'ordre en créant dans les 5 arrondissements maritimes 19 secteurs côtiers, ainsi que 2 zones particulières pour la Corse et l'Algérie-Tunisie, dont la surveillance et la défense étaient réparties entre les départements de la Guerre et de la Marine.





 



Le département de la Guerre conservait ainsi la maîtrise des secteurs adjacents aux frontières terrestres : celle avec la Belgique pour le secteur de Dunkerque, avec l'Espagne pour les secteurs de Bayonne et Perpignan et avec l'Italie, pour les secteurs d'Antibes et Nice. Oubliées par le décret du 13 mai 1890, la Corse et l'Algérie-Tunisie étaient affectées en 1894 au Ministère de la Guerre, sans que l'on puisse y trouver une logique particulière : la Corse est une île à la défense de laquelle la Marine est essentielle (face à Bonifacio, l'Italie entreprit en 1887 la construction de la base de La Maddalena) et si l'Algérie dépendait du XIXe Corps, la Tunisie était tenue par la « Coloniale » dépendant alors du Département de la Marine. Après une nouvelle crise aiguë entre la France et l'Angleterre, née de l'incident de Fachoda (1898), la défense des côtes fit à nouveau l'objet d'études. Le décret du 18 septembre 1904 (16) répartit les compétences entre les départements de la Guerre et de la Marine, (i) en fonction des différents secteurs, (ii) selon que l'on se trouve en temps de guerre ou en temps de paix et, enfin, (iii) en distinguant subtilement, la défense contre « un ennemi flottant » ou contre « un ennemi ayant débarqué ». Or, à cette date, l'ennemi avait changé : l'Entente Cordiale régnait alors avec l'Angleterre (8 avril 1904).



Confronté aux tensions croissantes entre la France et l'Allemagne (les « coups » de Tanger en 1905 et d'Agadir en 1911), le département de la Guerre n'était obnubilé que par la menace venant du nord-est. A partir de 1912, non content de délaisser la défense des côtes, l'état-major général de l'Armée entreprit le désarmement des batteries de côtes, afin de constituer l'artillerie lourde qui lui faisait défaut (notamment l'ALVF - artillerie lourde sur voie ferrée). La Marine s'en inquiéta et, après de longs débats, une décision gouvernementale du 6 juin 1913 (destinée à recevoir la consécration de la loi au cours du deuxième semestre 1914) confia l'intégralité de la défense des ports de Cherbourg, Brest, Toulon et Bizerte (Tunisie) au Département de la Marine, le reste des frontières maritimes demeurant de la compétence du Département de la Guerre.



Les premiers tirs d'artillerie de la Grande Guerre, ceux des croiseurs allemands Goeben et Breslau sur les batteries de côte de Bône et Philippeville (Algérie) le 3 août 1914, non seulement ne suffirent pas à ralentir le transport du XIX Corps vers la métropole, mais aussi ne provoquèrent aucune modification de la répartition des compétences entre la Marine et la Guerre. Cette dernière accéléra au contraire le démantèlement des batteries de côte pour renforcer son artillerie lourde (17). La maîtrise des mers et des communications, vitale pour les Alliés, étant mise à rude épreuve par la guerre sous-marine à outrance déclenchée par les Allemands en avril 1917, un redéploiement et un renforcement de la surveillance et de la défense des côtes dut être mis en place. Logiquement et en raison des immenses efforts déjà exercés par le Département de la Guerre sur les fronts terrestres, cette défense fût confiée à la Marine par le décret du 21 septembre 1917 (18). Toutefois, la défense contre un ennemi « débarquant ou ayant débarqué » demeurait de la compétence du département de la Guerre.



Il fallut donc attendre la fin de la première guerre mondiale et le décret du 27 décembre 1921 (19) pour que l'intégralité de la défense des côtes appartînt à la Marine. Ce rapide survol explique la multiplicité des représentations du milieu sur lequel ils intervenaient que pouvaient avoir les hommes chargés de la défense des côtes. Cette évolution temporelle et ce morcellement des compétences le long du littoral sont à garder à l'esprit lorsque l'on évoquera les cartes du littoral, leurs concepteurs et leurs utilisateurs.



B. Jusqu'où s'étend la défense des côtes? - La profondeur du littoral



La question est ici de savoir jusqu'où s'étend la guerre de côte, tant vers l'intérieur des terres que vers le large. L'évolution de la profondeur de la bande littorale est étroitement liée à l'évolution des armes. Celles-ci ont même, dès l'origine, influencé le droit. Au XVIIe siècle, l'on se fonde sur l’adage : Ibi imperium terrae finiri ubi finitur armorum potestas (la domination de la terre finit où finit la puissance des armes) (20). Cette règle de la portée du canon est exprimée encore plus directement dans le rapport de présentation du décret-loi du 9 janvier 1852, sur la pêche maritime côtière en France : « La majeure partie des auteurs considèrent la portée du canon comme la limite rationnelle de la mer territoriale, […] ». En 1894, la limite de la mer territoriale est fixée par l'Institut de Droit International, à « 6 milles marins, mesurés à partir de la laisse de basse mer » (21). Cette distance n'est toutefois pas admise et au début du xxe siècle la mer territoriale est fixée à 3 milles depuis la laisse de basse mer.



Ce n'est que dans la deuxième moitié du xxe siècle, après de longs débats sur la notion de « zones contiguës » au-delà des 3 milles et sur la définition des « lignes de base » (22), pour que l'arrêt de la Cour internationale de justice sur les pêcheries anglo-norvégiennes du 18 décembre 1951 reconnait l'existence, pour chaque État, d'une zone contiguë de 12 milles à partir des lignes de base (et non plus de la laisse de basse mer). Enfin, la convention de Montego Bay sur le droit de la mer du 10 décembre 1982 fixa définitivement la mer territoriale à 12 milles à partir des lignes de base. Cette convention est entrée en vigueur le 16 novembre 1994.



On comprend donc les enjeux politiques et diplomatiques de la détermination de la ligne virtuelle qui symbolise la frontière du pays et marque le partage de compétence entre les domaines terrestres et maritimes. Ces deux milieux – tant au propre qu’au figuré – peinent à assurer une continuité de vision, d’analyse et d’action. Il a fallu attendre le début du xxie siècle pour qu’en France, l’État mette en œuvre un projet de cartographie continue du littoral, en surmontant les difficultés exposées dans la deuxième partie de cet article (23).



C. La hauteur ou l'irruption de la troisième dimension



Le début du xxe siècle voit l'apparition de la troisième dimension dans les capacités opérationnelles des nouveaux matériels de guerre que sont l'avion et le sous-marin.Si l'aviation resta, à ses débuts, cantonnée à un rôle d'observation et de réglage des tirs d'artillerie, le sous-marin parvint, notamment à partir d'avril 1917 lorsque les Allemands lancèrent la guerre sous-marine à outrance, à s'élever au rang d'arme stratégique à même d’influer sur le sort de la guerre. Cette utilisation d'armes capables de se mouvoir pour l'une, à grande vitesse et hors de portée des armes, l'autre silencieusement dissimulée dans les profondeurs de l'océan, conduisit chacun des belligérants et, particulièrement les Alliés, à constituer et développer des services et des moyens de lutte appropriés :



-           la prévention, en dispersant les installations et en les enterrant pour éviter qu'un bombardement heureux de l'aviation ne vienne détruire l'ensemble des ouvrages. Contre le sous-marin, ce furent l'extension des barrages de mines et le déploiement des filets anti-sous-marins.



-           la détection. Contre les avions, on utilisa d'abord les moyens phoniques, avec les murs à sons, puis les systèmes d'amplification d'écoute. Ultérieurement furent crées des barrages électromagnétiques et, enfin, pendant la deuxième guerre mondiale, le radar. Contre le sous-marin, on eut recours au repérage par le son, d'abord avec des barrages d'hydrophones immergés au large des zones à défendre et placés en avant des barrages à mines et des filets anti-sous-marins, puis avec l'asdic.



-           la destruction, en faisant appel à la DCA ou à la chasse contre les avions et l'artillerie de côte et de bord, aux grenades et au torpillage aérien contre les sous-marins.



Après le premier débarquement aéronaval de l’Histoire mené par l’Espagne avec le soutien de la France sur les côtes du Rif marocain en 1925 à Al Hoceima (24), la seconde guerre mondiale vit ensuite l'utilisation massive de l'avion pour les opérations combinées en zone littorale. Les débarquements étaient préparés par des bombardements aériens, à la fois sur les défenses ennemies, mais également sur l'arrière pour détruire les voies de communication et d'approvisionnement, par le parachutage de troupes et, enfin, au cours même des opérations de débarquement, par l'appui des moyens terrestres autorisé par la maîtrise du ciel. L'utilisation du sous-marin, quant à elle, fut particulièrement développée pendant l'entre-deux guerres pour la défense côtière et la destruction des transports. Ce moyen discret permettait notamment de harceler les forces de débarquement. Ces dimensions variables au gré du temps et des progrès techniques étaient appréhendées différemment, suivant les hommes qui les servaient et la vision qu'ils avaient du théâtre d'opérations.



 



II. Des cartes et des hommes 



    Les cartes, comme tout langage, ne constituent pas une fin en soi mais un moyen. Elles visent à fournir à leurs utilisateurs une meilleure compréhension de l'espace qu'elles représentent. Selon l'utilisateur, l'utilisation qui doit en être faite, l'époque à laquelle elle est élaborée, la carte ne prend pas la même forme ni la même figure.



A. La forme des cartes



La carte est une représentation géographique plane de tout ou partie de la surface terrestre dans un rapport de similitude appelé échelle. Le passage de la surface terrestre, qui est courbe, à la surface de la carte, qui est plane, soulève plusieurs difficultés résolues selon diverses techniques :



-           la définition exacte de la forme et des dimensions de la Terre est du ressort de la géodésie ;



-           le report sur un plan de cette surface ainsi mesurée est réalisé par des projections ;



-           la généralisation du terrain et sa compréhension au moyen de symboles et de signes, relève du domaine de la sémiologie graphique (le langage des cartes) ;



-           le choix de l'approche du terrain, d'après l'espace à couvrir et le degré d'analyse recherché, déterminent l'échelle (25).



Ces postulats et ces règles, fixés par les concepteurs des cartes, doivent être compris des utilisateurs, lesquels doivent pouvoir communiquer entre eux avec le même langage. Or, cartes topographiques ou nautiques n'utilisent pas le même langage et n'obéissent pas aux mêmes règles.



Des projections différentes



Concevoir une carte consiste à établir une représentation plane d'un objet, sous la forme simplifiée d'une sphère : le globe terrestre. Le passage de la sphère au plan est réalisé au moyen d’une projection mathématique. Or, les projections sont calculées par rapport à un méridien origine ou un mérdidien central et par rapport à un ellipsoïde local ou global qui varie dans le temps. Il s'ensuit que selon la projection choisie, la représentation d'un même territoire ne prendra pas la même forme.



La projection de Bonne de la carte de l'état-major. La carte topographique utilisée par le Département de la Guerre au début du xxe siècle est la carte de l'état-major, dont la projection choisie en 1802 est celle conçue en 1752 par le mathématicien, un temps hydrographe, Rigobert Bonne (1727-1795). Il s'agit d'une projection conique équivalente. Les surfaces sont conservées, mais les angles (donc les formes des surfaces) sont plus ou moins altérés en fonction de l'éloignement du point de projection. Le choix de cette projection avait été guidé à la fois par des préoccupations fiscales (cette représentation des terres permettait, par la conservation des surfaces, de constituer une base de taxation foncière) et une facilité de calcul des distances pour l'artillerie : la conservation des longueurs apparaissait comme élément essentiel aux militaires de l'époque. Les projections conformes (qui conservent les angles) n'étaient considérées bonnes que pour les marins. La projection de Bonne commença à révéler ses limites dès avant la Grande Guerre, notamment dans les opérations de génie civil : les écarts apparaissaient entre les feuilles et l'altimétrie se révélait peu fiable. C'est la première guerre mondiale qui ramena les ingénieurs géographes à la réalité et conduisit les militaires à engager une refonte de la cartographie de la France.



La projection Lambert de la nouvelle carte de la France. L'instauration de la guerre de position imposait des cartes à grande échelle (canevas de tir, plan directeur). Le maniement des trajectoires d'artillerie avec des projectiles à grande vitesse initiale supposait en outre une connaissance altimétrique précise du terrain. Enfin, l'importance croissante de cette artillerie et l'entrée en service de pièces à grande portée nécessitaient un procédé précis de détermination des éléments du tir. La solution, provisoire, qui avait été trouvée à ces contraintes consistait en l'introduction d'un carroyage rectangulaire - lequel supposait toutefois l'utilisation d'une carte en projection conforme - s'étendant sur une grande zone. Dès 1915, l'armée française adopta la projection conforme de Lambert, dont elle surchargea le fond des cartes de l'état-major agrandies au 1/50.000 et établies en projection de Bonne. À partir d'observations sur le terrain et par recours aux premières photographies aériennes, les Groupes de canevas de tirs complétaient et rectifiaient les documents antérieurs. Ces levées permirent l'établissement de plans directeurs au 1/20.000 et parfois même au 1/5.000. Des levés furent ainsi rapidement entrepris dans la région du Nord-est, théâtre principal d'opérations, avec la nouvelle projection dénommée « Lambert Nord de Guerre » (26). La projection Lambert (du nom du mathématicien Jean-Henri Lambert, 1728-1777) est une projection conique conforme : les angles sont conservés, mais les surfaces sont altérées avec l'éloignement du point de projection. Au cours de la guerre, le Service Géographique a remplacé le cône tangent par un cône légèrement sécant, suivant deux parallèles également distants du parallèle origine. À l'issue de la guerre, c'est cette projection qui fut retenue pour l'établissement de la nouvelle carte de la France, tant pour les levés que pour la nouvelle triangulation. Les cartes actuellement réalisées par l'Institut géographique national (IGN) adoptent toujours cette projection Lambert (27). La généralisation de l'usage du GPS (Global Positioning System) par les particuliers et les professionnels a toutefois conduit l'IGN, à partir de 1999, à surcharger ses cartes d'un carroyage dit GPS, en coordonnées Mercator (WGS 84) (28). C'est un mouvement vers une représentation de la terre, adoptée depuis l'origine par les marins et les hydrographes.



La projection Mercator des cartes marines. Baptisée du nom du géographe et cartographe flamand Gerhard Kremer, dit Mercator (1512-1594), la projection Mercator est une projection cylindrique conforme : les angles sont conservés, alors que les surfaces sont altérées avec l'éloignement du point de projection (29). La projection Mercator a pour caractéristique qu'une route terrestre suivant un cap constant est représentée sur la carte par une droite coupant les méridiens à angles constants. Cette droite est une loxodromie ou, sur les cartes anciennes, un Rhumb. Cette facilité et clarté d'utilisation explique le recourt précoce à cette projection dès l'élaboration et la publication du Neptune françois en 1693 (30). Cette propriété représente un immense avantage pour la navigation et la projection Mercator est devenue la norme pour des représentations globales. Le système de référence utilisé aujourd'hui par les systèmes spatiaux, tels que le GPS et, demain Galileo, est la projection Mercator Transverse Universelle (UTM ou Universal Transverse Mercator). Dans ce système, la France est divisée en trois fuseaux d'ouest en est.



Des échelles différentes



Impossibles à fondre entre elles en raison de projections différentes, les cartes hydrographiques et topographiques utilisent en outre des échelles différentes, rarement compatibles… Les cartes topographiques de l’état-major sont établies au 1/80.000 et 1/200.000. La nouvelle carte de la France en 1920/1922 est quant à elle publiée en feuilles au 1/50.000. Les levés et plans directeurs à l'origine des cartes étaient établis au 1/40.000 pour la carte de l'état-major et au 1/20.000 pour la nouvelle carte de la France. Avant la première guerre mondiale, la dotation des unités de la défense des côtes, appartenant alors au Département de la Guerre, était constituée de cartes de l’état-major au 1/80.000 et de cartes en trois couleurs au 1/200.000 (31). En revanche, les cartes hydrographiques sont levées et publiées à différentes échelles selon les utilisations qui peuvent en être faites :





 



Des zéros différents



Projections différentes, échelles différentes, zéros différents également. Les profondeurs indiquées par les cartes hydrographiques (sondes) ne possèdent pas la même référence que les altitudes figurant sur les cartes topographiques. En cartographie, 0 ¹ 0… Le zéro hydrographique correspond à la laisse de basse mer ou plus basse mer astronomique, alors que le zéro topographique a été déterminé par décision du Comité du Nivellement Général de la France (1897) comme correspondant à la moyenne du niveau moyen de la mer mesuré du 3 février 1885 au 1er janvier 1897 au marégraphe du fort Saint-Jean de Marseille. Il faut également noter que le zéro topographique ne correspond pas non plus au trait de côte qui se confond avec la laisse de pleine mer ou plus haute mer astronomique. L'étendue comprise entre la laisse de basse mer et la laisse de pleine mer constitue l'estran.



 





Des langages différents



Mathématiquement incompatibles, les cartes topographiques et hydrographiques n'utilisent pas non plus le même langage. La carte constitue pourtant un moyen de transmission universelle d'une vision du monde compréhensible et exploitable par son lecteur. Pour être intelligible, elle doit être logique, en adoptant des symboles appropriés (figuratifs ou analogiques) qui obéissent à une convention rappelée dans la légende de la carte. La carte topographique connaît un nombre limité de signes conventionnels en adéquation avec le nombre limité d'éléments représentés. C'est ainsi qu'on y trouve les voies de communication (routes et fers), les cours d'eau, le relief, la végétation, les habitations avec des identifications particulières pour les bâtiments remarquables et, enfin, les limites administratives. Sur la carte de l'état-major, un soin particulier est apporté aux signes conventionnels de la planimétrie : points d'eaux (pour le ravitaillement), gués, voies de communications hiérarchisées jusqu'aux sentiers (passage des charrois, des équipages,…), cultures constituant des obstacles à la cavalerie telles que vignes et houblonnières, talus représentés si leur hauteur permet l'abri d'un tireur à genoux, et les fameuses « crêtes militaires » (32). 



Les cartes hydrographiques ont en revanche à représenter non seulement ce que l'œil peut embrasser, mais également ce qui ne se perçoit que par d'autres sens, tels les signaux de brume (sons), les émetteurs radios, les courants, etc. Tous ces éléments sont mouvants, variables et complexes. C'est pourquoi, les cartes marines possèdent un nombre quasi illimité de signes, symboles et abréviations. Ceux-ci sont aujourd'hui rassemblés dans un recueil édité par le SHOM, contenant près d'une centaine de pages (33) :





À cela s'ajoute, suivant la catégorie des navires, toute une documentation complémentaire obligatoire et vitale : guide du navigateur (comprenant toute une partie sur l'utilisation et la mise à jour des cartes), instructions nautiques, album des pavillons, livre des feux, annuaires et index des marées.



B. Deux services concepteurs



Le Service Géographique de l'Armée (1887-1940)



Héritier du Dépôt de la Guerre, le Service Géographique de l'Armée institué en 1887 avait alors pour mission, sous l'autorité de l'état-major général de l'Armée, de satisfaire les besoins cartographiques des armées en campagne, qu'il s'agisse de l'infanterie, de la cavalerie ou de l'artillerie. Cette mission s'étendait également aux besoins des places fortes et des fortifications pour leur offrir la connaissance et la maîtrise de leur environnement et se trouver ainsi mieux à même de se défendre contre une attaque.



S'émancipant progressivement de la tutelle de l'état-major général de l'Armée, le Service Géographique de l'Armée fut directement rattaché au ministre de la Guerre par le décret du 11 décembre 1911 dont l'article 1 disposait :



 



Le Service Géographique de l'Armée est chargé du levé, de l'exécution et de la publication des cartes topographiques et géographiques. Il exécute les travaux de géodésie, de topographie et de cartographie nécessaires, il procède aux études et recherches scientifiques qui s'y rapportent. (34)



Les informations géographiques pouvant satisfaire les besoins des armées sont alors essentiellement liées au nivellement, c'est-à-dire aux reliefs et accidents du terrain, ainsi qu'à la planimétrie (cours d'eau, limites de bois, voies de communication, habitations, etc.). Ainsi que l'expose Nicolas Jacob (35), au-delà du trait de côte, c'est le vide, « le désert frontière »…



Le Service Hydrographique de la Marine (1886)



Le Service Hydrographique de la Marine, aujourd'hui Service Hydrographique et Océanographique de la Marine (SHOM), a pour rôle de satisfaire les besoins cartographiques des navigateurs, que ceux-ci soient militaires, professionnels ou même, désormais plaisanciers. Pour permettre de bien naviguer, une carte marine doit être précise, lisible et toujours à jour : la moindre erreur de positionnement ou de représentation peut mettre en jeu la vie de son utilisateur (36). Qui plus est, les besoins des navigateurs ne se limitent pas aux seules cartes. Celles-ci doivent en effet être complétées et interprétées par d'autres documents, tels que les instructions nautiques, les livres des feux, les annuaires des marées, etc. Afin de satisfaire ces besoins variés, le Service Hydrographique de la Marine doit apporter aux marins la connaissance du rivage : ses limites et ses formes, les amers permettant de s'y repérer, les feux le bordant, etc. Il doit également leur apporter la connaissance des fonds, tant en ce qui concerne leur profondeur que leur nature. Enfin, cette connaissance doit également s'étendre aux dangers que peut rencontrer le marin : les rochers, récifs, bancs, épaves, etc. Ce souci de la précision, de l'exhaustivité et de l'actualité de l'information sur la zone maritime limitée par le trait de côte conduit à ce que l'espace terrestre qui la borde soit réduit à une bande simplifiée : une carte muette…



C. Les utilisateurs



La classification des moyens et des forces concourant à la défense des côtes, telle celle établie en 1907 par le vice-amiral Jules Melchior, alors inspecteur général des flottilles de torpilleurs et de sous-marins, comportait « six rideaux de défenses » (37) :





Ces différents éléments de défense doivent disposer de représentations de l'espace sur lequel ils ont à intervenir. Les trois premiers « rideaux » se satisfont aisément de cartes hydrographiques : ils ont exclusivement à intervenir en zones maritimes. Le sixième « rideau », dont l'intervention est strictement terrestre, se verra doté de cartes topographiques. Les quatrième et cinquième « rideaux », dont l'histoire nous a montré qu'ils pouvaient aussi bien appartenir, suivant les époques et les lieux, au Département de la Marine ou à celui de la Guerre, ne peuvent se satisfaire d'une seule catégorie de cartes. Bien que situés sur la terre ferme, les forts et batteries, ainsi que les bataillons de côtes, ont en effet à intervenir contre un ennemi flottant ou en cours de débarquement. Ils doivent donc en prévenir les manœuvres et en contrer l'approche, toutes deux subordonnées à l'hydrographie, mais également prévoir les objectifs terrestres et les capacités que l'ennemi recherche : ils devaient donc disposer de cartes topographiques.



Les trop grandes différences entre cartes terrestres et cartes hydrographiques, tant par les besoins des utilisateurs, que par les méthodes des concepteurs ou par les représentations cartographiques, ont entravé le dialogue déjà délicat entre marins et soldats. Ces incompatibilités ont nui à la nécessaire coordination des forces terrestres et maritimes, que ce soit pour les besoins de la défense des côtes ou ceux des opérations combinées offensives.



Comment coordonner en effet l'action des flottilles côtières, travaillant sur des cartes marines, avec celle des batteries de côte dotées de cartes topographiques ? Sont-elles à même de concentrer leurs tirs sur un ennemi dont la localisation est différente suivant la carte utilisée ? Comment ces forces dialoguent-elles pour se transmettre des coordonnées : en Mercator, en Bonne ou en Lambert ?



Si en 1905, durant la guerre Russo-japonaise, les bâtiments ouvraient le feu entre 8.000 et 12.000 m, en 1916 au Jutland les navires se battaient jusqu'à 19.000 m et à la bataille de Rio de la Plata (décembre 1939), le Graf Spee ouvrit le feu sur l'Exeter à 25.000 m, le touchant à la cinquième salve (38). Aujourd'hui, les tirs s'effectuent au-delà de l'horizon. Dès lors, l'exactitude de la désignation d'un objectif sur la carte devient primordiale dans les opérations combinées.



 



II. La carte d'opération : instrument d'un délicat dialogue 



A. Avant 1914 : un impossible dialogue



Avant la Grande Guerre, la défense des côtes appartient au Département de la Guerre. Cette dépendance se traduit par la dotation des défenses de côtes en cartes topographiques. Cette situation est insatisfaisante pour les défenseurs qui ont à prévenir les mouvements de l'ennemi, prévoir les potentielles zones d'attaque et de débarquement, connaître les refuges, prendre des repères à l'avance (amers, feux ou balises), le tout pour permettre un tir efficace sur des objectifs désignés à l'avance : abris, criques, baies, … On citera, à titre d'exemple, le cas de la carte de l'état-major au 1/80.000 du secteur de Perpignan (14e secteur affecté au XVIe Corps d'Armée) en 1898 (39), incapable de répondre aux préoccupations des défenseurs du littoral. La partie « muette » de la carte a donc dû être renseignée avec un ensemble d'informations qu'aurait fourni une carte marine :



              -           Phare d'Agde - Portée 16 milles par temps moyen ; Voit directement le feu de Béar pendant les ¾ de l'année […]



-          Côte difficilement abordable



-          Mouillage passable



-          Peut recevoir les bateaux de 50 tonneaux



-          Poste à nouvelles - Refuge de torpilleurs



-          Nombreuses calanques sans importance



Document 1 : Carte de l'état-major au 1/80.000 du secteur de Perpignan (14e secteur affecté au XVIe Corps d'Armée) en 1898 (SHD, GV 7N1912)





Document 2 : Détail de la carte de l'état-major au 1/80.000 du secteur de Perpignan (14e secteur affecté au XVIe Corps d'Armée) en 1898 (SHD, GV 7N1912)





Le chef de ce secteur côtier a dû « travailler » sa carte pour l'adapter à ses besoins mixtes :



(i)        connaître la topographie (route, chemins de fer) pour, le cas échéant, manœuvrer correctement sur le terrain (batteries mobiles, bataillons de côte);



(ii)       connaître l'hydrographie pour situer les zones favorables à un débarquement et établir une priorité dans les actions de défense.



Seule une carte « fusionnée » lui aurait, en un document unique, offert l'ensemble de ces informations… Cette incapacité des documents cartographiques à satisfaire les besoins de la guerre de côtes se rencontre également du côté de la Marine. Les 31 juillet, 1er et 2 août 1902, à l'occasion des manœuvres combinées entre les forces navales et les batteries de côte, deux escadres « amies » luttent en coordination avec les batteries de côte de Giens, Porquerolles et Port-Cros contre deux escadres « ennemies » bloquant le port de Toulon et la rade d'Hyères. Les unités « ennemies » bombardent massivement les ouvrages de l'île de Porquerolles, mais sans succès…



            […] dans l'attaque des îles d'Hyères, les ouvrages de Port-Cros et de Porquerolles n'ont pas été vus du bord de l'Iéna; ils n'auraient pu être attaqués par ce cuirassé. Il est vrai que personne à bord ne connaissait la situation des ouvrages et qu'on ne possédait que des cartes marines ne donnant aucun renseignement à ce sujet. (40)



Désintérêt pour les choses de l'Armée ou bien secret bien gardé par un « camouflage » cartographique ? Les cartes marines sont extraordinairement succinctes en ce qui concerne les informations topographiques qui permettraient à la flotte d'assurer un soutien d'artillerie optimal par le repérage à l'avance des ouvrages à neutraliser (forts, casemates, poste de direction de tir) et l'identification des objectifs tactiques et stratégiques en retrait du littoral (voies de communication, centres industriels, poste de commandement). Le fait est que la comparaison de deux feuilles de Porquerolles de l'Atlas général des batteries de côte en 1914 (Plan XVII) (41) révèle une nette différence :



-           la carte topographique (carte d'état-major agrandie au 1/50.000) identifie clairement les défenses côtières (Batteries du Lion et du Lequin) et notamment le dernier ouvrage alors construit sur l'île, le fort de la Repentance et sa batterie Nord.



-           la carte Marine, renseignée pour les besoins de l'Atlas des côtes, ne comporte aucune indication ni localisation du fort de la Repentance…



Dès lors, comment concevoir, organiser, préparer et réussir une opération combinée ?



Avec le développement et le perfectionnement de l'aviation et du sous-marin dans l'entre-deux-guerres, les cartes publiées par les deux services dépendant des départements de la Guerre et de la Marine, sont devenues clairement insuffisantes. C'est ce que nous rappelle l'accident du capitaine de vaisseau Robert Morin le 8 novembre 1917. Affecté au centre d'aviation maritime de Bône (Algérie), Robert Morin doit conduire une mission de lutte anti-sous-marine vers la frontière tunisienne, à la limite de l'autonomie des appareils de son escadrille. Obligés d'amerrir en urgence, Morin et son équipier gagnent la côte pour y attendre des secours envoyés de Bône par leurs camarades encore en vol…



Ne voyant rien venir, je devais envisager le pire et compter sur nous-mêmes. Nous ne possédions aucune carte terrestre de la région et je ne pouvais me fier qu'à la seule carte marine emportée avec moi. Elle était muette sur la topographie intérieure. (42)



Se fiant à sa seule mémoire et bravant des lieux inhospitaliers, Robert Morin parvint toutefois à gagner un douar qui le recueilli…



Cette mésaventure montre combien la compréhension de l'espace littoral dans toutes ses dimensions nécessitait alors l'élaboration de documents ad hoc. La carte d'opération littorale idéale ou carte amphibie, doit ainsi combiner toutes les informations géographiques, topographiques, hydrographiques, militaires, etc… Elle ne peut donc être que le fruit d'un travail en commun de plusieurs services collaborant étroitement : le renseignement, la photographie aérienne, les services cartographiques de l'Armée et de la Marine. Le but à atteindre est de posséder un document fusionné comportant tous les renseignements essentiels :





B. L’exemple des cartes d'opération du débarquement de Provence



Lorsque les Alliés préparent l'opération de débarquement en Provence, ils ont déjà engrangé une sérieuse expérience des opérations combinées. La première opération de grande ampleur, mobilisant des moyens terrestres, maritimes et aériens, avait en effet été réalisée le 8 novembre 1942, sur les côtes de l'AFN (Maroc - Algérie - Tunisie). Cette opération, dénommée Torch, avait été décidée en juillet 1942 et avait nécessité une sérieuse préparation. L'Armée et la Marine américaines n'avaient jamais entrepris d'opération de cette envergure…Comme en France, les deux armes n'avaient pas l'habitude de travailler ensemble et le commandement unique n'était pas à l'ordre du jour : l'amiral Hewitt assumait le commandement de la flotte et des opérations jusqu'à ce que le général Patton se soit suffisamment déployé à terre. Dès lors, la marine ne devenait qu'une force d'appui… Pour cet appui, la marine devait toutefois se débrouiller seule, avec ses observateurs et ses propres avions de réglage : aucune équipe de liaison à terre n'était prévue (43).



Les leçons tirées de l'échec du débarquement d'Anzio (20 janvier 1944) et des difficultés du débarquement de Normandie (6 juin 1944) conduisirent en conséquence les Alliés à privilégier, si ce n'est l'unité du commandement, à tout le moins un commandement combiné : les trois commandants, Marine, Terre et Air (respectivement le vice-amiral Hewitt, le lieutenant général Patch et le brigadier général Saville) embarquèrent à bord d’un seul navire (le Catoctin) et travaillèrent dans la même salle d'opération (44).



Dès décembre 1943, se constitue à Alger une Force 163, composée des trois armes et chargée de préparer une opération amphibie. Pendant six mois, les diverses sections de la Force 163 ont rassemblé une impressionnante documentation. La Strategic Studies Section du génie américain a réalisé un atlas de toutes les cartes marines et d'état-major françaises, complétées d'informations variées sur la topographie, l'hydrographie, le climat, le régime des marées et des courants, la nature du sol, les voies de communication, les ressources industrielles, l'énergie électrique, l'approvisionnement en eau, les établissements hospitaliers, etc. Des couvertures photographiques au 1/50.000 et au 1/60.000 furent effectuées de la frontière italienne au méridien de Toulouse pour l'établissement de nouvelles cartes de la région. Dans la zone d'assaut, des photographies obliques prises à basse altitude permirent de constituer des dossiers complets sur les défenses côtières. Ces études furent complétées de tous les documents disponibles (guides touristiques, cartes postales et même photos de vacances (45), ainsi que des renseignements provenant de la résistance française (46).



Document 3 : Coast Defense batteries – Giens Peninsula to Nice – juillet 1944 (SHD, MV 4DOC32-HB3)





Ces travaux permirent de réaliser la documentation attachée à l'ordre d'opération du 24 juillet 1944 (plan n° 4-44 intitulé « ANOR–1 »), actualisée jusqu'au Jour-j et comportant 18 annexes et près de 1.300 pages. Elle se compose :



a.         pour ce qui est des caractéristiques du terrain et des forces de l'ennemi :



-          d'une étude détaillée de chaque plage;



-          des études des divers types d'obstructions;



-          des schémas des ports;



-          des cartes renseignées, des croquis de plage et des photos aériennes.



b.         pour les forces de l'appui d'artillerie :



-          des cartes au 1/25.000 portant en surimpression, l'emplacement des ouvrages de défense;



-          d'un schéma panoramique des zones d'assaut;



-          des cartes au 1/500.000 surchargées du carroyage britannique;



-          des photos aériennes des objectifs importants.



C'est une partie de ces cartes, retrouvées au SHD-Marine, que nous souhaitons commenter brièvement. Elles représentent l'aboutissement, à l'issue de notre période d'étude, de la combinaison des cartes topographiques et hydrographiques, renseignées pour les opérations contre les côtes.



Document 4 : Gulf of Fréjus – juillet 1944 (SHD, MV TTO1-5)





Document 5 : Détail de la carte Gulf of Fréjus – juillet 1944 (SHD, MV TTO1-5)





Document 6 : Détail du verso de la carte Gulf of Fréjus (vue oblique de la zone d’assaut) – juillet 1944 (SHD, MV TTO1-5)





La carte générale de la zone d'opérations. Cette carte est une représentation de la côte de la presqu'île de Giens à Nice à la date du 20 juillet 1944 (47). Il s'agit d'une carte topographique identifiant chacun des ouvrages de défense des côtes. Un numéro est affecté à chacun de ceux-ci, renvoyant à des tableaux précisant : leur nom, le type et le nombre de canons (anti-aériens, occupés/inoccupés, faux canons, etc.), leur calibre, ainsi que des observations (en construction, emplacement de campagne, conduite radar,…). Cette carte présente la particularité de posséder deux quadrillages distincts correspondant à deux projections incompatibles (pour des raisons stratégiques notamment) :



-           à l'ouest, la projection Lambert Zone III (sud de la France) avec pour méridien d'origine celui de Paris (soit long. 02°20'14" E),



              -           à l'est, la projection italienne zone nord.



Ces deux projections se retrouveront sur les cartes à plus grande échelle des défenses, la priorité étant toutefois donnée au quadrillage kilométrique Lambert III. Enfin, cette carte est qualifiée de TOP SECRET – BIGOT : la plus haute protection du secret pendant la seconde guerre mondiale. Ce nom de code avait été forgé en inversant les lettres des deux mots To Gib[raltar] qui avaient été apposés sur les papiers des officiers dépêchés à Gibraltar avant l'opération Torch.



La carte de Fréjus. Cette carte appartenait au lot documentaire remis à chacun des bâtiments participant à l'opération. L'enveloppe qui la contenait fut remise au capitaine de vaisseau Senes, commandant du croiseur Montcalm, lequel appartenait au groupe d'appui d'artillerie de la Task Force 85 - Delta sous l'ordre du contre-amiral Rodgers (USN) (48). Il s'agit d'une carte topographique au 1/25.000 du golfe de Fréjus (plages Camel) situé à l'est de la zone d'affectation du Montcalm. Elle a été réalisée en mai 1944 par le 516 Corps Field Survey américain à partir des cartes françaises éditées entre 1933 et 1941 par le Service Géographique de l'Armée. L'état des défenses ennemies est à jour au 20 juillet 1944. Elle est réalisée en projection Lambert III avec un carroyage kilométrique en coordonnées UTM.



Les données topographiques sont complétées de données maritimes :



-           en bleu/violet figurent ainsi les fonds à 2, 10 et 30 brasses ; la nature des côtes (rocheuses, plates, jetées, etc.) ; la déclivité des plages ; les champs de mines et obstructions ; les capacités d'atterrissage et celles des ports;



-           les informations « militaires » figurent en rouge. Elles sont à jour au 4 août 1944 et sont issues de la reconnaissance aérienne (photographies) et de la Résistance (qualifiée de « reliable ground sources »). Elles identifient :



·       les obstructions de plage (« portes belges », rampes et pieux, hérissons d'acier, barbelés, etc.),



·       les obstacles des arrières plages (fossés antichars, champs de mines, « dents de dragon », murs antichars, etc.),



·       les défenses côtières par nature (artillerie, mitrailleuses, mortiers), calibre, type (anti-aérien, anti-char, batterie côtière),



·       les zones et ouvrages remarquables (aérodromes, hôpitaux, radars, station radio, stockages - munition, carburant, mines).



Pour en faciliter la lecture et l'interprétation, les symboles utilisés sont commun aux photographies renseignées et aux rapports et cartes particulières. La carte comporte également des informations sur les ponts : nature (chemin de fer, route), matériaux (béton, maçonnerie), dimensions et état.



-           Au verso de la carte, des « vues de côtes » obliques apportent perspectives et profondeur à la vision verticale de la carte. Elles facilitent le repérage grâce à la figuration des reliefs et à l'identification des amers (église, phare, hôtels).



Document 7 : Plan et vue du port de Saint-Raphaël – février 1944 (SHD, MV TTO1-12)





En complément, chaque unité possède de petits plans des ports de la zone, tel celui de Saint-Raphaël (49). Il se compose d'une carte à grande échelle, accompagnée d'un plan de situation renseigné (filets, obstructions, sondes) et d'une vue de côte détaillée. Nous avons retrouvé le même type de plans pour Toulon, Saint-Tropez ou Sainte-Maxime. Les bâtiments de débarquement, les différents Landing Craft and Ship (LCA, LCT, LCM, LCVP, LST,…)  (50) possédaient des cartes détaillées à grande échelle des plages sur lesquelles ils devaient débarquer troupes et matériels, tout en assurant un appui rapproché.



Deux de ces documents ont été extraits du volumineux dossier Operation Plan n° 3-44 destiné aux commandants des unités des forces d'assaut Delta (baie de Bougnon) Task Force 85 à laquelle appartenaient le George Leygues, le Montcalm, le Terrible, le Fantasque et le Malin (51). Ces deux documents représentent les quatre plages Delta : blue, yellow, green et red. Deux types d'informations étaient vitales pour ces bâtiments d'assaut légers : un bon repérage et une bonne connaissance des fonds. La première carte possède un trait de côte simplifié. En revanche, chacune des plages Delta est identifiée et repérée par un amer. Cinq vues de côtes représentent ces amers : immeubles, villas, hameaux. Ceux-ci devaient permettre aux commandants des unités de débarquement de se diriger avec certitude vers leurs objectifs. La seconde carte représente la même zone, mais s'attache à fournir le maximum d'informations sur les fonds : récifs, rochers, mattes, plage de sable, etc. Cette carte localise les plages et fournit leur déclivité. Couplée à la précédente, elle doit permettre aux bâtiments d'aborder la côte avec un maximum de sécurité maritime.



Document 8 : Plan de la zone d’assaut Delta (amers) - Operation Plan 3-44 Task Force 85 (SHD, MV TTO1-12)





Document 9 : Plan de la zone d’assaut Delta (fonds) - Operation Plan 3-44 Task Force 85 (SHD, MV TTO1-12)





Outre ces cartes, il ne faut pas oublier que les hommes se préparaient également au moyen de cartes en relief à petite échelle, leur permettant d'appréhender dans toutes leurs dimensions les espaces qu'ils s'apprêtaient à saisir. Ces cartes en relief n'ont, à notre connaissance, malheureusement pas survécu… (52). À soixante-dix ans de distance, on ne peut s’empêcher de constater que les moyens cartographiques des conflits littoraux ont très peu évolué jusqu’à récemment et ce, malgré les leçons tirées des échecs des opérations combinées de la Grande Guerre et les réussites des débarquements alliés de la seconde guerre mondiale.



Malgré des outils aujourd'hui bien plus puissants, des armes plus élaborées et précises, la liaison se fait toujours mal entre la terre et la mer. Or, aujourd’hui, les trois-quarts de la population mondiale habitent à moins de 300 km des côtes et la moitié à moins de 100 km. Les littoraux concentrent la plupart des lieux de pouvoir politiques et économiques, sans oublier les ressources naturelles qui y sont exploitées, non seulement halieutiques, mais également énergétiques (gaz, pétrole, éolien)  (53). Pour remédier à ce déficit d’information et de maitrise du milieu littoral, la France a mis en œuvre, au début des années 2000, un programme ambitieux de cartographie continue terre-mer du littoral, Litto3D®. Avec ses alliés, elle multiplie également les exercices en zone littorale. Il n’est que de citer le plus grand exercice amphibie des 15 dernières années, Bold Alligator 2012, ou bien l’exercice franco-britannique Corsican Lion de la même année (54).



Lancé en avril 2003 après les naufrages de l’Erika (12 décembre 1999) et du Prestige (19 novembre 2002) par le Comité interministériel de la mer (CIMER), le projet Litto3D® a pour objet de réaliser une cartographie littorale continue de grande précision jusqu’à l’altitude 10 m dans les terres avec au minimum 2 km de planimétrie et jusqu’à la bathymétrie -10 m en mer avec un minimum de 6 milles nautiques vers le large. La coopération entre l’IGN et le SHOM a permis de définir un trait de côte unique (Histolitt®) et de retenir un unique zéro, le référentiel terrestre IGN69 (55). Cette cartographie continue du littoral a été achevée pour le territoire métropolitain en 2013 et se poursuit outre-mer (56). Cet outil cartographique innovant offre un référentiel unique pour assurer la défense du littoral contre des agressions qui sont aujourd’hui multiples : pollution, surpêche, contrebande, immigration clandestine, trafic de stupéfiants, etc.



Du côté des manœuvres de la mer vers la terre, des opérations comme Baliste (Liban, 2006) ou Harmattan (Lybie, 2011), ont montré toute l’importance de la maitrise de l’environnement littoral, grâce à la production rapide de cartes de commandement terre-mer précises et à jour (57). Cette maitrise se renforce lors des exercices amphibies, comme l’ont montré Bold Alligator 2012 et Corsican Lion. À cette occasion, le SHOM a testé des outils de connaissance du littoral de plus en plus efficaces, comme le Système intégré de reconnaissance de plage (SIREP) ou le démonstrateur de modélisation de l’environnement littoral pour le soutien aux opérations amphibies ECORS (58). Malgré ces progrès remarquables et la production de cartes de plus en plus exhaustives et actualisées, l’environnement littoral demeure complexe et dangereux. La méconnaissance des fondamentaux des cartes (géodésie, projection, référentiel bathymétrique, etc.) produit encore des accidents dramatiques : des navires s'échouent malgré les cartes électroniques dotées d'alarmes, parce que les systèmes géodésiques sont mal maitrisés (59).



Frédéric Saffroy est avocat et chercheur associé à l'IRHiS (Lille 3) - GIS d'Histoire et Sciences de la Mer. En 2015, il a publié aux Presses universitaires de Rennes une version retravaillée de sa thèse : Le Bouclier de Neptune. La politique de défense des bases françaises en Méditerranée (1912-1931). Ses travaux abordent la fortification, le financement de la défense des frontières, la cartographie des opérations combinées, ainsi que les techniques qui y sont liées. Son travail sur la cartographie du débarquement des Dardanelles (1915), « 14-18 : l’émergence de la carte combinée », a été publié en mars 2015 au bulletin n°223 du Comité français de cartographie.



Note du comité éditorial :  cet article a été publié également dans Géographie et guerre, de la géographie militaire au Geospatial Intelligence en France (XVIIIe-XXIe siècles), sous la direction de Philippe Boulanger, Société de géographie de Paris, Bulletin Hors-série, 2016, p. 59-76



Notes :



(1)  Julien Gracq, Le rivage des Syrtes, Œuvres complètes I, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1989, p. 577.



(2) Yves Lacoste, « Julien Gracq, un écrivain géographe ; Le rivage des Syrtes, un roman géopolitique », Hérodote, n°44, janvier-mars 1987, p. 8-37.



(3) Jean-Benoît Bouron, « Cartographier l’imaginaire : un exercice géographique », Le monde des cartes (revue du CFC), n°205, Septembre 2010, p. 11-24.



(4) Julien Gracq, « Entretien avec Jean Carrière (1986) », Œuvres complètes II, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1995, p. 1262.



(5) Alain Corbin, Le territoire du vide : l’Occident et le désir du rivage, 1750-1840, Paris, Flammarion, 1990.



(6) Julien Gracq, « Entretien avec Jean-Louis Tissier (1978) », Œuvres complètes II, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1995, p. 1206.



(7)  Gérald Weger, Cartographie, vol. 1 – Sémiologie graphique et conception cartographique, Cours de l’ENSG, 1999, p. 42 et s., accessible sur http://fad.ensg.eu/moodle/file.php/9/carto_vol1.pdf [consulté le 16 décembre 2013].



(8) Monique Pelletier, « L'ingénieur militaire et la description du territoire du XVIe au XVIIIe siècle », dans Cartographie de la France et du monde de la Renaissance au Siècle des Lumières, Paris, BNF, 2001, p. 67.



(9) Olivier Chapuis, A la mer comme au ciel, Paris, Presses de l'Université de Paris - Sorbonne, 1999, p. 470.



(10)  Ibid, p. 422.



(11) Arne Røksund, The Jeune Ecole – The Strategy of the Weak, Leiden, Brill, 2007, 242 p.



(12)   Martin Motte, « L’après-Grande-Guerre dans la Revue Maritime », dans Hervé Coutau-Bégarie (dir.), L’évolution de la pensée navale, Vol.  VI, Paris, Economica, 1997, p. 117-151.



(13) Ordonnance du roi chargeant le Département de la Marine de l’armement, du service et de la garde des batteries dans les cinq ports militaires du royaume, Journal Militaire Officiel, 1er semestre 1843, p. 3.





(14) JORF du 14 mai 1890, p. 2349-2350.



(15) Décret et règlement du 17 février 1894, « ayant pour objet de déterminer, en cas de mobilisation, les attributions des préfets maritimes et des commandants de secteurs du littoral en ce qui concerne la défense des côtes », JORF du 18 février 1894, p. 809.



(16) Décret du 18 septembre 1904 approuvant le règlement du même jour ayant pour objet de déterminer les attributions en temps de guerre, des autorités relevant des départements de la guerre et de la marine, en ce qui concerne la surveillance et la défense des côtes, JORF du 28 septembre, p. 5854.



(17) Frédéric Saffroy, « La difficile renaissance de la défense des côtes de 1917 à 1926 », Revue historique des armées, n° 232, 2e trimestre 2003, p. 90-106.



(18) JORF du 22 septembre 1917, p. 7504.



(19)  JORF du 31 décembre 1921, p.14291



(20) Cornelius van Bynkershoek, De dominio maris dissertatio. c.ii.II. 103-4, 1702. Ce que l’on peut exprimer par « La souveraineté de l’Etat finit là où finit la force de ses armes ». Cette règle de la portée de l’artillerie côtière ou Cannon shot rule, avait déjà été exprimée par Grotius en 1604 (Philippe Vincent, Droit de la mer, Bruxelles, Larcier, 2008, p. 44).



(21) La laisse de basse mer est l'intersection de la surface atteinte par les plus basses mers astronomiques avec les surfaces terrestres (Groupe de travail SHOM - IFREMER, Données géographiques de référence en domaine marin littoral, Annexe A - 1, 26 avril 2000, accessible sur https://www.ifremer.fr/sextant_doc/sextant/donnees_geographiques_reference.pdf [consulté le 10 décembre 2013]).



(22) La ligne de base « normale » se confond avec la laisse de basse mer. Lorsque la côte est découpée ou qu'il existe un chapelet d'îles, la ligne de base est constituée par des droites reliant des points appropriés. Les eaux comprises entre la côte et la ligne de base sont les eaux intérieures (Convention de Montego Bay, art. 5 à 8).



(23) Hélène Lecornu et Vincent Lamarre, « Le programme national Litto3D, un outil indispensable à la gestion du littoral », La lettre du SHOM aux navigateurs, n°28 (2012), p. 2-3. Voir « Litto3D, un outil de gestion intégré des zones côtières » sur http://www.ign.fr/institut/dossiers/litto3dr-outil-gestion-integree-zones-cotieres  [consulté le 10 décembre 2013].



(24) Jose Alvarez, « Between Gallipoli and D-Day : Alhucemas, 1925 », Journal of Military History, Vol. 63, n°1, January 1999, p. 75-98 ; Kevin Stringer, « North Africa : The Alhucemas Bay Landings », Military Review, January-February 2002, p. 85-86.





(25)  Fernand Joly, La cartographie, Paris, PUF, Collection « Que sais-je? », 1994, p. 3-4.



(26) Michel Bacchus, « L’établissement des plans directeurs pendant la guerre de 1914-1918 », dans Marie-Anne de Villèle (dir.), Du paysage à la carte – Trois siècles de cartographie militaire de la France, Vincennes, SHAT, 2002, p. 128-156.



(27) Dite « Lambert 93 » (article 1 du décret n°2000-1276 du 26 décembre 2000 modifié par le décret n°2006-272 du 3 mars 2006). Afin de minimiser les déformations, le territoire de la métropole est divisé en quatre zones du nord au sud, dont une pour la Corse. Une projection dite « Lambert II étendu » couvre l’ensemble du territoire pour les applications couvrant tout le territoire national. En effet, la projection Lambert ne peut représenter la surface terrestre avec précision que dans une zone d’environ 150 km de part et d’autre du parallèle d’origine.



(28) Le système géodésique mondial (World Geodetic System) WGS84 n’est pas une projection mais un modèle de représentation mathématique (dit ellipsoïde de révolution) de la terre (géoïde). Ce système a été adopté par les États-Unis pour définir les coordonnées géographiques sur GPS.



(29) Marica Milanesi, « Peut-on se fier aux cartes marines ? Considérations sur le statut des cartes marines au XVIe siècle », Cartes et géomatique (revue du CFC), n° 216, juin 2013, p. 109-119.



(30) Olivier Chapuis, op. cit., p. 102-110.





(31) Note EMA3 du 5 février 1909 au Service Géographique [plan XVI] (SHD-Terre, 7N1895).



(32) Laurent Costa et Sandrine Robert, Guide de lecture des cartes anciennes : illustration dans le Val d’Oise et le Bassin parisien, Paris, Errance, 2009, p. 45-52.



(33) Symboles et abréviations figurant sur les cartes marines françaises, Ouvrage 1 D, Édition n° 5, Brest, SHOM-OHI, 2012.



(34) Ministère de la Défense Nationale et de la Guerre, Le Service Géographique de l'Armée - Son histoire, son organisation, ses travaux, Paris, 1938, p. 75.



(35) Nicolas Jacob, « La façade ouest du Cotentin sur la carte de Cassini », dans Défense des Côtes et cartographie historique, Paris, Éditions du CTHS, 2001, p. 255-264.



(36) Jean-Nicolas Pasquay, L’hydrographie, les documents nautiques, leurs imperfections et leur bon usage, Brest, SHOM, 2004, 37 p..





(37) Vice-amiral Melchior, La Marine et la Défense des côtes, Paris/Nancy, Berger-Levrault, 1907, p. 15.



(38) Henri le Masson, Forces sur la mer, Paris, Société d'Éditions Géographiques, Maritimes et Coloniales, 1945, p. 28.





(39) SHD-Terre, 7N 1912.



(40) 19e Corps d'Armée, Place d'Alger, 11e Bataillon d'Artillerie à Pied, Rapport (…) sur les manœuvres combinées entre les forces navales et les batteries de côtes exécutées à Bizerte et aux Iles d'Hyères en 1902 (SHD-Terre, 7N 1897).





(41)  SHD-Terre, 7N 1895.



(42) Robert Morin, D'une guerre à l'autre dans l'aviation maritime (1917-1940), Paris, ARDHAN, 2001, p.60.



(43) John Gordon IV, « Joint Power Projection: Operation Torch », Joint Force Quarterly, Spring 1994, p. 60-69.



(44)  C’est précisément le récit qu’en fait l’amiral Hewitt pour le dixième anniversaire du débarquement : Admiral H. Kent Hewitt (US Navy), « Planning operation Anvil - Dragoon », Proceedings, July 1954, p. 731-745.



(45) Thomas B. Allen, « La face cachée du Jour J », National Geographic Magazine France, juin 2002, p. 20-59.



(46) Lieutenant de vaisseau Bourdais, La préparation du débarquement allié en Provence, École de Guerre Navale, Session 1950 - 51 (réédité en 1979 par le Service historique de la Marine).





(47) SHD-Marine (Vincennes), 4 DOC 32, HB 39.





(48) SHD-Marine (Vincennes), TT01 - 5.





(49) SHD-Marine (Vincennes), TT01 - 12



(50) LCA : Landing Craft Assault; LCT : Landing Craft Tank; LCM : Landing Craft Mechanized; LCVP : Landing Craft Vehicle Personnel; LST : Landing Ship tank.





(51) SHM Vincennes, TT01 - 12.



(52) Admiral H. Kent Hewitt (US Navy), « Executing operation Anvil - Dragoon », Proceedings, August 1954, p. 896-925.



(53) Guillaume Garnier, « Le pari de l’amphibie. Risque tactique, influence stratégique », Focus stratégique, n° 46, septembre 2013, p. 9.



(54) Philippe Wodka-Gallien, « Le BPC Mistral dans Bold Alligator », Marines & Forces navales, n° 128, juin-juillet 2012, p. 27-37 ; Jean-Henri Grolleau, « Corsican Lion, Lancaster House sur mer », Marines & Forces navales, n° 142, décembre 2012 – janvier 2013, p. 23-35.



(55) « Litto3D®, un projet commun de l’IGN et du SHOM », IGN Magazine, n° 51, janvier-février 2009, p. 18-21 ; coll., Litto3D® - V1.0. Specifications techniques (v.1.4 du 5 mars 2012), Brest, SHOM-IGN, 18 p..





(56) Hélène Lecornu et Vincent Lamarre, op. cit., p. 3.



(57)  « Opération Harmattan », Rapport annuel SHOM 2011, Brest, SHOM, 2012, p. 43-44.





(58) « Le soutien de la Défense », Rapport annuel SHOM 2012, Brest, SHOM, 2013, p. 32-41.



(59) Talonnage du navire océanographique Marion Dufresne, le 14 novembre 2012 dans l’ouest de l’île de la Possession (archipel de Crozet), Rapport d’enquête technique du Bureau d’enquêtes sur les évènements de mer (BEAmer), novembre 2013, accessible sur http://www.beamer-france.org/BanqueDocument/pdf_407.pdf [consulté le 23 décembre 2013].





 


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